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Actualité publiée le 21/10/26 17:47

Moody's pourrait dégrader la note de la France vendredi

(ABC Bourse) - La dette française vient de franchir un seuil qui n'avait plus été atteint depuis 24 ans. Mercredi 21 octobre 2026, le taux auquel la France emprunte sur dix ans a touché les 5 %, une première depuis 2002. Une nouvelle étape dans les tensions financières qui frappent le pays, à seulement deux jours d'une décision très attendue de l'agence de notation Moody's.

Vendredi 23 octobre, l'agence doit réexaminer la capacité de la France à rembourser ses emprunts. Une majorité d'économistes s'attend à une dégradation de sa note, actuellement fixée à Aa3 avec une perspective négative. Standard & Poor's et Fitch ont déjà placé la dette française un cran plus bas, à A+, avec une perspective stable. Moody's pourrait donc rejoindre les deux autres grandes agences.

Moody's face à une dette française qui continue de s'alourdir

Les chiffres des finances publiques laissent peu de répit au gouvernement. Après un déficit de 5,1 % du produit intérieur brut en 2025, celui-ci devrait atteindre 5,4 % en 2026. Pour 2027, l'exécutif vise encore 5 %, tandis que la dette publique pourrait grimper jusqu'à 121,7 % du PIB.

Éric Dor, directeur des études économiques à l'Ieseg, souligne que le déficit français est "supérieur à ceux de tous les autres pays de l'Union européenne moins bien ou aussi bien notés par Moody's, à part la Belgique, ou la Hongrie et la Roumanie qui sont hors zone euro".

La croissance ne permet guère de compenser ces difficultés. L'activité économique a reculé de 0,2 % au premier trimestre 2026, avant de stagner au deuxième. Une progression de seulement 0,1 % est attendue au troisième trimestre.

"Cela pose un problème de soutenabilité de la dette publique", prévient Éric Dor.

Sur les marchés, les investisseurs réclament déjà des intérêts particulièrement élevés pour prêter à la France. L'écart entre les taux français et allemands, appelé spread, a atteint son plus haut niveau depuis 2011, au moment de la crise de la dette européenne.

"Le taux d'intérêt exigé par les investisseurs est supérieur aux rendements demandés à tous les autres pays de la zone euro, même beaucoup moins bien notés par Moody’s", constate l'économiste.

Face au franchissement du seuil des 5 %, le ministère de l'Économie a réaffirmé sa ligne budgétaire : "La consolidation budgétaire est la seule voie et l'unique réponse crédible aux marchés". Bercy assure également que l'objectif de déficit public de 5 % en 2027 "demeure inchangé et intangible".

Une dégradation de la note de la France dès vendredi, plusieurs scénarios envisagés

Le scénario privilégié par les économistes reste une baisse d'un cran de la note Moody's, qui passerait de Aa3 à A1. Éric Dor juge qu'un abaissement "de la note de la France par Moody's (d'un cran) à A1 est très plausible".

Nicolas Laine, de l'Institut Montaigne, considère lui aussi ce scénario comme "très crédible", avec une perspective stable. Une option plus sévère reste toutefois possible : Moody's pourrait attribuer la note A1 tout en maintenant une perspective négative, signalant qu'une autre dégradation demeure envisageable.

L'agence pourrait également décider de conserver sa notation actuelle. Dans cette hypothèse, elle "attendrait de voir quelles seraient les conclusions du budget 2027", explique Nicolas Laine.

Or, les discussions budgétaires à l'Assemblée nationale ont déjà pris du retard. Les désaccords politiques compliquent la recherche d'économies et rendent incertaine l'adoption du budget avant la fin décembre.

Une baisse de plusieurs crans, considérée comme moins probable, pourrait avoir "un peu plus d'effet" sur les marchés, selon Nicolas Laine. L'économiste pointe une autre difficulté : "Car en plus d'avoir une fragilité budgétaire, on a de plus en plus une fragilité institutionnelle".

"Il y a peut-être des interrogations qui montent sur notre capacité institutionnelle à relever le défi budgétaire.", poursuit-il.

Anthony Morlet-Lavidalie, de l'Institut Rexecode, s'attend également à une rétrogradation. À ses yeux, une note A1 resterait "bien noté", car "si on prend un à un tous les éléments qui ont fait historiquement la solidité française, le seul qui nous reste, c'est qu'on est une très grande économie et assez diversifiée".

Son diagnostic sur la situation actuelle est particulièrement sévère : "on est une économie qui fait du surplace, avec des institutions chahutées, une polarisation politique très forte, et des finances publiques qui ne prennent absolument pas le chemin du rétablissement".

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