
Lors de mes premiers pas en Bourse, j'ai longtemps pensé que ma plus grande peur était le risque. La volatilité sur certaines actions ou classes d'actifs m'avait impressionné dans tous les sens du terme. Puis avec les années d'expériences passées, mon comportement était souvent influencé par la concrétisation des pertes face à une action qui baissa soudainement. Cette dichotomie a façonné mon approche d'investissement et m'a fait comprendre pourquoi de nombreuses décisions sont irrationnelles.
L'aversion aux pertes est un biais cognitif que ressentent douloureusement les investisseurs. Les mauvais souvenirs, plutôt que les bons, nous marquent psychologiquement. En Bourse, nous avons tendance à prendre nos bénéfices trop tôt et laisser nos pertes trop longtemps dans nos portefeuilles dans l'espoir que tout va redevenir à la normale, ce qui entraîne des comportements contre-productifs.
Aversions aux pertes contre aversion au risque : Ne pas semer la confusion
Les investisseurs se mélangent les pinceaux sur ces deux biais cognitifs. Ils sont strictement différents dans les faits. L'aversion au risque se résume au caractère incertain du futur, ce qui semble légitime avant de se lancer sur un investissement dans une entreprise prometteuse avec les risques qui l'entourent. Vous ne pouvez pas prédire ce qui passera dans les années futures. La peur de l'incertitude incite à la prudence.
L'aversion aux pertes est perceptible d'un point de vue mathématique. Si vous êtes confiant dans les fondamentaux de l'entreprise, la perte temporaire peut être difficile à vivre ou frustrante, surtout lorsque les fondamentaux de l'entreprise sont d'excellente facture. Ce paradoxe, bien que cela étonne bon nombre d'investisseurs, se produit souvent sur les marchés financiers en raison de ses mécanismes psychologiques.
Supposons que vous achetiez une action à 50€. Elle grimpe à 70€, vous souriez. Puis subitement, elle glisse à 40€. Vous ne supportez pas ce scénario de marché qui ne tourne pas en votre faveur. Cette perception biaisée vous pousse à liquider vos titres au pire moment, juste pour apaiser la douleur engendrée par les pertes. Quelques semaines ou mois plus tard, l'action reprend son ascension avec une série de plus hauts historiques, une situation que beaucoup d'investisseurs novices connaissent.
Si je devais donner une image pour bien naviguer sur les marchés financiers, il vaut mieux acheter quand on est conscient du risque, plutôt d'être allergique aux pertes.
Comment gérer l'aversion aux pertes ?
Les pertes font partie intégrante dans la gestion d'un portefeuille. Il est essentiel de l'admettre humainement. Personnellement, je me fixe une limite de pertes sur une action tout en prenant en compte la pondération qu'elle occupe dans le portefeuille. Si la thèse d'investissement est invalidée par une détérioration des fondamentaux et une analyse graphique peu en verve, je coupe la ligne, puis je passe à autre chose.

L'autre approche efficace consiste à diversifier votre portefeuille. L'objectif est de répartir le risque mathématique et d’atténuer la douleur en contre-performance sur une ou deux lignes de votre portefeuille. En cas de pertes conséquentes, il faudrait que les premières pondérations de votre portefeuille les compensent largement. Enfin, je vous suggère de ne pas consulter en permanence vos comptes chez votre broker, au risque de vous exposer à la volatilité à court terme et d'être tenté de surréagir à des pertes temporaires. S'abstenir est une solution de sagesse.
L'horizon d'investissement à long terme comme remède ?
Adopter un horizon d'investissement à long terme est facile à revendiquer, mais l'assumer reste une paire de manche. Pour preuve, vous n'avez qu'à demander à Warren Buffett. Lorsque vous investissez dans une entreprise, la chose la plus importante est de bâtir une conviction. Si vous êtes confiant à propos de ses fondamentaux et n'avez pas besoin de cet argent dans cinq ou dix ans, ne vous laissez pas déstabiliser par les mouvements quotidiens des cours. Historiquement, les actions constituent un formidable remède contre l'inflation. Le prix à payer est d'accepter la volatilité.
Les bulles et les krachs font l'histoire des cycles boursiers. J'ai connu ces périodes et j'en sors grandi, ce qui m'aide à mieux appréhender les chocs de marché. De plus, on apprend sur notre personnalité, notamment sur la façon de gérer nos émotions.
En définitive, l'aversion aux pertes reste une part cachée de nos potentielles futures erreurs d'investissement. Nous devons l'admettre comme une contrepartie d'une récompense. Dans le milieu boursier, cela revient à réfléchir sur nos convictions d'investissement, analyser les fondamentaux d'une entreprise et repérer des points d'entrée avec un couple risque/rendement attractif. De cette manière, vous faites le job de votre côté et sans regrets. Enfin, faire preuve de courage est aussi une occasion de ne pas succomber à la peur de perdre, et donc maintenir le cap sur le long terme.