
(Zonebourse.com) - Nike a dévoilé hier soir des prévisions inférieures aux attentes des investisseurs au titre de son 4e trimestre fiscal, en raison notamment de la faiblesse de ses activités en Chine, une déception qui se soldait par un lourd décrochage de l'action ce matin à la Bourse de New York.
En dépit d'un chiffre d'affaires et d'un bénéfice trimestriel meilleurs que prévu, l'action du numéro un mondial des équipementiers sportifs chutait de plus de 14% après un peu plus d'une heure de transactions.
Avec un repli annuel de 28,8%, le titre est actuellement le deuxième le moins performant de l'indice Dow Jones depuis le début de l'année, juste derrière Salesforce (-29%).
Sur les trois mois clos le 28 février, le troisième trimestre de son exercice décalé 2025/2026, le groupe américain a dégagé un bénéfice net d'environ 500 millions de dollars, en baisse de 35%, un repli qu'il attribue à l'impact de la mise en place des surtaxes douanières sur ses comptes.
Son bénéfice par action (BPA) est ressorti à 35 cents, au-delà du consensus qui visait 29 cents.
Le chiffre d'affaires est resté stable, à 11,3 milliards de dollars, contre un consensus de 11,2 milliards, mais recule de 3% une fois neutralisé des effets de change.
Autre élément encourageant, les stocks ont reculé de 1% à 7,5 milliards de dollars.
Très suivis, au vu des initiatives prises par le groupe de Beaverton (Oregon) afin de redresser ses performances, les frais généraux ont augmenté de 2% pour atteindre quatre milliards de dollars sur la période.
Sa marge brute s'est ainsi tassée de 1,3 point de pourcentage pour s'établir à 40,2%.
Pas de reprise envisagée dans l'immédiat
Au-delà de ces chiffres sans grande surprise, ce sont les perspectives livrées par l'équipementier sportif lors de sa conférence téléphonique qui semblent surtout décevoir le marché.
Pour son 4e trimestre, qui a démarré début mars, le groupe a déclaré prévoir un repli de son chiffre d'affaires compris entre 2 et 4%, un recul également attendu sur l'ensemble de l'exercice 2025/2026, tandis que le BPA est anticipé sur une note globalement stable d'une année sur l'autre.
En Chine, où les ventes ont chuté de 7% en données publiées sur le trimestre écoulé, le chiffre d'affaires devrait encore plonger de l'ordre de 20% sur le trimestre en cours, notamment du fait des perturbations actuellement rencontrées dans la chaîne d'approvisionnement au Moyen-Orient.
Tous ces redressements laissent penser aux analystes suivant la valeur que le redressement du groupe prendra plus de temps que prévu.
"Les fondamentaux ont tendance à s'améliorer : on voit que les ventes se renforcent en Amérique du Nord, la marque Jordan se stabilise et les dépenses sont mieux maîtrisées", réagissent les équipes de Bernstein, qui soulignent toutefois que les magasins partenaires ont encore trop de stocks à écouler en Chine.
"Résultat, le vrai point d'inflexion au niveau de la croissance n'est pas prévu pour tout de suite et il faudra probablement attendre la fin de l'exercice 2026/2027 pour assister à un vrai changement de dynamique", poursuit le bureau d'études.
Les analystes prudents, BofA dégrade carrément
Un avis partagé par Tom Nikic, l'analyste en charge du secteur de la consommation chez Needham.
"Le redressement de Nike ne s'annonce pas comme un long fleuve tranquille et il reste encore beaucoup d'obstacles à franchir", prévient ce fin connaisseur du marché.
"Si certains points de la stratégie de reconquête ("Win Now") sont cohérents - comme le fait de se recentrer sur le sport, le marketing et les ventes via les magasins partenaires - le contexte économique mondial est très compliqué", souligne-t-il.
"De plus, il n'est pas impossible que l'ancien DG ait laissé l'entreprise dans une situation bien plus dégradée qu'il n'y paraît", conclut le professionnel.
UBS, qui affiche une opinion "neutre" sur la valeur, préfère ainsi abaisser son objectif de cours de 58 à 54 dollars.
"Avec un PER de 33x pour 2027, nous pensons que l'action est déjà devenue trop chère", justifie la banque suisse.
"Son prix actuel suppose que tout va s'arranger parfaitement d'ici 2027, mais nous pensons que ce scénario est trop optimiste. Il y a un vrai risque que le redressement de l'entreprise ne soit pas aussi réussi qu'espéré", prévient l'établissement helvétique.
Les analystes de BofA indiquent, quant à eux, avoir décidé de dégrader leur conseil sur la valeur à "neutre", avec une cible de 55 dollars, après avoir revu à la baisse ses prévisions de résultats pour les deux prochains exercices.
"Le chiffre d'affaires devrait continuer de baisser légèrement jusqu'au troisième trimestre de l'exercice 2026/2027", pronostique la firme américaine, qui ne voit les marges commencer à s'améliorer qu'à partir de la mi-2026/2027, une fois que l'impact des taxes douanières s'atténuera, même si la hausse du prix du pétrole pourrait encore alourdir les coûts de production.
"Le groupe procède volontairement à un grand ménage en Chine en y réduisant drastiquement ses stocks", souligne BofA, "et c'est ce facteur qui va faire chuter les ventes de 20% sur le trimestre en cours".
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