Trouver des financements à la hauteur des besoins du continent : tel est l’un des nombreux défis conditionnant le développement de l’Afrique. Une situation à caractère d’urgence qui pousse désormais la Banque africaine de développement (BAD) à encourager le recours aux capitaux privés. C’est dans le sillage de cette diversification d’investisseurs que s’inscrivent des acteurs comme Constantin Dabiré (Sitexco) qui entend démontrer qu’au-delà du « risque africain », le continent peut transformer son potentiel en influence économique.
L’Afrique n’a plus vraiment le choix : pour atteindre les Objectifs de développement durable d’ici 2030, le continent doit mobiliser entre 130 et 170 milliards de dollars chaque année. L’impératif semble mener la BAD sur la voie d’un changement de doctrine. Son président, Sidi Ould Tah, défend en effet l’idée que « le développement (en Afrique) est de plus en plus porté par les capitaux privés », signe qu’il ne s’agit plus simplement d’un complément, mais d’un axe central pour financer l’industrialisation et les infrastructures. Cette inflexion intervient alors que les économies africaines restent largement pénalisées par le fonctionnement de la finance mondiale. Lors du sommet Africa-Forward, le président kényan William Ruto a ainsi rappelé que « l’architecture financière mondiale continue d’imposer des taux d’emprunt très élevés aux économies africaines, freinant leur développement ». Dans ce contexte, le recours accru aux capitaux privés apparaît moins comme un choix que comme une contrainte structurelle, dans un environnement où le coût du capital reste bien plus élevé en Afrique que dans les économies avancées.
La nécessité d’un cadre lisible et rassurant pour les investisseurs
Toutefois, attirer des capitaux ne suffit pas ; les investisseurs veulent des rendements, mais exigent avant tout de la lisibilité. Comme le rappelle Emmi Oikari, gouverneur temporaire pour la République de Finlande au sein de la BAD, ces derniers « accordent de l’importance à la prévisibilité et veulent constater une réduction des incertitudes ». Autrement dit, l’enjeu ne se limite plus seulement à l’attractivité économique, mais à la capacité des États à structurer un environnement crédible et prévisible pour les investisseurs. Une exigence qui renvoie directement à la qualité des cadres réglementaires et à la stabilité institutionnelle, communément identifiés comme des facteurs déterminants des flux d’investissements. Dans nombre de pays africains, l’écart entre potentiel et perception du risque continue en effet de les freiner. C’est dans cet interstice que se distinguent certains acteurs privés, à l’image de Constantin Dabiré, fondateur de la société financière internationale Sitexco, qui cherche à réduire le phénomène d’asymétrie d’information et à rendre les environnements d’affaires plus lisibles.
Aussi défend-il, depuis plusieurs années maintenant, l’idée d’aller « chercher d’autres niches de revenus et de nouveaux partenaires désireux d’investir en Afrique ». Sans oublier de corriger au passage une perception, aussi erronée que tenace, selon laquelle on attribue à l’Afrique des risques largement surévalués. En effet, les rendements proposés sur le continent, rappelle-t-il, sont assez élevés, souvent supérieurs à la moyenne mondiale. En cela, Sitexco - filiale canadienne de la SA2IF au Burkina Faso - cherche à jouer un rôle d’interface entre les attentes des investisseurs internationaux et les réalités des économies africaines. Le défi est d’autant plus aigu que le continent a la lourde tâche de dépasser certains de ses paradoxes pour espérer passer un cap : poids démographique, agricole et minier considérable, mais difficultés persistantes à financer sa transformation. Abondance de projets, mais mobilisation encore insuffisante de plus de 4 000 milliards de dollars d’épargne et d’actifs domestiques. Bien que l’Afrique travaille à améliorer son attractivité, le continent ne représente encore qu’environ 6 % des IDE mondiaux.
Passer du potentiel à l’influence économique
En réalité, de ces enjeux de financement découle la place-même du continent dans l’économie politique mondiale. Afin de renforcer l’influence de l’Afrique, plusieurs analyses plaident pour y amplifier les alliances régionales, en renforçant à la fois le rôle de l’Union africaine et celui des États africains déjà présents dans les BRICS - Égypte, Afrique du Sud ou Éthiopie. Cette dynamique s’appuie aussi sur la NAFA (Nouvelle architecture financière africaine), approuvée lors du 39e sommet de l’Union africaine en février 2026, qui vise à réorganiser en profondeur les instruments de financement du continent autour des priorités africaines. Elle prévoit un renforcement des institutions financières panafricaines, ainsi qu’une mobilisation accrue de l’épargne domestique, et, également, une meilleure coordination des politiques d’endettement afin de réduire la dépendance aux marchés extérieurs et aux devises fortes.
L’objectif est donc de passer d’une logique de financement fragmenté, et largement exogène, à une capacité endogène de pilotage du développement. Dans cette perspective, l’ouverture aux capitaux privés ne peut produire d’effets durables que si elle s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté financière et de montée en puissance économique de l’ensemble du continent.
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