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Actualité publiée le 23/01/26 12:01

Pour 2026, Saxo Banque invite à réfléchir « au-delà du consensus »

(ABC Bourse) - Par Jean-Jacques Manceau

L’exercice 2026 commence avec la certitude que les grandes tendances de fond sont identifiées : intelligence artificielle, réindustrialisation, fragmentation géopolitique, transition énergétique. Mais leur traduction boursière ne sera ni linéaire ni automatique.

Le titre de la présentation presse de Saxo Banque ce jeudi 22 janvier donne le ton : « Beyond the consensus : How to think about 2026 portfolios ». Autrement dit, sortir du réflexe « thème gagnant de l’an dernier », pour raisonner en régime de portefeuille. C’est le message central délivré par Charu Chanana, responsable mondiale de la stratégie d’investissement, aux côtés d’Andrea Tueni, responsable des activités de marchés France.

Premier avertissement : le gagnant d’une année n’est pas nécessairement le schéma directeur de la suivante. L’extrême concentration des performances américaines autour de quelques grandes valeurs technologiques, alimentées par l’IA, a créé une illusion de stabilité. « L’IA est devenue un moteur économique, mais cela ne signifie pas que toutes les actions estampillées IA se valent », insiste Charu Chanana.

La question n’est donc plus « quelle exposition à l’IA », mais « quel type d’IA en portefeuille ». Andrea Tueni plaide pour une lecture beaucoup plus fondamentale : bilans, flux de trésorerie, capacité à transformer le capex en rentabilité. Le message est clair : la phase « acheter tout ce qui monte » est terminée.

L’IA, oui, mais avec des preuves

Pour 2026, Saxo privilégie ce que Charu Chanana appelle une « IA avec reçus » : entreprises capables de démontrer que l’investissement massif en infrastructures, centres de données, puces ou réseaux se traduit déjà par des revenus et une amélioration des marges. À l’inverse, les sociétés « valorisées pour la perfection » deviennent vulnérables au moindre ralentissement de la monétisation, à une hausse durable du coût du capital ou à un risque réglementaire.

Ce filtre conduit naturellement à élargir le spectre : regarder les goulets d’étranglement de l’IA (électricité, réseaux, refroidissement, automatisation), mais aussi les chaînes industrielles sous-jacentes, souvent moins chères et plus directement liées aux investissements publics et privés.

Le retour stratégique des actifs réels

Deuxième pilier du discours : la diversification n’est plus seulement une assurance contre le risque, c’est un moteur de performance. Dans un monde où la corrélation actions-obligations est moins fiable, les actifs réels retrouvent une place centrale : matières premières, métaux précieux, infrastructures, énergie.

Andrea Tueni rappelle que l’IA est aussi une histoire de cuivre, d’électricité et de capacités de production. Des années de sous-investissement créent un risque de pénurie à moyen terme, même si des phases de surplus peuvent apparaître à court terme, notamment dans l’énergie en 2026, avant un possible resserrement dès 2027.

Regarder au-delà des États-Unis

Autre message fort : il ne s’agit pas de « vendre l’Amérique », mais d’acheter de la diversification. Europe, Japon et Asie émergente répondent à des dynamiques distinctes, souvent complémentaires.

En Europe, le statut évolue : moins « value bon marché », plus autonomie stratégique. Défense, infrastructures, sécurité énergétique et industrie deviennent des priorités budgétaires durables. Le Japon, lui, bénéficie d’une amélioration tangible de la gouvernance d’entreprise et d’un cycle de réformes qui soutient les bénéfices, malgré la volatilité du yen.

Quant à l’Asie, elle reste sous-représentée dans les indices globaux au regard de son poids dans la croissance mondiale. La Corée et Taïwan occupent une position clé dans l’infrastructure de l’IA, tandis que la Chine présente un potentiel de revalorisation sélectif, à condition d’assumer un risque politique plus élevé.

Les experts de Saxo ne livre donc pas un scénario-choc pour 2026, mais une grille de lecture. Dans un monde fragmenté, énergivore et politiquement instable, la discipline d’allocation redevient centrale : équilibre géographique, rotation sectorielle, sélectivité extrême sur les thématiques consensuelles. 

« En 2026, la question n’est plus où être exposé, mais pourquoi et à quel prix »

 Entretien avec Charu Chanana, Chief Investment Strategist – Saxo

Votre présentation s’intitule Beyond the consensus. Quel est, selon vous, le principal angle mort du consensus actuel de marché ?

Le consensus se concentre beaucoup sur les grandes tendances, l’IA, la transition énergétique, la réindustrialisation, mais beaucoup moins sur leur traduction concrète dans les comptes des entreprises. Or, en 2026, nous entrons clairement dans une phase de maturité des récits. La question n’est plus de savoir si ces tendances sont structurelles, mais qui est capable d’en tirer une rentabilité durable. L’angle mort, c’est de confondre moteur macroéconomique et moteur boursier. Une technologie peut transformer l’économie sans que toutes les entreprises exposées à cette technologie créent de la valeur pour l’actionnaire. C’est particulièrement vrai pour l’IA aujourd’hui.

Justement, vous insistez beaucoup sur l’idée d’une “IA avec reçus”. Que voulez-vous dire par là ?

Pendant deux ans, le marché a surtout rémunéré le potentiel. Les valorisations ont intégré un futur très optimiste, parfois sans attendre les preuves. En 2026, les investisseurs vont demander des justificatifs : des flux de trésorerie, une amélioration des marges, une conversion crédible du capex en revenus.

Une “IA avec reçus”, c’est une entreprise capable de montrer que ses dépenses en centres de données, en puces ou en infrastructures se traduisent déjà par une croissance mesurable du chiffre d’affaires et, idéalement, par une génération de cash. À l’inverse, les sociétés valorisées “pour la perfection” deviennent extrêmement sensibles au moindre accroc, ralentissement de la monétisation, hausse du coût du capital, ou choc réglementaire.

Faut-il alors craindre une bulle sur l’IA ?

Je ne parlerais pas de bulle généralisée. L’IA est devenue une composante structurelle de l’économie mondiale, comme l’a été Internet. En revanche, il peut y avoir des excès très localisés. Certaines entreprises ont été traitées comme si l’exécution était garantie, ce qui n’est jamais le cas. Le marché va faire ce qu’il fait toujours : différencier. Les gagnants seront ceux qui combinent innovation, discipline financière et visibilité sur les revenus. Les autres subiront une normalisation, parfois brutale.

Votre discours met beaucoup l’accent sur la diversification. Est-ce un retour à une gestion plus “classique” ?

Plutôt un retour au bon sens. Pendant plusieurs années, la concentration a été rémunératrice : une poignée de grandes valeurs américaines a porté l’essentiel de la performance mondiale. Mais ce type de configuration crée une fragilité systémique.

En 2026, la diversification n’est plus seulement un outil de réduction du risque, c’est un véritable moteur de rendement. Les corrélations entre actions et obligations sont devenues moins fiables, les chocs géopolitiques plus fréquents. Dans ce contexte, répartir les sources de performance, géographiques, sectorielles, thématiques, devient essentiel.

Cela signifie-t-il qu’il faut réduire fortement l’exposition aux États-Unis ?

Non. Il ne s’agit pas de “vendre l’Amérique”. Les États-Unis restent un pôle d’innovation et de création de valeur exceptionnel. Mais il est sain de réduire une dépendance excessive à un nombre très limité de titres. La question est surtout celle de la largeur du marché. Lorsque la performance repose sur un socle trop étroit, le risque asymétrique augmente. Diversifier, c’est accepter de ne pas être parfaitement aligné avec le consensus, mais aussi de gagner en résilience.

Vous accordez une place importante aux actifs réels. Pourquoi ce retour en grâce ?

Parce que l’environnement macroéconomique a changé. L’inflation n’est pas morte, elle est plus irrégulière. La dette publique est structurellement élevée. Et la géopolitique est devenue une variable de portefeuille, pas simplement un facteur de bruit médiatique.

Les actifs réels, matières premières, infrastructures, énergie, métaux précieux, offrent une exposition à des contraintes physiques : rareté, capacité de production, besoins à long cycle. L’IA, par exemple, est extrêmement gourmande en électricité, en cuivre, en capacités industrielles. Cela crée des tensions que les marchés financiers classiques ne capturent pas toujours immédiatement.

L’Asie apparaît comme un autre pilier de votre message. Pourquoi maintenant ?

Parce que le déséquilibre est devenu trop important. L’Asie représente une part majeure de la croissance mondiale, mais reste largement sous-pondérée dans les portefeuilles globaux. Cela tient à la fois à des biais historiques et à des craintes bien réelles, politiques, réglementaires, géopolitiques.

Mais l’Asie n’est pas un bloc homogène. Le Japon est porté par un cycle de réformes de gouvernance très concret. La Corée et Taïwan sont au cœur de l’infrastructure physique de l’IA. La Chine, malgré ses risques, offre un potentiel de revalorisation sélectif, notamment sur les segments liés à l’autosuffisance technologique.

La Chine reste toutefois un sujet sensible pour beaucoup d’investisseurs…

Et à juste titre. L’exposition à la Chine ne peut plus être une décision binaire. Elle doit être dimensionnée, ciblée et assumée. Les valorisations intègrent déjà une prime de risque élevée, ce qui crée des opportunités, mais uniquement pour des investisseurs capables d’absorber de la volatilité et des changements rapides de sentiment.

Il faut distinguer le discours politique de la réalité microéconomique de certaines entreprises solides, notamment dans le matériel, l’automobile électrique ou les infrastructures technologiques.

Si vous deviez résumer en une règle de gestion pour 2026 ?

Passer d’une logique de récit à une logique de preuve. En 2026, les marchés seront moins indulgents. Ils récompenseront l’exécution, la discipline du capital et la cohérence stratégique. La question clé n’est plus “quelle grande tendance vais-je suivre ?”, mais “à quel prix, avec quel risque et pour quelle rentabilité espérée ?”.

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