(ABC Bourse) - Le titre 2CRSi plonge ce vendredi 30 octobre après la publication d'une expertise indépendante sur les accusations de Grizzly Research. Entre centaines de millions d'euros de transactions vérifiées, contrats incertains et graves lacunes de contrôle interne, le rapport livre des conclusions contrastées.

Près d'un quart de sa valeur boursière envolé en début de séance. Ce vendredi 30 octobre 2026, l'action 2CRSi décroche à la Bourse de Paris, jusqu'à tomber autour de 19 euros. À l'origine de cette violente baisse, la publication des conclusions d'un expert indépendant chargé d'examiner les accusations lancées en juin par Grizzly Research contre le fabricant français de serveurs informatiques.
Le rapport, dont 2CRSi a reçu le projet le 26 octobre, passe au crible 22 des 34 allégations recensées par l'entreprise. Ses investigations couvrent les activités du groupe entre mars 2023 et juin 2026, en France comme dans plusieurs filiales étrangères. Si certaines accusations ne sont pas confirmées, l'expert relève des faiblesses importantes dans le suivi des transactions, la documentation comptable et plusieurs contrats commerciaux de grande ampleur.
Pourquoi l'action 2CRSi s'effondre malgré 425 millions d'euros de ventes vérifiées
Le chiffre est considérable. L'expert indépendant a passé en revue 78 % du chiffre d'affaires consolidé de 2CRSi sur les trois derniers exercices. Ses vérifications portent sur les factures, les règlements et les documents disponibles pour retracer les opérations commerciales.
Selon l'entreprise, "Il a confirmé la réalité des encaissements et la concordance des caractéristiques commerciales avec la facturation pour des opérations estimées à 425M€".
L'expertise ne valide pourtant pas tous les aspects des transactions examinées. Elle fait état de "des réserves majeures relatives à la complétude documentaire, à certains montages de financement et à la destination ou à la propriété finales des équipements". Pour les opérations dans lesquelles les clients ont directement payé les fournisseurs de 2CRSi, l'expert ne peut pas se prononcer.
L'une des transactions étudiées concerne une commande allemande de 110 millions d'euros portant sur 194 serveurs. L'expert confirme son existence contractuelle et son règlement intégral avant livraison, à l'exception des frais de transport et d'assurance. Le paiement a toutefois été effectué par un tiers à la place du client allemand, et les justificatifs comptables et financiers de cette revente restent incomplets.
Face à ces constats, le PDG de 2CRSi, Alain Wilmouth, défend la démarche de son entreprise tout en reconnaissant des défaillances :
"Nous avons voulu que nos actionnaires disposent de faits établis par un expert indépendant. Il juge non fondée l'allégation selon laquelle nous aurions fabriqué notre chiffre d'affaires au travers de parties liées, sauf pour les opérations que nos clients ont réglées directement à nos fournisseurs, sur lesquelles il ne peut conclure, et il confirme l'encaissement des ventes qu'il a pu suivre jusqu'aux relevés bancaires. Ses travaux montrent aussi que certaines de nos communications passées étaient imprécises et que notre documentation n'était pas au niveau attendu. Nous rectifions aujourd'hui ces communications et nous renforçons nos procédures de contrôle interne", déclare le dirigeant.
2CRSi, les contrats de 610 et 290 millions de dollars au cœur des réserves
Les investigations se sont également intéressées aux importants contrats américains annoncés par 2CRSi. Le premier, d'un montant de 610 millions de dollars, n'a généré aucun chiffre d'affaires comptabilisé depuis sa signature. Contrairement à l'une des accusations de Grizzly Research, il n'a pas été conclu avec NewYork GreenCloud, mais avec une autre société appartenant à l'écosystème du Dr Joseph Church.
Le rapport explique les difficultés rencontrées par ce projet : "En effet, le projet lié à ce contrat a connu des retards significatifs par rapport au calendrier initial. Des changements règlementaires intervenus fin 2024 et le désistement de différents investisseurs fin 2025 ont conduit à l'arrêt quasi-total du projet".
2CRSi précise désormais que cet accord constitue un contrat-cadre sans engagement de volume. Il prévoyait que 408,7 millions de dollars, soit 67 % du montant global, puissent être financés par des partenaires, une filiale spécialisée ou l'entreprise elle-même. Les modalités de financement restaient à définir.
L'autre dossier concerne NYGC et une commande annoncée à 290 millions de dollars en septembre 2025. Distincte du contrat précédent, elle prévoit la fourniture de 288 serveurs intégrant 2 304 processeurs graphiques NVIDIA B300 pour le projet Buena Vista, en Californie.
Mais cette commande n'a toujours pas été activée. Sa réalisation dépend du redémarrage d'une centrale biomasse, de l'obtention des autorisations, de la disponibilité d'au moins 5 MW de puissance électrique et du financement du projet. La livraison ne pourrait intervenir que 20 semaines après l'activation formelle, avec paiement intégral préalable.
L'expert formule cette appréciation : "Les pièces ne permettent pas d'établir un financement ferme ni l'activation du contrat NYGC, Aucun revenu lié à ce contrat n'a été enregistré dans la comptabilité de 2CRSi sur les trois exercices analysés. Le risque de retard ou de non-réalisation semble important, compte tenu des conditions restant à satisfaire. Les pièces examinées ne démontrent pas l'obtention, à la signature, d'un financement ferme couvrant le prix, et un retard d'activation peut conduire à une révision du prix. Le paiement intégral avant livraison limiterait le risque d'impayé".
Le contrat pouvait être résilié par chacune des parties si son activation n'intervenait pas avant le 30 septembre 2026. Au 30 octobre, aucune n'a exercé cette possibilité. NYGC évoque des fuites importantes sur des canalisations de la centrale pour expliquer les retards et prévoit un redémarrage complet avant la fin de l'année.
Les liens entre 2CRSi et NYGC ont aussi retenu l'attention de l'expert. Il constate une proximité commerciale et opérationnelle importante avec Joseph Church, ainsi qu'une possible situation d'influence notable liée aux obligations souscrites par HAW, la holding d'Alain Wilmouth.
Autre point examiné : les quatre sites américains de Fremont, Chateaugay, Rouses Point et San José ne figurent pas parmi les actifs immobilisés de 2CRSi. L'expert précise : "Sans visite des dits sites, et en l'absence d'opérations dans les états financiers de 2CRSi (à l'exception des charges locatives), il n'est pas possible de déterminer avec certitude si les sites sont en activité, proches de l'achèvement ou s'ils sont à l'arrêt".
Enfin, l'expertise confirme une erreur dans une communication financière de juillet 2024. 2CRSi avait indiqué que 71 % de son chiffre d'affaires était réalisé en Asie, alors que la proportion des ventes livrées dans cette région atteignait 33,5 % sur l'exercice 2023-2024, selon les factures.
L'entreprise maintient son ambition d'atteindre un milliard d'euros de chiffre d'affaires sur l'exercice 2026-2027, sans intégrer de revenus provenant des deux contrats américains concernés. Elle prévoit une visite du site californien en novembre afin d'évaluer les possibilités de livraison ou de commercialisation des capacités de calcul.
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