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Actualité publiée le 04/06/26 09:27

Orange : « On est entré dans un nouveau paradigme »

(ABC Bourse) - Une hausse de 60 % en un an. + 25 % depuis janvier 2026. Un consensus des analystes sur le cours de Bourse remonté désormais estimé entre 18 et 21 euros. Des investisseurs américains qui entrent en masse sur le titre. Et, en toile de fond, la perspective d’une consolidation du secteur télécoms en France et en Europe. L’action Orange, longtemps cantonnée au rôle de valeur de rendement, valeur de fond de portefeuille, connaît un réveil que peu d’observateurs avaient anticipé. Thierry Perrouault, directeur des relations actionnaires du groupe Orange, décrypte pour ABCBourse les leviers de cette belle progression.

ABCBourse : Le titre Orange a bondi de plus de 50 % en un an. Pendant dix ans, il n’avait quasiment pas bougé. Que s’est-il passé ?

Thierry Perrouault : Prenons du recul. Entre 2015 et 2020, le titre évolue sur un plateau autour de 14 euros. Pendant la période Covid, il décroche comme beaucoup de valeurs du marché. Puis, de 2020 à 2025, il s’installe sur un nouveau palier, autour de 10 euros. Quant au dividende, celui-ci progresse régulièrement, de 70 à 75 centimes, si bien que le rendement grimpe jusqu’à 7,48 % en 2024. Mais le cours, lui, ne décolle pas.

Ce qui bascule fin 2025 - début 2026, c’est une conjonction assez inédite. D’abord, notre solide exécution financière - premier levier. Février 2025, nous publions d’excellents résultats et par deux fois dans l’année, nous relevons notre guidance sur l’EBITDAaL (revenus avant intérêts, impôts et dépréciation, après leasing) comme sur le cash-flow ce qui impacte à la hausse le titre Orange.

Deuxième levier, un « effet Trump ». L’économie mondiale est perturbée, les barrières douanières poussent les investisseurs américains à se réintéresser à l’Europe pour limiter les risques sur leurs portefeuilles. Ils s’intéressent alors aux télécoms, un secteur qu’ils jugent sous-évalué. Et dans ce secteur, Orange coche toutes les cases : faible volatilité, dividende généreux, exposition très faible aux droits de douane. Nous ne sommes pas une société de flux, dépendante d’exportations transfrontalières pour nos activités et nous ne sommes pas exposés aux Etats-Unis.

Et le troisième levier ce sont les perspectives de consolidation en Europe. In fine, plusieurs analystes ont revu leur copie, avec des objectifs de cours qui oscillent actuellement entre 18 et 21 euros.

Le rendement baisse mécaniquement avec la montée du cours. Orange reste-t-il une valeur de rendement, ou bascule-t-il vers autre chose ?

Thierry Perrouault : À environ 4,30 % de rendement du dividende aujourd’hui, contre 5,28 % fin 2025, la baisse est purement arithmétique : le titre a tellement progressé qu’il relativise l’effet. La moyenne du CAC tourne à 2 - 2,5 %. Les seuls secteurs qui font historiquement mieux qu’Orange, ce sont la Banque-Assurance et l’Energie. Le titre Orange maintient son rang entre le 5e et le 7e rendement du dividende de l’indice CAC 40.

Et il y a un élément que je ne peux pas m’empêcher de souligner : notre bêta (niveau de sensibilité au risque) est à 0,2. C’est l’un des plus faibles du CAC 40, sinon le plus faible. Cela veut dire que le rendement attractif du titre Orange n’est pas lié à un niveau de risque élevé : pas d’effet de cyclicité, pas de risque de transformation. Sommes-nous en train de devenir une valeur de croissance ? Je ne me permettrai pas de conclure, ce n’est pas mon rôle. C’est le marché qui nous apportera la réponse dans la durée. Quoiqu’il en soit, nous proposons désormais un rendement global significatif. Ce rendement global, c’est le rendement cumulé du dividende et de l’évolution du cours de bourse.

Le plan « Trust the Future » vise 3 % de croissance annuelle de l’EBITDAaL et 5,2 milliards de cash-flow organique à horizon 2028. Quels en sont les moteurs ?

Thierry Perrouault : Avant tout, revenons sur la répartition de nos revenus. Après réintégration de l’Espagne, la France pèsera un peu moins de 40 % des revenus. Derrière, quatre blocs oscillent chacun entre 15 et 17 % : l’Europe, l’Espagne avec MasOrange, l’Afrique-Moyen-Orient et Orange Business. Cette répartition équilibre les risques ainsi que les marges. Nous veillons aussi à cette même répartition équilibrée en Afrique & Moyen-Orient, où aucun des 16 pays où nous sommes présents ne représente plus de 15 % des revenus de la région. Nous avons un profil de risque attractif pour la région.

Si je devais évoquer deux moteurs, je dirais l’Afrique & Moyen-Orient et l’Espagne. L’Afrique & Moyen-Orient affiche plus de dix trimestres consécutifs de croissance supérieure à 10 % en revenus et 6 années de croissance à 2 chiffres de l’EBITDAaL. Les perspectives démographiques du continent soutiennent en partie ces résultats solides. L’Espagne avec l’intégration à venir de MasOrange : 40 millions de clients supplémentaires et un pays qui va devenir le numéro 2 du Groupe en termes de revenu.

Et la France ? Avec le dossier de consolidation autour d’Altice (SFR), faut-il y voir un catalyseur ou une source d’incertitude ?

Thierry Perrouault :   Les télécoms, c’est une industrie à cycles d’investissements longs et à coûts fixes, pour lesquels il est nécessaire d’avoir une taille critique afin de favoriser l’investissement et le développement de l’innovation au bénéfice de l’ensemble des parties prenantes.

En Europe, on a 3 à 4 opérateurs par pays. Aux États-Unis, 3 ou 4 couvrent l’ensemble du territoire. C’est tout l’enjeu de la consolidation européenne : servir plus de clients sur un réseau déjà quasi existant et mature.

Le plan affiche 600 millions d’euros de valeur créée par l’IA d’ici 2028. C’est un chiffre ambitieux. Qu’y a-t-il derrière, concrètement ?

Thierry Perrouault : Il y a deux volets. Le premier, c’est l’efficacité opérationnelle, et là, les gains sont déjà tangibles. Pour illustrer, j’évoquerais la réduction de la consommation d'énergie du réseau mobile, l’identification des sites 5G à éteindre ou dont réduire la puissance lors de faible utilisation sans dégrader la qualité de service. Plus récemment, le service client vocal de premier niveau de nos offres Sosh est généré par l’IA : cet assistant virtuel est capable d'aider à ressourdre les problèmes plus efficacement et d'augmenter les niveaux de satisfaction de nos clients. Enfin, plus de 100.000 de nos salariés utilisent Live Intelligence, notre solution interne d’IA générative sécurisée basée sur plusieurs modèles d’IA. Cela apporte gain de temps et efficacité à nos salariés au quotidien (comptes rendus, traductions, veille). Live Intelligence est aussi une offre commerciale pour les entreprises

Le second volet, ce sont les revenus nouveaux. Un exemple qui m’a frappé moi-même par sa rapidité de déploiement : on propose désormais une offre de détection de drones sur sites sensibles, en exploitant les capacités de notre réseau mobile. Un drone pénètre une zone surveillée, l’IA le détecte en temps réel, et l’alerte part automatiquement vers les autorités ou le client. C’est du logiciel automatisé, déployé sur une infrastructure qui existe déjà. Ce type de service qui repose sur nos innovations, c’est exactement ce que le plan Trust the Future va rendre visible dans les trimestres qui viennent.

La dette est un sujet récurrent pour les télécoms. Où en est Orange ?

Thierry Perrouault : Notre ratio dette nette sur EBITDAaL tourne autour de 2. Ce niveau nous donne un bilan solide et des marges de manœuvre dans la perspective de consolidations à venir.

Pour financer les opérations espagnoles et, le cas échéant, une intégration d’actifs en France, on pourrait faire appel à de la dette supplémentaire. Le ratio pourrait temporairement dépasser 2, avant de revenir à son niveau habituel une fois les opérations absorbées. C’est l’un des meilleurs ratios à l’échelle mondiale pour un opérateur de notre taille.

Et le dividende ?

Thierry Perrouault : On a donné une perspective que peu d’émetteurs offrent. Nous avons annoncé un dividende plancher sur les résultats de l’exercice 2028 de 0,85 euro par action (sous condition d’approbation de l’Assemblée générale des actionnaires). C’est une visibilité rare à trois ans, et c’est un des éléments qui a eu un impact positif chez les analystes, parce que supérieur à ce qu’ils attendaient. Derrière, il y a du cash – un cash-flow organique de 3,65 milliards généré en 2025, avec une trajectoire de croissance affichée de + 12% sur la période 2025-2028 (en Taux de Croissance Annuel Composé). Le dividende est financé par du cash, et non par de la dette.

Les actionnaires individuels ont-ils profité de la hausse pour prendre leurs bénéfices ?

Thierry Perrouault : C’était ma crainte fin 2025. Et bien non. Les actionnaires individuels d’Orange sont restés, et beaucoup se sont même renforcés très notablement, alors même que le titre n’a pas vraiment offert de point d’entrée en repli. C’est le comportement d’investisseurs avisés.

Ce qui a changé aussi, c’est la géographie de notre actionnariat. L’actionnaire individuel d’Orange, c’est d’abord la France. Le deuxième pays, c’est l’Allemagne. Et désormais, on voit monter les pays d’Europe du Nord, l’Angleterre et les États-Unis, ce qui est tout à fait nouveau pour nous. En 2025, le ticket moyen d’entrée d’un nouvel actionnaire dépassait 600 actions. Et nous avons environ 300 lignes qui détiennent plus de 500 000 euros de titres. Ce ne sont pas des positions anecdotiques.

Si vous deviez adresser un message aux investisseurs individuels qui nous lisent ?

Thierry Perrouault : (il sourit) : Orange est l’opérateur télécoms numéro 2 européen et le numéro 2 africain-Moyen-Orient, avec 340 millions de clients dans le monde. Notre bilan est solide, notre dividende progresse avec une visibilité à trois ans, notre exposition aux droits de douane est nulle et la volatilité de l’action parmi les plus faibles du CAC 40. Tous les relais de croissance, en Afrique-Moyen-Orient, services à valeur, IA, ou éventuelle consolidation européenne, sont devant nous. Tous les signaux sont au vert.

Et pour l’anecdote, détenir une action Orange au 11 juin permet de bénéficier du détachement du dividende le 15. À 45 centimes par action, c’est environ 2,5 % de rendement en quelques jours. C’est plus que le rendement annuel moyen du CAC 40.

Propos recueillis par Jean-Jacques Manceau pour ABCBourse

 

Thierry Perrouault dirige les relations actionnaires d’Orange. Son périmètre : les 700000 investisseurs individuels du Groupe, qui détiennent désormais autour de 10% du capital social, soit 280 millions d’actions : Actionnariat direct, gestion privée, banque privée, tout le retail hors salariés.

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