(ABC Bourse) - La mégafusée Starship vient de quitter le Texas avec un objectif que SpaceX n'avait encore jamais tenté lors de ses vols d'essai : placer son immense vaisseau en orbite terrestre. Ce 14e test doit durer environ dix heures et pousser la fusée jusque dans un domaine où la moindre anomalie peut changer le scénario prévu.

Avec ses plus de 120 mètres de haut, Starship s'est élevée lundi, dans un épais nuage de fumée. SpaceX veut envoyer l'étage supérieur autour de la Terre, déployer 26 satellites Starlink de nouvelle génération puis achever la mission dans le Pacifique, après six tours de la planète.
Ce décollage ouvre une séquence particulièrement ambitieuse pour la fusée d'Elon Musk. Contrairement aux précédents essais, tous effectués sur des trajectoires suborbitales, SpaceX veut cette fois franchir le cap de l'orbite terrestre. Une étape indispensable pour poursuivre le développement d'un lanceur imaginé pour déployer des charges dans l'espace et, à terme, rejoindre la Lune ou Mars.
Starship doit atteindre 28.000 km/h pour réussir son passage en orbite
SpaceX ne compte pas envoyer automatiquement son vaisseau en orbite une fois le décollage effectué. Le véhicule commence sa mission sur une trajectoire suborbitale et une seconde poussée ne doit intervenir que si son état le permet. Jake Berkowitz, ingénieur de l'entreprise américaine, l'avait annoncé juste avant le départ : "Nous n'irons en orbite que si tout semble en ordre sur tous les plans".
Cette précaution doit réduire le risque de voir l'immense engin devenir incontrôlable une fois placé parmi les satellites déjà présents autour de la Terre ou effectuer une rentrée non maîtrisée dans l'atmosphère. Le souvenir des précédents essais reste bien présent : plusieurs vols de Starship se sont terminés par des explosions spectaculaires, dont certaines au-dessus des Caraïbes.
Le passage à une véritable orbite représente aussi un saut technique. Kathleen Curlee, analyste spatiale à l'université Georgetown interrogée par l'AFP, explique que cette étape "implique davantage de force et des calculs plus complexes".
La mécanique du vol ne laisse guère de marge. "La fusée doit effectuer différentes manoeuvres lorsqu'elle est soumise à différents niveaux de gravité" afin d'atteindre l'altitude et la vitesse requises, précise la spécialiste.
Pour ce 14e essai, SpaceX vise une orbite circulaire située à environ 275 kilomètres au-dessus de la surface terrestre. Starship doit alors atteindre près de 28.000 km/h. Si ces conditions sont réunies, le vaisseau pourra tenter de placer dans l'espace ses 26 satellites destinés à la constellation Starlink.
SpaceX joue une nouvelle étape avec Starship et ses 26 satellites Starlink
Le programme a beaucoup évolué depuis 2023, année durant laquelle SpaceX a commencé à faire voler Starship dans sa configuration complète. Réussites et échecs ont depuis conduit l'entreprise à modifier progressivement sa mégafusée, qu'Elon Musk souhaite rendre totalement réutilisable.
Le programme reste confronté à de lourds défis avant d'envisager des vols commerciaux, des datacenters en orbite ou des voyages vers la Lune et Mars. Une version modifiée de Starship doit aussi servir au programme lunaire de la Nasa, dont le calendrier a accumulé des retards.
La mission du jour ne prévoit pas non plus de récupération spectaculaire de l'étage inférieur. Après avoir propulsé l'ensemble, celui-ci doit retomber dans les eaux du Golfe du Mexique. SpaceX n'utilisera donc pas cette fois ses immenses bras mécaniques pour tenter de le rattraper.
Pour Kathleen Curlee, un décollage effectué sans encombre constituerait déjà "une réussite" sur le plan de l'ingénierie. Les attentes dépassent pourtant désormais la seule validation technique, trois mois après l'entrée en Bourse de SpaceX.
La chercheuse estime que l'entreprise se trouve confrontée à une autre forme de pression : "Ils doivent désormais effectuer des essais spectaculaires", faute de quoi le résultat pourrait être "perçu comme un échec par le grand public".
SpaceX conserve dans le même temps une place dominante sur le marché mondial des lancements spatiaux grâce à ses Falcon partiellement réutilisables. Le calendrier ne ralentira pas après ce vol : trois autres lancements de fusées SpaceX sont programmés dans la même semaine, dont une mission chargée d'emmener un équipage d'astronautes vers la Station spatiale internationale.
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