28 mai 2026 •08:27
EUTELSAT : Fréquences satellites : Bruxelles reprend les clés du ciel européen quitte à fâcher les Etats-Unis.
La Commission européenne a adopté une proposition de règlement historique sur l'attribution des fréquences satellitaires mobiles dans la bande 2 GHz. Deux tiers du spectre seront réservés aux opérateurs européens, écartant de fait les acteurs américains.
La Commission découpe désormais le spectre disponible en trois blocs égaux. Le premier, exclusivement réservé à un opérateur européen, couvrira les usages gouvernementaux (défense, sécurité, gestion de crise) et devra s'intégrer à IRIS², la constellation sécurisée de l'UE.
Le deuxième bloc sera accessible aux seuls nouveaux entrants européens sur le marché commercial, pour encourager l'émergence d'acteurs capables de rivaliser avec les géants américains. Le troisième, enfin, sera ouvert à tous, européens comme non-européens. C'est l'unique fenêtre laissée à Starlink ou Amazon Leo, cantonnés au mieux à un tiers d'un spectre qu'ils espéraient dominer.
Il aura fallu dix-huit ans. En 2008, l'Union européenne avait confié à deux opérateurs américains, Viasat et EchoStar, l'exclusivité d'exploitation de la bande de fréquences satellitaires dite 2 GHz, celle qui permet aux téléphones et appareils connectés de communiquer sans interruption, même dans les zones les plus reculées.
La bande 2 GHz est aujourd'hui l'actif stratégique par excellence. C'est la fréquence idéale pour connecter directement les smartphones aux satellites sans équipement spécial - le fameux « Direct-to-Device », technologie qui préfigure la future 6G.
Sans intervention de Bruxelles, ce spectre serait resté intégralement aux mains américaines. Par un jeu de rachats successifs, EchoStar a en effet été acquis par Starlink l'automne dernier, plaçant de fait l'essentiel du ciel numérique européen sous le contrôle de la galaxie Elon Musk.
Pour les acteurs du spatial européen, le signal est clair : c'est maintenant ou jamais. IRIS², associant Airbus, Thales Alenia Space, Eutelsat ou encore SES, figure en première ligne pour le bloc gouvernemental, tandis que la Commission mise sur l'émergence de consortiums pour les blocs commerciaux, les start-up européennes étant souvent trop petites pour candidater seules. Les droits seront attribués pour vingt ans, renouvelables, offrant la visibilité nécessaire pour amortir de colossaux investissements.