
(ABC Bourse) - TotalEnergies a publié la 8ème édition de son « TotalEnergies Energy Outlook », un document présentant un état des lieux du système énergétique mondial et trois scénarios d’évolution à l’horizon 2060. Le groupe y décrit un système « entre transition et résilience », dans un contexte où toutes les sources d’énergie voient encore leur demande progresser, tout en mettant en avant un ralentissement du rythme de croissance des énergies fossiles et des émissions de gaz à effet de serre associées.
Selon TotalEnergies, ce mouvement s’observe aussi dans les investissements: les investissements dans les énergies bas carbone, incluant les usages finaux avec l’électrification de la demande, ont « quasiment doublé » pour passer de 1 200 milliards de dollars en 2015 à 2 100 milliards de dollars en 2025.
Transition énergétique: investissements bas carbone et montée de l’électrification
TotalEnergies indique que plus de la moitié de la population mondiale « n’a toujours pas accès à un niveau suffisant d’énergie » pour accroître son niveau de développement, en matière d’éducation, de santé et de création de richesse. Dans le même temps, l’entreprise souligne que la croissance de la demande concerne encore le charbon, le pétrole, le gaz, ainsi que l’électricité, « dont renouvelable particulièrement ».
Le groupe met en avant une progression de la part de l’électricité dans la demande d’énergie finale mondiale, qui augmente de 1,3% par an depuis 2000. Il ajoute qu’en 2025 « l’augmentation de la demande d’électricité a été entièrement satisfaite par des nouvelles sources bas-carbone ».
TotalEnergies attribue un rôle central à la Chine dans ces évolutions, en indiquant qu’elle accueille environ 60% des additions de panneaux solaires, 70% des éoliennes et 60% des ventes de voitures électriques, tout en exportant largement ses technologies « vertes ».
Le document évoque également des enjeux de sécurité d’approvisionnement, citant la crise du détroit d’Ormuz en 2026, après la crise ukrainienne en 2022. TotalEnergies estime que cet épisode met en avant la promotion des énergies locales (énergies renouvelables, biocarburants), la diversification des sources, ainsi que le stockage des énergies fossiles. Le groupe affirme observer depuis le deuxième trimestre 2026 une accélération des ventes de voitures électriques en Asie, en Amérique latine et en Europe, ainsi qu’une augmentation des exigences d’incorporation de biocarburants, tout en notant que le charbon « reste essentiel pour les systèmes électriques asiatiques ».
Trois scénarios mis à jour à l’horizon 2060
TotalEnergies indique avoir mis à jour trois scénarios, construits à partir d’hypothèses qui diffèrent selon le « niveau d’ambition des Etats en matière de climat » et le « niveau de coopération entre eux », en intégrant les enjeux de sécurité d’approvisionnement, de prix et de décarbonation.
Le scénario Trends reflète, selon TotalEnergies, la trajectoire actuelle des pays, en supposant la poursuite des orientations des politiques publiques, des développements technologiques et du comportement des clients. Il prend en compte l’accélération récente de la pénétration des technologies bas carbone matures (solaire, éolien, véhicules électriques, pompes à chaleur), tout en mentionnant des limites liées aux infrastructures, notamment les réseaux électriques, aux tensions géopolitiques et aux coûts de ces technologies. Dans ce scénario, TotalEnergies écrit que les pays de l’OCDE n’atteignent pas la neutralité carbone en 2050, tandis que la Chine « s’en approche en 2060 ». La demande mondiale en produits pétroliers augmente puis se stabilise au cours de la décennie 2030 avant d’entamer une lente décrue; la demande en gaz poursuit sa croissance avant de se stabiliser dans les années 2040. TotalEnergies associe ce scénario à une augmentation de température estimée entre +2,6° et +2,8°C d’ici à 2100.
Le scénario Momentum est présenté comme plus volontariste que les tendances actuelles. Il suppose que les pays de l’OCDE s’approchent de la neutralité carbone en 2050, et la Chine en 2060. Il implique une électrification accrue de la demande finale, le quasi-abandon du charbon dans les pays OCDE, une forte réduction de son usage en Chine et une légère croissance seulement en Inde, l’utilisation du gaz naturel comme énergie de transition pour l’électricité et l’industrie, ainsi que le déploiement de nouvelles énergies dans les secteurs non électrifiables (par exemple, hydrogène décarboné dans l’industrie, carburants durables dans l’aviation et la marine). TotalEnergies ajoute que, dans ce scénario, les énergies fossiles couvrent encore la moitié de la croissance de la demande en énergie en Inde et dans le reste du monde, en raison de l’insuffisance des investissements bas-carbone. L’entreprise associe ce scénario à une hausse estimée entre +2,3° et +2,4°C d’ici à 2100.
Le scénario Rupture est décrit comme un scénario normatif construit à partir d’un point d’arrivée en 2050 qui permettrait de contenir la hausse des températures à moins de 2°C conformément à l’Accord de Paris. TotalEnergies considère que sa réalisation « semble à l’heure actuelle hors de portée en l’état des rivalités géopolitiques », car il supposerait une coopération multilatérale « considérablement renforcée » en faveur de la décarbonisation mondiale. Dans ce scénario, l’utilisation du charbon dans l’électricité diminuerait beaucoup plus rapidement, la part du gaz naturel resterait globalement stable, et l’électrification plus poussée entraînerait une forte augmentation de la production d’électricité à faible teneur en carbone. TotalEnergies associe ce scénario à une augmentation de température estimée entre +1,8° et +1,9°C d’ici à 2100.
Des trajectoires régionales différenciées, selon TotalEnergies
Le document aborde l’impact des tensions géopolitiques, avec des trajectoires « de plus en plus différenciées » par région.
TotalEnergies écrit que les États-Unis ont atteint l’indépendance énergétique grâce au pétrole et au gaz de schiste, et sont devenus exportateur net de gaz en 2017 et de produits pétroliers en 2020. Le groupe ajoute que, dans les prochaines années, ils continueront à être le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié et à s’appuyer sur les énergies fossiles domestiques pour satisfaire leur demande, celles-ci devant représenter environ 60% de l’énergie primaire en 2060, contre 80% « aujourd’hui ». TotalEnergies mentionne aussi, pour les États-Unis, une croissance des besoins électriques avec les data centers et l’intelligence artificielle.
Pour la Chine, TotalEnergies la décrit comme une « électro-puissance » poursuivant sa domination sur les technologies bas carbone via son intégration sur les chaînes de valeur. Le groupe estime que la part du charbon dans l’énergie primaire y reculerait d’environ 60% en 2025 à environ 25% en 2060, et que la part des produits pétroliers passerait d’environ 20% en 2025 à environ 10% en 2060, sous l’effet d’une forte électrification du transport routier.
Concernant l’Union européenne, TotalEnergies indique qu’elle « fait la course en tête » dans la réduction des émissions en continuant à décarboner son mix électrique, tout en faisant face à des besoins d’investissements « massifs » sur les réseaux électriques et à la nécessité, selon l’entreprise, de préserver la compétitivité industrielle et de surmonter des réticences de la population face aux surcoûts de la décarbonation des usages. TotalEnergies ajoute que les énergies fossiles représenteraient encore environ 60% de l’énergie primaire en 2035, l’Europe devant équilibrer sécurisation des approvisionnements fossiles et montée de l’électrification, notamment dans le transport et la génération de chaleur.
Aurélien Hamelle, directeur général Strategy & Sustainability, déclare: « Le système énergétique mondial continue à évoluer sur une ligne de crête, entre des enjeux de résilience et de souveraineté une nouvelle fois mis en exergue par la crise au Moyen-Orient et une transition qui se poursuit. Les évolutions observées depuis avec la crise du détroit d’Ormuz soulignent l’importance pour les Etats de favoriser les énergies domestiques qui passent par la production d’électricité notamment renouvelable, l’électrification de la demande et les biocarburants, tout en investissant dans la sécurisation du système énergétique fossile par la diversification des sources d’approvisionnement et des investissements dans des infrastructures de stockage et de transport. Certaines de ces tendances observées en 2026 confortent la trajectoire de transition entamée depuis l’Accord de Paris, mais ne laissent pas augurer d’une accélération suffisante pour atteindre l’objectif de contenir le réchauffement sous 2 degrés ».
© AbcBourse.com. Tous droits réservés
