(ABC Bourse) - Le géant américain des semi-conducteurs subit une lourde sanction boursière ce vendredi 30 octobre 2026. Ses prévisions décevantes provoquent une vague de ventes qui frappe Nvidia, AMD et plusieurs grandes entreprises technologiques.

C'est une véritable dégringolade pour Intel. Ce vendredi 30 octobre 2026, l'action du fabricant américain de processeurs s'effondre de 25 % dans les échanges précédant l'ouverture de Wall Street. Une chute brutale qui ne touche pas seulement le groupe dirigé par Lip-Bu Tan : Nvidia, AMD et plusieurs autres géants des semi-conducteurs reculent à leur tour, alors que les investisseurs s'inquiètent des perspectives du secteur technologique.
À l'origine de cette vague de ventes, des prévisions financières bien inférieures aux attentes pour les derniers mois de 2026. Intel doit composer avec une demande affaiblie pour les ordinateurs personnels, une flambée des prix de la mémoire et des investissements considérables dans l'intelligence artificielle. Si son recul de 25 % se confirmait à l'ouverture, le groupe risquerait de voir s'évaporer plus de 123 milliards de dollars de capitalisation boursière.
Intel perd 25 % en Bourse, Nvidia, AMD et ASML entraînés dans la chute
Les chiffres annoncés par Intel ont refroidi les investisseurs. Pour le quatrième trimestre 2026, l'entreprise prévoit un chiffre d'affaires compris entre 15 et 16 milliards de dollars. Les analystes interrogés par LSEG tablaient pourtant sur 17,07 milliards de dollars. Un écart suffisamment important pour provoquer une réaction immédiate sur les marchés financiers.
Le directeur financier d'Intel, David Zinsner, a également prévenu que l'entreprise ne prévoyait pas de dégager un flux de trésorerie positif cette année. Cette perspective complique les efforts de redressement engagés par Lip-Bu Tan, alors que le fabricant américain continue d'investir dans ses capacités industrielles et les infrastructures liées à l'intelligence artificielle.
La nervosité gagne rapidement les autres entreprises du secteur. Avant l'ouverture de Wall Street, les actions d'AMD, Nvidia, Arm Holdings, Qualcomm, Broadcom et Micron abandonnent entre 2 % et 9 %. Les fabricants de serveurs ne sont pas épargnés : Dell Technologies, Hewlett Packard Enterprise et Super Micro Computer enregistrent des baisses comprises entre 6 % et 12 %.
En Europe, l'indice STOXX Europe 600 Technology recule de 2 %, tandis que le spécialiste néerlandais des équipements pour semi-conducteurs ASML perd 5,4 %. Les titres de TSMC cotés aux États-Unis cèdent également 3,9 %. Le groupe taïwanais, premier fabricant mondial de puces sous contrat, subit lui aussi cette vague de défiance.
Pour Matt Britzman, analyste actions senior chez Hargreaves Lansdown, les investisseurs profitent de l'annonce d'Intel pour réduire leur exposition au secteur. "Le marché est actuellement dans une dynamique où l’on vend d’abord et où l’on pose les questions ensuite, et l’avertissement d’Intel a donné aux investisseurs une excuse toute faite pour prendre leurs bénéfices sur les valeurs du secteur des semi-conducteurs", explique-t-il.
Si les pertes observées avant l'ouverture devaient se maintenir, l'action Intel pourrait retrouver son niveau le plus bas depuis environ six mois. Mais derrière cette sanction boursière se cache une difficulté qui touche directement l'activité historique du fabricant de processeurs.
Pourquoi la crise du marché des PC et la hausse des prix de la mémoire pénalisent Intel
Le ralentissement des ventes d'ordinateurs pèse lourd dans les comptes d'Intel. Les processeurs destinés aux PC représentaient environ la moitié de son chiffre d'affaires au troisième trimestre. Or, après une baisse de 5 % des ventes de cette activité au cours du trimestre terminé en septembre, l'entreprise anticipe désormais un recul de plus de 20 % sur les trois derniers mois de l'année.
Cette faiblesse intervient alors que les composants mémoire deviennent plus coûteux. Les fournisseurs consacrent une part croissante de leurs capacités de production aux mémoires à large bande passante, utilisées dans les systèmes d'intelligence artificielle. Cette réorientation contribue à renchérir les ordinateurs, au moment même où la demande des consommateurs manque déjà de vigueur.
Intel se retrouve donc confronté à deux difficultés simultanées : vendre moins de processeurs pour ordinateurs et financer le développement de ses activités industrielles et de ses technologies destinées à l'IA. Le groupe cherche à renforcer sa présence sur les marchés des serveurs et des centres de données, sans pouvoir ignorer le poids de son activité PC.
Brian Mulberry, stratège en chef des marchés chez Zacks Investment Management, souligne l'importance des processeurs Xeon, destinés aux serveurs et particulièrement rentables pour Intel. "Il sera important de voir si Intel parviendra à élargir l’offre de produits Xeon, très rentables, afin de compenser cette faiblesse croissante du marché des PC", déclare-t-il.
Les difficultés ne concernent pas uniquement les volumes de ventes. Les dépenses de fabrication et la composition de la gamme de produits pèsent également sur les perspectives financières du groupe, qui doit poursuivre ses investissements malgré la dégradation de la demande.
Brian Mulberry détaille les risques pesant sur l'action Intel : "En résumé, la baisse des volumes de vente, la hausse des coûts de fabrication et une gamme de produits décalée par rapport au cycle constituent les facteurs susceptibles d’entraîner une baisse du cours de l’action à court terme, les bénéfices futurs étant soumis à une forte pression."
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