(ABC Bourse) - Dix jours après les pillages et les dégradations survenus en marge des manifestations contre la vie chère, les commerçants découvrent l'ampleur des pertes. Entre magasins saccagés, fermetures prolongées et chiffre d'affaires envolé, le bilan pourrait dépasser celui des émeutes de 2023.

Les vitrines brisées ne sont qu'une partie de l'addition. Dix jours après les violences qui ont éclaté le samedi 17 octobre 2026, en marge des manifestations contre la vie chère, les dégâts continuent de peser sur les commerces français. Ce mardi 27 octobre, CCI France a dévoilé un premier bilan particulièrement lourd, alors que des centaines de boutiques n'ont toujours pas pu rouvrir leurs portes.
À Paris, Marseille, Lyon et dans de nombreuses autres villes, les pillages, incendies et dégradations des 17 et 18 octobre ont frappé les centres commerçants. Les premières évaluations financières dépassent désormais le milliard d'euros. Une facture qui pourrait surpasser celle des émeutes de l'été 2023, tandis que les professionnels redoutent de nouvelles perturbations à quelques semaines des achats de Noël.
Violences du 17 octobre, une facture estimée à 1,1 milliard d'euros et des milliers de commerces touchés
"Les premiers retours des assurances nous disent qu’on dépasserait le milliard d’euros", a indiqué CCI France. Pour la capitale, le réseau consulaire précise : "Pour Paris, on est sur des centaines de millions". Ces premières évaluations donnent une idée du coût des destructions, mais elles restent provisoires.
La Fondation IFRAP avance une estimation haute de 1,1 milliard d'euros pour les violences du week-end des 17 et 18 octobre. Sur ce montant, environ 910 millions correspondraient aux dommages matériels, auxquels s'ajouteraient 190 millions d'euros de pertes d'exploitation. Les commerces concentreraient 666 millions d'euros de préjudices, contre 200 millions pour les biens publics, parmi lesquels figure l'hôtel de ville de Limoges, dévasté par un incendie.
Les chiffres transmis par CCI France montrent l'étendue des dégâts. Au total, 2 488 commerces et entreprises ont été touchés lors des violences du 17 octobre. Parmi eux, 1 161 ont subi des destructions importantes, entre marchandises pillées, locaux saccagés et incendies. Dix jours plus tard, 643 établissements restaient fermés. Une cinquantaine d'autres ont été affectés pendant la mobilisation du samedi 24 octobre, portant le total recensé à 2 538.
Marseille apparaît particulièrement touchée, avec 500 commerces dégradés, contre environ 400 lors des émeutes de 2023. À Paris, 480 établissements ont subi des dommages, dont près de la moitié sont considérés comme lourdement endommagés. Dans les deux villes, les réparations ne suffisent pas toujours à permettre une reprise immédiate de l'activité.
La comparaison avec l'été 2023 donne une autre dimension au bilan. Après la mort de Nahel, les émeutes avaient provoqué 16 400 sinistres et coûté 793 millions d'euros aux assureurs. Le Sénat avait évalué leur coût global à environ un milliard d'euros. Ces violences s'étaient pourtant étalées sur onze nuits et avaient concerné 672 communes, alors que les destructions d'octobre se sont principalement concentrées sur le samedi 17, la nuit suivante et le dimanche 18.
L'agence Morningstar DBRS envisage pour sa part une charge pouvant atteindre 1,2 milliard d'euros pour les assureurs, à condition que les violences ne connaissent pas de nouvelle intensification.
Jusqu'à 80 % de chiffre d'affaires perdu, CCI France redoute un nouveau choc avant Noël
Pour les commerçants, les pertes ne se limitent pas aux vitrines à remplacer ou aux stocks dérobés. Même les boutiques épargnées par les dégradations subissent les conséquences des manifestations, avec des rues moins fréquentées et des clients qui renoncent à leurs achats.
"Les samedis de mobilisation, les commerces de centre-ville perdent jusqu’à 80% de leur chiffre d’affaires", souligne CCI France. À Lyon, l'un des plus grands cafés de la ville n'aurait encaissé que 117 euros au cours d'une journée de manifestation. Une recette dérisoire pour un établissement de cette taille.
La période rend ces pertes particulièrement difficiles à absorber. Les derniers mois de l'année représentent 40 % du chiffre d'affaires annuel du commerce de proximité, un secteur qui génère environ 100 milliards d'euros par an. Les commerçants ont déjà commandé leurs marchandises pour Noël et une partie des stocks attend désormais dans les boutiques.
Selon CCI France, chaque week-end durant lequel les commerces ne peuvent pas travailler normalement représente 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires perdu, dont 200 millions d'euros de TVA pour l'État. Le secteur sort également d'un été compliqué, marqué par une baisse des ventes de 20 à 30 % sous l'effet des fortes chaleurs.
Les professionnels gardent aussi en mémoire les manifestations des gilets jaunes. Entre novembre 2018 et mars 2019, elles avaient entraîné une perte moyenne de 400 millions d'euros de chiffre d'affaires par week-end. Après la pandémie, la guerre en Ukraine, les émeutes de 2023 et les difficultés liées au pouvoir d'achat, CCI France craint "le coup de grâce" pour certains établissements.
Face à cette situation, Alain Di Crescenzo, président de CCI France, demande l'interdiction des manifestations jusqu'aux fêtes de fin d'année, y compris en périphérie des villes. Il estime que les rassemblements éloignent les consommateurs des zones commerciales, même lorsqu'aucune dégradation ne se produit. "Il faut absolument relancer le commerce", insiste-t-il.
Sur le terrain, les chambres de commerce ont commencé à accompagner les entreprises sinistrées avec des cellules de crise, des fonds de solidarité, des agents de sécurité mobilisés exceptionnellement et des solutions de financement. Le gouvernement soutient également la mise en place de prêts à taux zéro par Bpifrance.
Les représentants des commerçants réclament toutefois des compensations pour les pertes réellement subies, plutôt que des dispositifs qui repoussent simplement les difficultés de trésorerie. Ils souhaitent également organiser des opérations commerciales pour faire revenir les clients dans les centres-villes, en encourageant les achats dans les boutiques de proximité avant les fêtes.
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