
(ABC Bourse) - L’annonce a fait l’effet d’un uppercut dans les cercles feutrés de la protection sociale. Le ministère de l’Économie vient de confier la santé de ses agents à Alan, une start-up fondée en 2016. Un tournant inattendu pour les 130.000 fonctionnaires concernés, et un revers cinglant pour la Mgéfi, mutuelle historique de la maison. À terme, ce sont près de 300.000 personnes, ayants droit et retraités inclus, qui basculeront sous cette nouvelle bannière, bousculant les équilibres d’un marché longtemps figé.
Ce contrat, l’un des plus convoités dans le cadre de la réforme de la protection sociale complémentaire (PSC), propulse Alan en haut du podium des assureurs publics. Derrière ce choix, une promesse : des frais de gestion réduits, des services numériques de pointe, et un tarif global jugé plus favorable pour les familles par l'administration. De quoi faire grincer des dents dans les rangs des mutuelles historiques.
Alan, petit nouveau devenu géant du secteur public
Déjà lauréat des contrats du ministère de la Transition écologique et des services du Premier ministre en 2024, Alan poursuit une ascension fulgurante. En un an, l’assureur a triplé sa base de fonctionnaires couverts, passant de 65.000 à près de 200.000 agents, sans compter les ayants droit. Son modèle ? Une gestion entièrement digitalisée, centrée sur une application fluide et intuitive très appréciée des utilisateurs, selon plusieurs retours issus du ministère de l’Écologie.
Mais cette stratégie aggressive soulève des questions. En 2024, malgré une croissance de 48 %, Alan affichait encore 34 millions d’euros de pertes, ambitionnant d’atteindre la rentabilité en 2026 seulement. De quoi alimenter les critiques, notamment chez les acteurs historiques évincés.
« Cette décision est un choc et à bien des égards difficilement compréhensible », confie Nicolas Gomart, directeur général du groupe Matmut, maison-mère de la Mgéfi. Présente à Bercy depuis vingt ans, cette dernière a annoncé envisager des voies de recours pour contester l’attribution.
Un choix qui divise jusque dans les rangs de Bercy
Du côté des syndicats, le ton est ferme. La CGT Finances dénonce un marché « parfaitement démesuré par rapport au chiffre d’affaires d’Alan », qui s’élevait à un demi-milliard d’euros en 2024. Les craintes portent sur la capacité de l’assurtech à maintenir, sur la durée, la qualité des prestations et le niveau de couverture attendu.
La CFDT Fonction publique, plus modérée, rappelle que « ce qui nous intéresse, c’est que l’accord conclu soit respecté », tout en observant avec prudence les premiers effets du basculement dans les ministères déjà concernés.
Du côté de l’administration, on assume. Selon Bercy, l’offre d’Alan était « mieux-disante sur un plan économique et tarifaire pour les familles, de meilleure qualité sur le plan des services aux agents et avec les frais de gestion les plus bas ». Des arguments techniques difficilement contestables sur le papier.
Une recomposition du paysage mutualiste en marche
La chute de la Mgéfi s’ajoute à une longue liste de mutuelles historiques déboutées dans la réforme PSC : Mutuelle centrale des finances (MCF), Mutuelle des métiers de la Justice (MMJ), et même la MGEN avaient déjà subi des revers. Seule cette dernière avait tenté une action en justice – perdue en référé.
Derrière la modernisation technique, c’est tout un écosystème qui vacille. En optant pour une start-up, l’État envoie un signal fort : l’efficacité prime sur la tradition, quitte à heurter les équilibres historiques. Et ce bouleversement ne fait que commencer.
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