
(ABC Bourse) - On les dit trop âgés pour emprunter, pas assez solvables pour les banques. Et pourtant, les plus de 60 ans détiennent plus de la moitié du patrimoine immobilier français. C’est à ce paradoxe qu’Arrago, jeune fintech fondée en 2017, s’attaque avec ambition. Elle vient de sécuriser une capacité de prêt de 250 millions d’euros, non pas via une levée de capital, mais grâce à un mécanisme structuré, calibré pour les investisseurs institutionnels européens. Le but ? Industrialiser son produit phare, le Prêt 60®, pour répondre à une demande exponentielle des seniors en quête de solutions de financement.
Arrago n’invente pas un besoin, elle le révèle. Face à des banques frileuses dès qu’il s’agit de prêter au-delà de la soixantaine, l’entreprise mise sur un modèle inverse : prêter non pas sur les revenus futurs, mais sur la valeur du bien immobilier détenu. Une formule simple, puissante, et surtout adaptée à une génération vieillissante mais encore largement propriétaire. Avec cette opération, la startup espère multiplier par 17 son volume annuel de prêts d’ici 2030, passant de 400 à plus de 7 000 octrois par an.
Comment fonctionne le Prêt 60®, ce produit qui séduit les seniors ?
Le Prêt 60® d’Arrago casse les codes du crédit bancaire classique. Sans condition de revenus, sans questionnaire de santé, et surtout sans mensualité, il s’adresse aux propriétaires de plus de 60 ans. Le remboursement ? In fine, au moment de la succession, ou à la vente du bien immobilier mis en garantie.
Concrètement, ce prêt permet de dégager de la trésorerie à partir d’un patrimoine souvent bloqué. Il s’adresse principalement aux seniors, qui l’utilisent pour diverses raisons. Dans 50,7 % des cas, il sert à améliorer leur niveau de vie à la retraite. Il permet également de financer des travaux (47,9 %), d’aider leurs proches (22,5 %) ou encore de rembourser d’anciens crédits (25,4 %).
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Ce mécanisme transforme leur logement en levier financier, tout en maintenant leur indépendance. En 2024, Arrago a déjà accordé plus de 400 prêts, pour un montant moyen de 130 000 €, soit 55 millions d’euros distribués dans 62 départements. Et selon l’entreprise, 77,5 % de ses clients n’avaient accès à aucun autre prêt bancaire.
Un modèle calibré pour séduire les investisseurs institutionnels
L’innovation d’Arrago n’est pas seulement sociale, elle est aussi financière. Le modèle intéresse de très près les fonds de pension et assureurs, en quête d’actifs longs et prévisibles pour adosser leurs passifs liés aux retraites. « Ces institutionnels doivent payer des retraites, qui sont comme une dette liée à la longévité », explique Alexis Rouëssé, CEO et cofondateur d’Arrago. « Nos prêts, remboursés au décès, répondent parfaitement à ce besoin de matching adjustment. »
En d'autres termes, les prêts viagers d'Arrago constituent une classe d’actif naturellement alignée avec les horizons d’investissement des institutionnels. Une alchimie rare, qui explique pourquoi la startup a pu lever un montant aussi important sans diluer son capital. Résultat : une autonomie conservée, une croissance financée, et un modèle pérenne.
Le Royaume-Uni a déjà franchi le pas avec 6 milliards d’euros de lifetime mortgages distribués en 2022. En France, selon l’EPPARG et EY, le marché pourrait peser 4 milliards d’euros en 2030, et 8 milliards d’ici 2035. Arrago se positionne pour en devenir le chef de file. Déjà, elle revendique être la première structure indépendante en Europe à dépasser les 100 millions d’euros de capacité de prêts dans ce segment.
Une ambition industrielle assumée
Dès sa création, Arrago a refusé les itérations artisanales. « Nous n’avons pas voulu bricoler une première version puis améliorer, l’enjeu, c’était de concevoir une vraie machine », revendique Alexis Rouëssé. Objectif : industrialiser chaque étape du parcours client, du dépôt de dossier au déblocage des fonds (actuellement entre 45 jours et 3 mois).
Ce pari porte ses fruits. L’entreprise affiche une ambition claire : passer de 8 à 15 millions d’euros de prêts par mois dès 2025, et franchir le cap symbolique du milliard d’euros distribués annuellement à horizon 2030. Des chiffres inédits pour un secteur encore balbutiant en France.
Un exemple concret ? Bernard, 78 ans, a pu emprunter 170 000 € sur la base d’un bien estimé à 560 000 €. De quoi financer des travaux, un voyage, et aider sa petite-fille. Dix ans plus tard, sa maison est valorisée à 630 000 €. Le montant dû s’élève à 317 618 €. Ses héritiers peuvent rembourser et garder la maison, ou la vendre, et récupérer un excédent de 312 382 € après remboursement.
Loin d’un modèle de précarité ou de dépendance, le Prêt 60® revendique une forme de liberté financière tardive. Et pour les investisseurs, une nouvelle manière de financer la longévité.
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