
(ABC Bourse) - Ils étaient les plus fidèles investisseurs étrangers de l’Hexagone. Pourtant, en 2024, les entreprises américaines ont décidé de lever le pied. Le nombre de projets soutenus par les États-Unis a chuté de 12 %, une baisse significative qui s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’une attractivité française en perte de vitesse, malgré une position de leader européen conservée pour la sixième année consécutive.
Selon le baromètre EY, publié à la veille du sommet Choose France, la France a enregistré une baisse de 14 % des projets internationaux par rapport à l’année précédente. L’Europe, elle, accuse un recul de 5 %, tandis que l’Amérique du Nord, portée par les États-Unis, affiche une hausse de 20 %. L’énergie à bas coût et les milliards injectés dans l’économie via l’Inflation Reduction Act ont transformé les États-Unis en terre promise pour les investisseurs mondiaux.
Pourquoi les entreprises américaines boudent davantage la France
En 2024, seulement 942 sociétés américaines ont investi en Europe, le plus faible chiffre depuis une décennie. Cette prudence s’explique par des inquiétudes croissantes sur la sécurité des investissements, les tensions géopolitiques et un recentrage sur le marché intérieur.
En France, les signaux sont préoccupants. Si les États-Unis restent les premiers investisseurs étrangers (192 projets, soit 19 % du total), les emplois générés ont reculé. Là où chaque projet étranger générait en moyenne 30 emplois dans l’Hexagone, l’Allemagne en créait 48, l’Espagne 125. Résultat : le nombre total d’emplois créés grâce aux capitaux étrangers a chuté de 27 %.
La Chambre de commerce franco-américaine tire la sonnette d’alarme depuis mars. D’après son enquête, 47 % des dirigeants américains installés en France jugent l’environnement politique risqué, et ils sont aussi nombreux à s’inquiéter de la trajectoire économique du pays dans les prochaines années.
Des investissements ciblés, mais un essoufflement global
Quelques projets emblématiques viennent tempérer ce constat : IBM à Paris-Saclay, Microsoft à Paris et Marseille, Skeleton à Toulouse dans l’énergie. Des investissements stratégiques, certes, mais qui ne suffisent pas à compenser le recul global.
Les secteurs de la chimie, de la pharmacie ou de l’automobile marquent le pas. En cause, toujours les mêmes obstacles : un coût du travail élevé, une productivité jugée inférieure, et des incertitudes économiques qui ne rassurent pas.
Pourtant, les États-Unis détiennent encore plus de 142 milliards d’euros de stock d’investissements directs en France, selon la Banque de France. Et la création de 7.100 nouveaux emplois en 2024, bien qu’en baisse, dépasse celle de 2023 (5.816). Autrement dit : les Américains restent présents, mais hésitent à se projeter.
Le rôle des tensions commerciales et des arbitrages industriels
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait aggraver cette tendance. Le nouveau président promet de renforcer les droits de douane pour attirer davantage d’usines sur le sol américain. Une stratégie de réindustrialisation à marche forcée, qui fragilise les sites européens dans les arbitrages des groupes mondiaux.
À cela s’ajoute la crainte d’un afflux de produits chinois en Europe, consécutif aux hausses de tarifs américains. La pression s’accentue donc sur les sites français, perçus comme moins compétitifs dans un environnement globalisé sous tension.
Pour Marie-Cécile Tardieu, de Business France, la situation reste à surveiller : « On ne voit pas de détournement massif des groupes américains depuis le début de l'année, même si Donald Trump met la pression sur eux pour qu'ils investissent aux États-Unis ».
Les mois à venir seront décisifs. Ils diront si la France réussit à convaincre ses investisseurs historiques de rester… ou s’ils finiront par céder aux sirènes américaines.
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