Stellantis tire la sonnette d'alarme pour l'automobile européenne

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    06/02/2026 10:04:17

    ce n'est pourtant pas faute d''avoir prévenu

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    16/01/2026 19:30:30

    Interview

    « Il n'y a pas de demande naturelle pour les véhicules électriques » : Stellantis tire la sonnette d'alarme pour l'automobile européenne

    Emanuele Cappellano, le patron Europe de Stellantis, appelle la Commission européenne à agir, sous peine de voir l'industrie automobile européenne décliner inexorablement.


    Publié le 15 janv. 2026 à 15:04Mis à jour le 16 janv. 2026 à 16:27

    Alors que Stellantis lutte pour retrouver des parts de marché et des ventes en croissance, son nouveau patron pour l'Europe prédit un avenir sombre pour l'industrie automobile si la réglementation n'évolue pas.

    Quelle est votre position sur la mise en place d'un taux minimum de contenu européen ?

    Je pense que le contenu local est une bonne chose sur le principe, car cela permet de stimuler la croissance de l'industrie européenne. Nous devons simplement veiller à ce que ce soit compatible avec la compétitivité. Si on se contente de mettre en place le contenu local, mais que le coût de la voiture augmente de 10 ou 20 %, on se retrouve à nouveau confronté au problème de l'accessibilité financière.

    D'une manière ou d'une autre, pour certaines technologies spécifiques, nous devons trouver une voie pour que la technologie se développe en Europe. Prenons l'exemple des batteries : si vous me demandez demain matin d'avoir une batterie locale, cela pose un problème, car personne ne dispose d'une véritable capacité. Mais si vous définissez un plan pour en produire dans 10 ans, alors c'est pertinent. Si on ne le fait pas, le contenu local ne fera qu'augmenter les coûts.

    Pouvez-vous encore lutter avec les constructeurs chinois ?

    Aujourd'hui, il y a un écart d'environ 30 % entre le coût d'un véhicule chinois et celui d'un véhicule européen. Cet écart s'explique par différents facteurs : une partie est due aux subventions accordées à l'approvisionnement, ce n'est donc pas uniquement lié à l'industrie.

    L'autre partie est due aux batteries et à l'électronique. Et là encore, cela dépend du fait qu'il existe en Chine une chaîne d'approvisionnement locale entièrement développée pour ces composants, ce qui n'est pas le cas ailleurs.


    Ainsi, même si l'industrie peut devenir plus compétitive en termes de technologie, la chaîne d'approvisionnement n'existera de toute façon pas. Et la réglementation reste très différente, tout comme le coût de l'énergie, les règles relatives au travail, le coût des batteries…

    L'industrie européenne doit faire des efforts pour améliorer sa compétitivité. Mais quels que soient ces efforts, sans le soutien de l'Union européenne, nous ne pourrons jamais rivaliser avec les constructeurs chinois.

    Pensez-vous que les prix ont trop augmenté ces dernières années ?

    Une grande partie du déclin de l'industrie depuis 2019 est due au fait que le prix global des voitures a augmenté. Il y a trois ans, nous avions 49 véhicules proposés à moins de 15.000 euros, aujourd'hui zéro. Ce qui se passe, c'est que tous les prix augmentent.

    Ce n'est pas la marge du constructeur, c'est le coût du contenu. Celui-ci augmente, et ce sont les segments d'entrée de gamme, qui touchent la plupart de la population, qui souffrent.

    Les constructeurs ont aussi augmenté leurs marges pendant quelque temps…

    Il y a eu un moment très positif après la pandémie, où la demande était supérieure à la capacité de production, et où les constructeurs ont pu réaliser une rentabilité raisonnable. Mais c'était une bulle, qui est en train de disparaître complètement, car lorsqu'il y a une surcapacité, il n'y a plus de marge.

    Aujourd'hui, le choix est le suivant : soit je paie une amende, soit je perds de l'argent en vendant des véhicules neufs

    D'autant que les contraintes réglementaires et fiscales obligent les constructeurs à fixer le prix des véhicules électriques avec une marge négative. C'est vraiment difficile : si vous voulez être en conformité, vous devez perdre de l'argent. Aujourd'hui, le choix est le suivant : soit je paie une amende, soit je perds de l'argent en vendant des véhicules neufs.

    VIDEO - Et la voiture la plus vendue en 2025 est…

    Si vous regardez le bilan des constructeurs en Europe, vous constatez qu'ils sont en baisse d'année en année, et je ne parle pas seulement de Stellantis. En Europe, les marges diminuent et elles sont sur le point de devenir négatives.

    C'est un réel sujet d'inquiétude ?

    C'est une préoccupation majeure pour nous aujourd'hui. Il n'y a pas de demande naturelle pour les véhicules électriques. Elle ne se manifeste que lorsqu'il y a des subventions dans différents pays ou lorsque les constructeurs automobiles réduisent le prix en brûlant du cash. Vouloir augmenter la part des véhicules électriques ne fait donc que générer des pertes pour les constructeurs automobiles.

    C'est particulièrement le cas des utilitaires ?

    Les clients, tout simplement, préfèrent ne pas acheter d'utilitaires électriques et voir leur flotte vieillir de plus en plus. Ce sont des clients professionnels, qui ne sont pas motivés par des sentiments ou le plaisir de conduire. Ils sont rationnels dans leur choix, car le coût total de possession d'un véhicule électrique est beaucoup plus élevé que celui d'un véhicule à moteur thermique.


    Le contexte est très complexe et, si nous voulons nous en sortir d'une manière durable pour l'industrie européenne, quelque chose doit changer, et cela doit changer maintenant. Sinon, nous assisterons à un déclin continu de la taille de l'industrie, mais aussi de l'empreinte européenne. Cela concerne les fournisseurs, tout le savoir-faire, les compétences et l'ingénierie, qui sont très forts en Europe. Tout cela disparaîtra si la règle ne change pas.

    Doit-on craindre des fermetures d'usines en 2026 ?

    Pour moi, l'objectif actuel est de vendre davantage. Nous allons croître cette année en tirant parti des excellents produits et marques de notre portefeuille. A long terme, cela dépendra beaucoup de la réglementation : nous avons déjà enregistré une baisse de 3 millions de véhicules, personne ne peut se permettre une nouvelle baisse de cet ordre.

    Donc, pour 2026, la réponse est non. Mais si vous me posez la question dans cinq ans, la réponse sera ouverte, car personne ne sait ce qui va se passer.

    Yann Duvert

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      Forum de discussion Stellantis

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