
(ABC Bourse) - Pas de hausse, pas de baisse : Moody’s a tranché en ne tranchant pas. L’agence de notation américaine a choisi vendredi soir de ne pas se prononcer sur la dette souveraine française, équivalant de facto à un maintien de sa note actuelle à "Aa3", soit une dette dite de "haute qualité". Ce choix prudent évite une nouvelle secousse sur les marchés, dans un contexte économique international de plus en plus instable.
Après Standard & Poor’s et Fitch, qui ont récemment confirmé la note de la France tout en la fléchant vers une perspective négative, le statu quo de Moody’s apparaît presque rassurant. Surtout quand on se souvient de la dégradation de décembre dernier. L’agence justifiait alors sa décision par l’instabilité politique du pays, marquée notamment par le rejet du budget du gouvernement Barnier. Depuis, l’arrivée de François Bayrou à Matignon a permis de reprendre la main, avec le vote d’un budget certes édulcoré mais validé, et sans nouvelle censure parlementaire.
Une résilience fragile
Ce répit reste toutefois fragile. Car si la France conserve ses atouts – économie diversifiée, croissance démographique, dette liquide et administration jugée compétente – le niveau élevé de sa dette publique et un déficit encore à 5,8 % du PIB en 2024 laissent peu de marge de manœuvre. Le gouvernement a récemment révisé ses objectifs de croissance à la baisse (de 0,9 % à 0,7 % pour 2025), en raison de la dégradation de l’environnement mondial.
La guerre commerciale menée par les États-Unis pèse lourdement. Le président Trump a suspendu temporairement certaines hausses de droits de douane, mais pas celles visant la Chine. Et les incertitudes restent entières : tensions géopolitiques, ralentissement du commerce mondial, hausse des taux d’intérêt américains… Autant de risques de contagion pour l’économie française. Les taux d’emprunt à 10 ans de l’État français ont d’ailleurs récemment grimpé à 3,35 %, une tendance à surveiller de près.
Vers un test à la rentrée
François Bayrou et son ministre de l’Économie assurent vouloir tenir la ligne de rigueur. Bercy a déjà annoncé 5 milliards d’euros d’économies supplémentaires pour 2025. Mais les regards se tournent désormais vers la rentrée, avec l’élaboration du budget 2026. Ce sera un test décisif : des signaux clairs seront attendus par les agences pour éviter une nouvelle dégradation.
Dans ce climat incertain, la décision de Moody’s s’apparente à une trêve. Elle offre un court répit au gouvernement, qui devra continuer à démontrer sa capacité à redresser les finances publiques, tout en naviguant dans un environnement mondial de plus en plus imprévisible.
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