
La Réserve fédérale (Fed) est restée l'arme au pied mercredi, alors que les progrès réalisés pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient rendent moins urgent le recours à un tour de vis monétaire pour endiguer le retour de l'inflation.
A l'issue de sa première réunion présidée par Kevin Warsh, la banque centrale américaine a décidé à l'unanimité de conserver son principal taux directeur dans une fourchette comprise entre 3,5% et 3,75%, un niveau jugé neutre ou légèrement restrictif pour l'économie.
Elle se démarque ainsi de la Banque centrale européenne (BCE), qui a pris les devants la semaine dernière en relevant ses taux pour la première fois depuis trois ans.
Le marché avait acté depuis plusieurs semaines déjà le maintien du statu quo, la Fed ayant indiqué qu'elle attendrait d'en savoir plus sur les répercussions de la guerre avec l'Iran pour ajuster sa politique.
Dans les prochains mois, l'institution pourrait toutefois être amenée à se montrer plus ferme contre une inflation qui se maintient au-dessus des 2% par an. La Fed pourrait notamment profiter de la bonne orientation du marché de l'emploi américain, qui semble exclure le risque de récession, pour se concentrer sur la lutte contre l'inflation.
Selon les projections mises à jour mercredi, la moitié des membres de la Fed prévoit à présent un relèvement des taux avant la fin de l'année. L'autre moitié anticipe majoritairement un maintien du statu quo ou, pour un seul des membres, un léger assouplissement.
La prévision moyenne d'inflation pour 2026 a pour sa part été fortement relevée, à 3,6% au lieu de 2,7% en mars dernier.
"Le comité (de politique monétaire) assurera la stabilité des prix", s'est engagée la Fed dans un communiqué. Ce dernier, particulièrement bref, ne comporte plus de "biais accommodant", à savoir l'évocation de possibles nouvelles baisses de taux.
En mars, la majorité des grands argentiers américains tablaient encore sur au moins une baisse de taux d'un quart de point dans le courant de l'année.
Sur le marché obligataire, le rendement du titre du Trésor américain à deux ans progresse de 7 points de base après ces annonces, à 4,14%.
+Kevin Warsh entre en scène+
La première conférence de presse de Kevin Warsh, prévue à 20h30, sera l'occasion de préciser ses hypothèses de travail. Les observateurs chercheront à confirmer que la décision prise mercredi doit être vue comme un "hawkish hold", une pause précédant des relèvements de taux pour mater l'inflation, ou si une décrue des prix de l'énergie suffirait à relancer le cycle d'assouplissement monétaire.
La prise de fonction de Kevin Warsh, tandis que Jerome Powell se maintient pour l'instant au conseil des gouverneurs de la Fed, pourrait également être l'occasion de modifier la communication de la banque centrale. La Fed devra préciser si elle continuera de tenir une conférence de presse après chaque décision de politique monétaire et si elle maintiendra la publication des prévisions de taux de chacun de ses membres (<< dot plots >>) une fois par trimestre.
+L'emploi résiste, les prix se tendent+
Les derniers indicateurs et le Livre beige de la Fed ont fait apparaître un renforcement de l'inflation outre-Atlantique, essentiellement sous l'effet de la flambée des coûts de l'énergie depuis le début de la guerre contre l'Iran. L'indice des prix à la consommation s'est inscrit en hausse de 4,2% sur 12 mois en mai, contre une hausse de 3,8% à fin avril. Même en excluant les prix volatils de l'énergie et de l'alimentation, cet indice affiche une progression de 2,9%, nettement supérieure à l'objectif de la Fed.
L'économie américaine est toutefois restée résiliente face à la montée des incertitudes. Les créations d'emplois ont été soutenues en avril comme en mai, à hauteur de 179.000 et 172.000 respectivement. D'autres indicateurs conjoncturels de bonne facture, comme l'indice ISM des directeurs d'achats, laissent également penser que la Fed sera peu disposée à assouplir sa politique tant que la menace inflationniste persiste.
Dans leurs projections, les membres de la Fed misent désormais sur une croissance économique de 2,2% cette année, contre une prévision de 2,4% en mars, et sur une inflation de hors alimentation et énergie de 3,3%, au lieu de 2,7%. Le taux de chômage est attendu à 4,3% en fin d'année, contre 4,4% précédemment.
Agefi-Dow Jones The financial newswire
