
(ABC Bourse) - Depuis l’annonce du Premier ministre François Bayrou, mardi 15 juillet, les retraités scrutent leur avis d’imposition avec une certaine appréhension. L'abattement fiscal de 10 % sur les pensions va disparaître, au profit d’un forfait unique de 2 000 euros par personne. Une réforme qui, à première vue, semble simplifier les choses. Mais dans les faits, elle va surtout alourdir la note pour une large part des retraités, en particulier ceux vivant seuls et percevant des revenus moyens ou supérieurs.
Le gouvernement espère ainsi réaliser une économie budgétaire de 4,5 milliards d’euros, selon les calculs du ministère de l’Économie. Objectif : contribuer à combler le déficit public. « Pour tous les retraités qui sont au début de l’échelle des impôts, leur fiscalité va baisser », a affirmé mardi Éric Lombard. Mais cette déclaration cache une réalité plus nuancée, voire inverse, pour des centaines de milliers de contribuables âgés.
Moins de 65 ans : une fenêtre étroite de bénéficiaires
Les retraités qui ont le plus de chances de voir leurs impôts baisser sont les jeunes retraités de moins de 65 ans, dont les revenus annuels avant abattement se situent entre 18 970 et 20 000 euros. Pour eux, le passage au forfait de 2 000 € pourrait se traduire par un allègement symbolique, de quelques euros par an seulement. Exemple : un retraité seul, âgé de 63 ans, touchant 19 920 euros par an, économiserait... 4 euros.
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En dessous de ce seuil de 18 970 euros, ces retraités ne sont déjà pas imposables avec l’abattement actuel. Le gain est donc nul. Et au-dessus de 20 000 euros, le forfait devient moins intéressant que l’abattement proportionnel de 10 %, ce qui entraîne mécaniquement une hausse des impôts.
Retraités seuls et plus de 65 ans : les grands perdants
Ce sont eux qui vont le plus sentir passer la réforme. Car les retraités seuls au revenu modeste mais supérieur à 20 000 € seront directement touchés par la réduction du plafond d’abattement, passant de 3 000 € à 2 000 € pour un contribuable isolé.
Exemple parlant : un retraité veuf, avec 30 000 euros de revenus annuels, bénéficiait jusqu’ici d’un abattement de 3 000 €, et payait environ 1 365 euros d’impôt. Avec la réforme, son abattement tombe à 2 000 €, et son impôt grimpe à 1 525 euros. Soit une hausse nette de 160 euros.
Et la note peut grimper plus encore. Pour les plus hauts revenus, l’augmentation du revenu imposable de 2 400 € peut entraîner une surcharge fiscale allant jusqu’à 1 080 euros par an.
Les retraités de plus de 65 ans, eux, ne bénéficieront d’aucune baisse d’impôt. Le plafond d’abattement spécifique auquel ils ont droit (jusqu’à 1 398 euros en fonction de leurs revenus) est insuffisant pour compenser la perte de l’abattement proportionnel. Pire, le seuil d’imposition pour un retraité de plus de 65 ans vivant seul baissera légèrement, passant de 20 510 à 20 460 euros déclarés, ce qui pourrait faire basculer dans l’impôt des profils jusqu’ici exonérés.
Couples de retraités : des hausses limitées, mais bien réelles
Contrairement aux retraités isolés, les couples s’en sortent nettement mieux. Avec l’ancien système, ils pouvaient bénéficier d’un abattement maximal de 4 400 euros (10 % sur 44 000 €). Avec le nouveau forfait, chacun des deux membres aura droit à 2 000 euros, soit un total de 4 000 euros.
Résultat : seulement 400 euros de revenu en plus imposés pour un couple, ce qui, même avec un taux marginal élevé, représente au pire 180 euros d’impôts supplémentaires par an. Et uniquement pour les couples aux revenus très élevés, supérieurs à 180 300 euros annuels.
Ce traitement différencié, en apparence technique, accentue la pression fiscale sur les retraités veufs ou divorcés, et pose la question d’une forme d’injustice structurelle pour ceux qui vivent seuls. D’autant plus que ces profils ne bénéficient plus de la demi-part fiscale depuis 2014.
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