LUE veut favoriser les satellites européens pour freiner lexpansion de

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    26/05/2026 18:47:15


    Floride : une fusée Falcon 9 de SpaceX emportant des satellites Starlink décolle du pas de tir 40 au Cap Canaveral.

    Tous droits réservés AP/John Raoux

    Par Luca Bertuzzi

    Publié le 26/05/2026 - 11:39 UTC+2•Mis à jour 14:14


    La décision de l’UE d’accorder la priorité aux opérateurs de satellites européens pourrait susciter une réaction de l’administration Trump.

    La Commission européenne doit adopter cette semaine une décision qui favorise les opérateurs de satellites européens, dans un mouvement destiné à freiner l’expansion en Europe de Starlink, le service phare de SpaceX, la société d’Elon Musk.


    Starlink domine actuellement le marché mondial de l’internet par satellite avec plus de 10 000 satellites en orbite basse. Son concurrent le plus proche est Project Kuiper d’Amazon, qui a récemment lancé sa première constellation commerciale de satellites.

    L’importance stratégique des communications par satellite est apparue clairement après l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, lorsque Starlink a constitué une bouée de sauvetage pour les troupes ukrainiennes après la mise hors service des infrastructures physiques de communication.

    Plus récemment, l’Ukraine aurait reconquis environ 400 kilomètres carrés de territoire lors d’une contre-offensive plus tôt cette année, après être parvenue à neutraliser des milliers de terminaux Starlink russes illicites.

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    Mais malgré le rôle de ces systèmes dans le fait d’avoir empêché la Russie de réaliser des gains majeurs en Ukraine, les Européens se montrent de plus en plus méfiants face à la dépendance stratégique à des opérateurs américains contrôlant un système de communication aussi critique.

    En réponse, l’UE a tenté de lancer son propre système de connectivité sécurisée par satellite, IRIS², et Bruxelles semble désormais vouloir aller plus loin avec une décision, au niveau européen, sur l’allocation du spectre radio qui empêcherait Starlink et Kuiper d’étendre davantage leurs services en Europe.

    « La connectivité par satellite est un élément clé de notre souveraineté technologique, de notre sécurité et de notre défense, comme le souligne également IRIS² », a déclaré à Euronews Thomas Regnier, porte-parole de la Commission pour la souveraineté technologique.

    « Dans la situation géopolitique changeante, une connectivité par satellite à l’échelle de l’UE devient synonyme de résilience, de sécurité et de capacités. »

    Une décision pro-européenne

    La Commission doit adopter mercredi sa décision sur la sélection des opérateurs des systèmes paneuropéens fournissant des services mobiles par satellite pour la bande de fréquences 2 GHz, la seule bande harmonisée au niveau de l’UE.

    Depuis 2009, cette bande passante est attribuée à deux opérateurs européens, Viasat et EchoStar.

    Ces fréquences sont actuellement utilisées pour un nombre limité de cas d’usage, notamment lorsqu’un smartphone n’a pas de connexion au réseau mobile mais peut encore servir à appeler les services d’urgence.

    À la lumière des évolutions technologiques, la Commission envisage désormais d’étendre l’utilisation de ces fréquences aux communications dites direct-to-device, qui permettent aux smartphones et à d’autres appareils de se connecter directement aux satellites dans l’espace.

    Cependant, les communications direct-to-device permettraient à des acteurs comme SpaceX et Amazon de concurrencer directement les opérateurs mobiles européens, en offrant une connectivité depuis l’espace rendant les infrastructures terrestres obsolètes.

    La décision à venir devrait donc favoriser les opérateurs de satellites européens, avec lesquels les opérateurs télécoms du continent préfèrent traiter car ils ne sont pas perçus comme une menace directe pour leur modèle économique.

    La décision est attendue la semaine précédant la présentation par la Commission de son « paquet Souveraineté technologique », une initiative visant à affranchir l’UE de sa dépendance stratégique à l’égard des fournisseurs de technologies étrangers.

    La question Trump

    Reste à savoir si cette démarche provoquera la colère du gouvernement américain qui, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche l’an dernier, se montre particulièrement offensif pour protéger les intérêts des entreprises américaines à l’étranger, y compris en Europe.

    Lors du Mobile World Congress en mars, le président de la Federal Communications Commission (FCC) américaine, Brendan Carr, a mis en garde l’UE contre la tentation de favoriser les fournisseurs européens dans l’attribution des fréquences satellites.


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    « L’Europe a des fournisseurs nationaux de satellites qui font beaucoup d’affaires aux États-Unis. Et je pense que nous avons tous bénéficié d’une approche équitable et impartiale. Et la possibilité de continuer dans cette voie dépend, franchement, des régulateurs européens », a déclaré Carr.

    « Si l’Europe insiste pour s’engager sur la voie d’une souveraineté satellitaire qui exclut les fournisseurs qui ne sont pas basés sur le continent, alors les États-Unis devront en tenir compte dans le traitement réciproque que nous accordons. »

    Dans le même temps, la Commission estime que le pire scénario a déjà été évité : la semaine dernière, les responsables européens sont parvenus à surmonter leurs divergences et à conclure un accord politique sur le controversé accord commercial UE–États-Unis.


    Intérêts commerciaux contre enjeux de défense

    La bande radio des 2 GHz oppose également les intérêts commerciaux aux applications militaires, le monde de la défense cherchant en permanence à réserver des bandes de fréquences pour son propre usage.

    Au sein de la Commission, cette tension se traduit par un bras de fer entre la responsable du numérique de l’UE, Henna Virkkunen, proche des intérêts des opérateurs télécoms, et le commissaire à la Défense, Andrius Kubilius.

    Dans un entretien accordé la semaine dernière au Financial Times, Kubilius a plaidé pour qu’IRIS² obtienne une part des fréquences satellites, une position qui n’est pas forcément partagée par le reste de la Commission.

    Le spectre est une ressource limitée et son allocation a toujours été un exercice d’équilibre entre des intérêts concurrents.

    Alors que l’UE poursuit le développement de ses solutions technologiques domestiques, trouver le bon équilibre – éviter de s’aliéner Washington et laisser suffisamment de place aux applications de défense – sera un exercice particulièrement délicat.

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