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Actualité publiée le 24/10/26 01:54

Moody's épargne la France, maintient sa note inchangée et croit à une réduction du déficit

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(Actualisation: éléments de contexte, commentaires d'économistes, insistance de Moody's sur la réforme des retraites.)

Moody's a déjoué les attentes en s'abstenant de dégrader la note souveraine de la France vendredi, tout en prévenant que d'importants efforts de réduction du déficit seraient nécessaires après l'élection présidentielle de 2027.

L'agence d'évaluation financière conserve ainsi une notation supérieure d'un cran à ses homologues S&P Global et Fitch Ratings. Elle souligne que la note "Aa3" attribuée à la France, toujours assortie d'une perspective négative, suppose que le projet de budget pour 2027 sera adopté et permettra une légère réduction du déficit.

Dans un communiqué publié vendredi soir, Moody's a indiqué s'attendre à ce que les récentes tensions sur les coûts de financement de la France s'apaisent quelque peu et à ce que le contexte social s'améliore dans le pays dans les prochains mois.

Les observateurs misaient au contraire largement sur une dégradation de la note de crédit de la France au terme d'une semaine qui a vu les taux d'emprunt à 10 ans de l'Etat dépasser les 5% sur les marchés pour la première fois depuis 2002.

Vendredi, l'écart de taux ("spread") avec l'Allemagne s'est légèrement tassé autour de 168 points de base (1,68 point de pourcentage), après avoir atteint la veille des niveaux inédits depuis 2011, pendant la crise des dettes souveraines européennes.

La décision de Moody's "déjoue les pronostics déclinistes de nombreux 'experts' et de ceux qui spéculent sur la dette française", a réagi le Premier ministre, Sébastien Lecornu, dans un message publié sur le réseau X, tout en réaffirmant son objectif de 5% de déficit public pour 2027.

De son côté, Moody's prévoit une réduction plus modeste du déficit, à 5,2% du PIB contre 5,4% en 2026.

"Un effort budgétaire significatif et prolongé sera encore nécessaire après les élections d'avril et mai 2027 pour remettre les finances publiques françaises sur un pied plus solide et pour stabiliser un poids de la dette qui dépassera les 120% du PIB en 2027", a également souligné l'agence de notation.

+Le financement des retraites, principale source de préoccupation+

Les tensions sur le marché de la dette depuis cet été, le ralentissement de la croissance et les difficultés rencontrées pour assainir les finances publiques avaient laissé penser ces derniers jours que Moody's s'alignerait sur ses homologues et réviserait finalement à la baisse la note française après s'en être abstenue au printemps.

Parmi les récents signaux d'alerte, Fitch avait averti la semaine dernière qu'une réduction insuffisante du déficit public pourrait la conduire à ramener la perspective de la France à "négative", ajoutant qu'une augmentation substantielle de la dette pourrait entraîner un nouvel abaissement de la note souveraine.

"Depuis notre dernière revue périodique de la note souveraine, une croissance plus faible et un déficit en hausse ont porté la dette française à un niveau quelque peu plus élevé que prévu auparavant", a également noté Moody's vendredi. "En outre, les rendements des obligations d'Etat ont augmenté plus rapidement que nous ne l'avions prévu, tandis qu'un large mouvement de protestation sociale a éclaté, menaçant potentiellement les efforts de consolidation budgétaire".

Pour cette année, le gouvernement ne table plus que sur une croissance de 0,5% du PIB, avant une légère amélioration à 1% l'année prochaine, une prévision jugée optimiste par le Haut Conseil des finances publiques.

A l'avenir, Moody's n'a pas exclu de relever la perspective de la note française, notamment en cas de progrès sur le front de la réforme des retraites après sa suspension l'année dernière. A l'inverse, une incapacité à prendre des mesures pour rendre la dette plus soutenable rendrait probable une dégradation de la note, a prévenu l'agence. "Une pause prolongée ou un recul sur plusieurs réformes structurelles, en particulier sur les retraites, renforcerait également la pression sur la note".

+La défiance du marché complique les efforts du gouvernement+

Les fondamentaux comme le déficit et la croissance restent les principaux paramètres pour apprécier la trajectoire de la dette française. Mais l'emballement des taux sur les marchés contribue également à alourdir progressivement la charge de la dette, à mesure que l'Etat doit refinancer des emprunts souscrits à des taux bien plus faibles ces dernières années.

"Les indicateurs de soutenabilité de la dette se détériorent avec la hausse du taux d'intérêt moyen payé sur les engagements et la baisse de la croissance", soulignait la semaine dernière dans une note Eric Dior, directeur des études économiques de l'IESEG School of Management de Paris et Lille. "Ces facteurs augmentent en effet l'écart entre la hausse du solde primaire qui serait nécessaire pour stabiliser la dette en pourcents du PIB, et ce que les élus et la population sont prêts à concéder".

L'écart de taux avec l'Allemagne s'est fortement creusé ces derniers mois: il était de seulement 70 points de base début juillet, lorsque le rendement de l'OAT française à 10 ans évoluait autour de 3,6%.

Certains observateurs jugent cette envolée des coûts d'emprunt excessive au regard du faible risque de défaut de paiement de la France. Pour autant, l'incertitude politique en vue de la présidentielle de 2027 et la montée des tensions sociales dans le pays pourraient continuer d'alimenter la volatilité, indique Christophe Boucher, Directeur des investissements chez ABN AMRO Investment Solutions, dans une note parue vendredi.

"La valorisation de marché ne repose pas uniquement sur des considérations de solvabilité, mais aussi sur les primes de risque et la confiance des investisseurs. Les spreads pourraient donc rester élevés, voire s'écarter davantage, si l'incertitude politique s'accentue, notamment si les partis les plus radicaux gagnent du terrain dans les prochains sondages d'opinion", prévient l'économiste.

En cas de contagion des tensions sur la dette française à d'autres pays de la zone euro, la question d'une intervention de la Banque centrale européenne (BCE) pour stabiliser les marchés pourrait se poser. La banque centrale a par exemple la possibilité de racheter des emprunts d'un pays de la zone euro pour limiter les écarts de taux, un mécanisme encore jamais utilisé à ce jour.

Mais ce type de dispositif vise à assurer une bonne transmission de la politique monétaire, pas à réduire les coûts d'emprunt d'un Etat, rappelait John Plassard de Cité Gestion début octobre: "La BCE peut s'attaquer à un dysfonctionnement du marché, mais elle ne peut pas modifier le jugement du marché sur la qualité d'un budget, ni se substituer à une majorité parlementaire capable de l'adopter".

Agefi-Dow Jones The financial newswire

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