
(ABC Bourse) - Tandis que ses nouvelles surtaxes douanières sont entrées en vigueur samedi, la panique s’est emparée des Bourses asiatiques ce lundi 7 avril. Les indices ont dévissé en cascade : Hongkong chute de 10,7 %, Taipei de 9,7 %, Tokyo de 6,4 %, Shanghai de 6,3 %. Et ce n’est qu’un début. Dans le même temps, le pétrole s’est effondré à moins de 60 dollars pour la première fois depuis 2021, réveillant le spectre d’une récession mondiale.
Wall Street n’a pas été épargnée non plus. Dès dimanche soir, les contrats à terme sur le Dow Jones et le S&P 500 annonçaient une nouvelle claque, après une perte cumulée de plus de 6 000 milliards de dollars sur deux jours. Alors que la Maison Blanche assume pleinement son offensive tarifaire, les marchés se préparent à une série de baisses de taux d’intérêt par la Réserve fédérale, dans une course contre la montre pour éviter un crash global.
Des marchés sous pression face aux droits de douane
L’annonce de droits de douane massifs par les États-Unis a plongé les places financières dans le rouge. Samedi, la première vague est tombée : +10 % sur tous les partenaires commerciaux américains. Mercredi, le couperet s’abattra à nouveau : la Chine sera taxée à 34 %, l’Union européenne à 20 %. Résultat immédiat : les marchés asiatiques, premiers à rouvrir lundi, ont subi une vague de ventes massives.
À Taipei, le marché a rouvert après deux jours fériés avec un plongeon de près de 10 %. À Séoul, c’est 4,9 % de perdus, Tokyo 6,4 %, Bombay 3 %. Même à Singapour, la chute atteint 7 %. Sur les contrats à terme américains, l’indice S&P 500 fléchissait de 4,39 % dès la reprise des échanges, et le Dow Jones de 3,89 %. Les analystes évoquent une baisse inédite depuis la pandémie de 2020.
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L’administration Trump tente de rassurer : « La bonne stratégie, c’est de ne pas paniquer », a déclaré Peter Navarro, conseiller commercial du président sur Fox News. Mais le discours peine à masquer les inquiétudes croissantes.
Une politique assumée par la Maison Blanche
Donald Trump campe sur ses positions. Interrogé par des journalistes dimanche, il a balayé les craintes : « Les investisseurs doivent prendre leurs médicaments ». Une formule qui a fait grincer des dents à Wall Street, alors même que plus de 50 pays ont contacté Washington pour entamer des discussions.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a concédé que les négociations prendront du temps. « Ce n’est pas pour tout de suite », a-t-il dit, tout en minimisant l’impact : « Ce que l’on voit est une réaction de court terme. »
Les économistes, eux, tirent la sonnette d’alarme. Bruce Kasman, chez JPMorgan, estime à 60 % le risque d’une récession mondiale si les politiques tarifaires se maintiennent. La banque prévoit même que la Fed abaissera ses taux à chaque réunion jusqu’en janvier, ramenant son taux directeur à 3 %.
Le pétrole, les devises et l’or dans la tourmente
La panique boursière se propage bien au-delà des actions. Le pétrole américain WTI a chuté de plus de 16 % depuis mercredi, tombant à 59,94 dollars le baril, son plus bas niveau depuis avril 2021. Le Brent, lui, perd 3,29 %, à 63,41 dollars. La crainte d’un effondrement de la demande mondiale pèse sur les cours.
Les valeurs refuges retrouvent des couleurs : le yen s’apprécie, tout comme le franc suisse. Les taux des bons du Trésor américain chutent, preuve que les investisseurs fuient le risque. Et même l’or, habituel refuge, recule : –0,3 % à 3 026 dollars l’once.
À Wall Street, la pression est maximale. La saison des résultats démarre vendredi, mais 87 % des entreprises ne devraient pas publier de prévisions précises pour 2025, selon Goldman Sachs. « La hausse des tarifs douaniers obligera de nombreuses entreprises à augmenter leurs prix ou à accepter des marges bénéficiaires plus faibles », alertent les analystes. Le risque d’une spirale baissière est désormais réel.
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