Accueil / Marchés / Cotation SBF 120 / Actus SBF 120

SBF 120

Bourse France PX4 - FR0003999481
5 938,24 +1,32%
Actualité publiée le 13/03/26 12:24

Taxes sur les petits colis : après le revers italien, les hubs logistiques français déjà sous pression

Présentée comme un levier pour freiner l’afflux de colis issus des plateformes asiatiques de e-commerce, la taxation des petits envois importés pourrait ne pas avoir les effets escomptés. L’exemple italien, cité à l’envi par le ministre français du Commerce Serge Papin pour justifier la mesure, illustre en réalité son caractère bancal : si la demande n’a pas reculé, les flux logistiques se sont déplacés au sein du marché unique européen pour contourner la taxe. L’Italie vient de reporter la mesure.

Lors d’un récent point presse, le ministre du Commerce Serge Papin a affirmé que « les ventes de Shein ont baissé de 30 % » en Italie depuis l’instauration d’une taxe sur les colis de faible valeur. Une affirmation qui circule désormais largement, bien qu’aucune donnée publique ne permette de l’étayer. Ni les autorités douanières italiennes, ni les organismes spécialisés sur le e-commerce n’ont publié de telles statistiques. La mesure italienne vient d’ailleurs d’être reportée, signe des difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre et de ses effets économiques… inattendus.

Les informations remontées par les acteurs du transport et du fret décrivent en effet une reconfiguration rapide des routes logistiques européennes pour contourner la taxe douanière. Pour rappel, début 2026, l’Italie avait annoncé l’introduction d’une taxe d’environ deux euros sur les colis importés de pays tiers d’une valeur inférieure à 150 euros, segment qui concentre une part importante des expéditions issues du e-commerce transfrontalier en provenance de Chine notamment (Shein, Temu, etc.).

La réaction des chaînes d’approvisionnement a été quasi immédiate. Plutôt que de réduire les volumes expédiés vers les consommateurs italiens, les plateformes et leurs partenaires logistiques ont simplement modifié leurs points d’entrée dans l’Union européenne. Une partie des flux a été redirigée vers d’autres hubs logistiques — notamment aux Pays-Bas ou en Belgique — avant d’être acheminée vers l’Italie par voie routière. Une stratégie parfaitement légale dans le cadre du marché unique : une fois les formalités douanières réalisées dans un État membre, les marchandises peuvent en effet circuler librement dans l’Union.

Selon plusieurs opérateurs logistiques, cette adaptation s’est traduite par une baisse significative du volume de colis traités directement par les plateformes italiennes, certaines estimations évoquant un recul de l’ordre d’un tiers des expéditions, sans pour autant que le niveau de consommation des ménages ne diminue. Autrement dit, la taxe n’a pas nécessairement réduit les achats en ligne : elle a surtout déplacé les flux vers d’autres plateformes logistiques européennes. Un mécanisme bien connu dans l’économie du transport : lorsqu’une contrainte réglementaire apparaît sur un territoire isolé, les chaînes logistiques internationales réorganisent leurs routes afin de contourner l’obstacle.

Pour la France, où les plateformes de tri et le fret aérien représentent un segment stratégique de l’économie logistique, cette stratégie de contournement pourrait avoir des conséquences délétères. L’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle constitue en effet l’un des principaux hubs de fret du continent et traite chaque année des volumes considérables de colis liés au e-commerce international, tout en employant 94 600 salariés, dont 85 500 emplois à temps plein. Autant d’emplois menacés par la concurrence d’autres plateformes européennes spécialisées dans le traitement de ces flux — notamment Liège, Schiphol ou Leipzig. Perdante sur le plan de l’emploi, la France, à l’instar de l’Italie, risque ainsi de ne même pas parvenir à faire chuter les ventes des mastodontes de la fast-fashion… Avant de faire à son tour marche arrière ?

© AbcBourse.com. Tous droits réservés

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le avec vos amis avec les boutons ci-dessous.

Ceci est un article Smartvoice: voir mentions légales

2aWhQ8mhykXagfmWdm_9AWCcR04hxtQeHkp1Nf1V09gyhQQuB5lcy37BYcDMyVRe