(ABC Bourse) - Le taux auquel la France emprunte à dix ans approche désormais 4,25 %, un niveau que le pays n’avait plus connu depuis 2008. Derrière cette poussée spectaculaire, les tensions sur les marchés obligataires se mêlent à la guerre en Iran et à la remontée du pétrole, qui ravivent les inquiétudes autour de l’inflation.

Mercredi 2 septembre au matin, le rendement français à 10 ans était estimé à près de 4,25 %. Il faut remonter dix-huit ans en arrière, à l’automne marqué par la faillite de Lehman Brothers et les vastes plans de sauvetage liés à la crise financière, pour retrouver un coût d’emprunt comparable pour la France.
La pression ne se limite pas aux obligations françaises. Le mouvement touche plusieurs grandes économies et pousse leurs coûts de financement vers des niveaux qui n’avaient parfois plus été observés depuis des années.
Aux États-Unis, le rendement du Trésor à 10 ans se négociait mercredi autour de 4,8 %. Il se rapproche du seuil de 5 % franchi à l’automne 2023, qui constituait alors un sommet inédit depuis 2007. Au Japon, au Royaume-Uni et en Allemagne, les taux d’emprunt avaient atteint en début de semaine leurs niveaux les plus élevés depuis respectivement 1996, 2008 et 2011.
Cette hausse arrive à un moment délicat pour les finances publiques. Les États portent encore le poids des déficits accumulés alors que les dépenses militaires ont augmenté et que les plans de relance engagés après la crise sanitaire puis la crise énergétique de l’hiver 2022 ont pesé sur leurs comptes.
Une nouvelle source de tension est venue s’ajouter à cette équation : la guerre en Iran. Le conflit alimente depuis plusieurs mois une poussée inflationniste qui freine l’activité des entreprises et la consommation des ménages. La remontée des prix énergétiques fait aussi planer le risque d’un nouveau resserrement monétaire des banques centrales, susceptible de pousser encore les rendements des dettes publiques vers le haut.
Mercredi matin, les forces iraniennes ont annoncé des attaques contre des cibles militaires américaines aux Emirats arabes unis, au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie et au Kurdistan irakien. Elles intervenaient après des frappes américaines lancées plus tôt dans la nuit. Selon les médias d’Etat cités par la source, ce deuxième échange de tirs consécutif a fait au moins 11 morts en Iran.
Le marché pétrolier a immédiatement cristallisé les inquiétudes. Le corridor maritime concerné par les tensions représente 20 % de la production annuelle d’hydrocarbures. Dans la nuit de mardi à mercredi, le Brent évoluait autour de 96 dollars le baril. Une telle poussée renforce les craintes concernant l’inflation et, par ricochet, les finances publiques et les marchés obligataires.
Dette française, Fitch revoit le déficit 2026 à 5,2 %
Pour la France, la remontée du coût de l’emprunt survient au moment où s’ouvre une période budgétaire particulièrement sensible, sur fond de campagne électorale. Plus les intérêts exigés sur la dette augmentent, plus le redressement de sa trajectoire devient difficile à organiser.
Vendredi 28 août, Fitch a revu à la hausse ses prévisions pour les finances françaises. L’agence anticipe désormais un déficit de 5,2 % en 2026, contre 4,9 % dans sa projection précédente. Elle table ensuite sur un déficit de 5,5 % en 2027.
Fitch pointe également la situation politique française. "La fragmentation politique persistante" du pays, sans majorité au Parlement, "constitue une faiblesse majeure, car elle réduit la capacité des autorités à mettre en œuvre un ajustement budgétaire durable et limite la prévisibilité des politiques", a souligné l’agence américaine.
Malgré ces réserves et la poussée du coût de financement français, Fitch a maintenu la note de la dette française à A+, assortie d’une perspective stable.
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