Pernod Ricard évolue dans un environnement contrasté, marqué par le ralentissement du marché mondial des spiritueux et des tensions macroéconomiques persistantes. Fort de marques emblématiques comme Jameson, Absolut ou Martell, le groupe conserve un positionnement premium solide, mais reste exposé à la cyclicité de la consommation et aux aléas géopolitiques sur ses marchés clés.
Le premier semestre de l’exercice 2025-2026 illustre ces difficultés. Le chiffre d’affaires recule de 15% en données publiées, à 5,25 milliards d’euros, et de 5,9% en organique. Cette contraction s’accompagne d’un repli du résultat opérationnel courant de 19%, à 1,61 milliard d’euros, et d’une baisse du bénéfice net de 18%, à 975 millions d’euros. Les effets de change négatifs, estimés à 187 millions d’euros, accentuent cette dégradation.
Sur le plan géographique, la situation reste hétérogène. La Chine et les États-Unis, deux marchés majeurs, enregistrent des reculs organiques respectifs de 28% et 15%, pénalisés par une demande affaiblie et un environnement de marché plus modéré. Le Brésil subit également un coup d’arrêt ponctuel, tandis que l’Inde continue de tirer son épingle du jeu grâce à une dynamique de premiumisation soutenue.
Dans ce contexte déjà fragilisé, le groupe a récemment mis fin aux discussions de rapprochement avec Brown-Forman. Ce projet, qui aurait permis de créer un acteur encore plus puissant à l’échelle mondiale, n’a pas abouti faute d’accord sur des conditions jugées satisfaisantes par les deux parties. Cette décision illustre les difficultés du secteur, où les enjeux de valorisation, de marges et de visibilité rendent les opérations de consolidation plus complexes.
Face à ces vents contraires, Pernod Ricard ajuste sa stratégie. Le groupe a revu à la baisse ses investissements stratégiques, désormais attendus autour de 750 millions d’euros, tout en renforçant ses efforts de réduction de coûts via un programme d’efficacités opérationnelles de 1 milliard d’euros à horizon 2029. La génération de trésorerie s’améliore toutefois, atteignant 482 millions d’euros, traduisant une gestion plus rigoureuse.
En termes de prévisions, le groupe anticipe une amélioration progressive au second semestre, portée notamment par le rebond du “travel retail” et les effets saisonniers en Chine. À moyen terme, Pernod Ricard maintient ses objectifs de croissance organique comprise entre 3% et 6%.
Techniquement on assiste à une rare tendance baissière qui dure maintenant depuis 3 ans et qui a vu la valorisation du géant des vins est spiritueux divisé par plus de 3 sur la période. Les ratios de valorisation ont accompagné les mauvaises performances du groupe et reflètent aujourd'hui la situation. Le dossier se paye autour de 10 fois les résultats attendus pour l'année en cours et prend en compte des perspectives qui ne sont pas mirobolantes.
A-t-on touché le fond à ce stade ? Difficile de le dire, en tout cas on trouve pour l'instant un petit support technique autour de 58-59 euros. Vu l'ambiance de fond du marché nous pensons qu'il est prématuré de se replacer aujourd'hui sur le dossier. Si la tendance boursière se fait plus difficile il est évident que les groupes en difficulté ne seront pas les premiers à se relancer. Nous attendrons donc des signes tangibles de retournement de tendance pour intervenir.
© www.abcbourse.com