
(Agefi-Dow Jones)--Alors que les cours de l'or noir hésitent après le raid américain au Venezuela, les actions des compagnies pétrolières américaines suscitent l'appétit des investisseurs à Wall Street, l'enlèvement du président Nicolas Maduro ouvrant la voie à leur grand retour dans un pays aux gigantesques réserves de brut.
Vers 11h40 (heure de Paris), l'action Chevron, seule major à opérer au Venezuela grâce à une dérogation accordée par Washington, bondissait de 7,8% en préouverture. ExxonMobil grimpait de 4,1% et ConocoPhillips, de 3,3%.
"Un assouplissement des restrictions sur les activités de Chevron sous un nouveau gouvernement pourrait stimuler la production de pétrole vénézuélien", écrivent les analystes de J.P. Morgan dans une note à leurs clients citée par Dow Jones Newswire.
L'enjeu est d'importance. Autrefois grand producteur d'or noir, "le Venezuela représente aujourd'hui moins de 1% de la production mondiale, principalement exportée vers la Chine, après des années de déclin", rappelle Soojin Kim, analyste chez MUFG. Cependant, avec plus de 300 milliards de barils, le Venezuela détient les plus grosses réserves d'or noir au monde.
Dans ce cadre explique Warren Patterson d'ING, cité par Dow Jones Newswire, l'impact des mesures prises par les Etats-Unis au Venezuela sur les marchés pétroliers mondiaux dépendra en grande partie de la manière dont la transition politique du pays se déroulera. "Une transition prolongée et chaotique augmente le risque de perturbations de l'offre à court terme", précise le responsable de la stratégie matières premières.
Une transition plus douce, en revanche, augmente la probabilité que les Etats-Unis lèvent leur blocus sur les pétroliers sous sanctions entrant et sortant du Venezuela, ce qui créerait selon l'expert un potentiel de baisse pour les prix à court terme, tout en ouvrant la voie à un assouplissement des sanctions par la suite.
A date, Warren Patterson s'attend toujours à ce qu'un marché bien approvisionné pèse sur les prix et continue de prévoir que le brent s'établira en moyenne à 57 dollars le baril sur l'année 2026.
Si les majors américaines devraient profiter de l'offensive de Washington sur les réserves pétrolières vénézuéliennes, le rôle que pourrait jouer les compagnies européennes après cette vaste redistribution des cartes demeure en revanche bien plus incertain.
+ Maurel & Prom, potentiel gagnant du raid américain +
Ainsi, le titre Shell grappillait 0,3% tandis que BP était stable. Eni et Repsol, qui étaient présents au Venezuela jusqu'à ce que les Etats-Unis ne révoquent leurs licences, gagnent 0,7% et 2,2% respectivement. Le titre TotalEnergies perdait en revanche 0,9% à Paris alors que le géant français est sorti du pays depuis plusieurs années.
Toujours à la Bourse de Paris, Maurel & Prom bondissait de 8,5%, les investisseurs spéculant sur un retour de la "junior" pétrolière aux affaires dans un pays où elle était bien implantée jusqu'à très récemment.
En mai 2024, le groupe avait obtenu des autorités américaines une licence lui permettant de collaborer avec des entités et des banques américaines dans le cadre de ses activités au Venezuela. Mais un an après, afin d'asphyxier le régime de Caracas, Washington avait révoqué cette licence comme celles attribuées aux autres compagnies.
Or, l'exposition de Maurel & Prom au Venezuela était significative. Pour sa première année d'activité pleine dans le pays, via sa coentreprise Petroregional del Lago (PDL) qui exploite le champ pétrolier d'Urdaneta Wes, Maurel & Prom a produit 6.098 barils d'huile par jour (b/j) en 2024, ce qui a représenté 16,8% de sa production totale. En outre, la participation de 40% de Maurel & Prom dans PDL lui a rapporté 77 millions de dollars de bénéfices et 48 millions de dollars de dividendes au cours de la période.
Avant la révocation de sa licence, Maurel & Prom prévoyait d'augmenter sa production à 10.000 b/j dans le pays en 2025 et de recevoir pour 100 millions de dollars de dividendes de la part de PDL.
Ainsi, un retour de Maurel & Prom au Venezuela devrait soutenir les ventes et les bénéfices du groupe. Une perspective qui ne laisse pas de marbre les investisseurs.
Agefi-Dow Jones The financial newswire
