
(ABC Bourse) - Il ne s'agit plus d'une simple alerte, mais d'une détonation budgétaire. Dans son dernier rapport publié lundi 26 mai, la Cour des comptes tire un signal d'alarme d'une intensité inédite : la Sécurité sociale française est menacée d'une véritable crise de liquidité, une situation où elle ne pourrait plus emprunter pour financer les prestations dues à ses assurés. Derrière ce vocabulaire technique, un risque bien réel : celui de ne plus pouvoir payer les retraites, remboursements de soins, ou allocations familiales à temps.
L'organisme public, via la voix de son président Pierre Moscovici, évoque un « dérapage hors de contrôle » des comptes sociaux. Le déficit de la Sécu, déjà à 15,3 milliards d’euros en 2024, devrait s’aggraver à 22,1 milliards en 2025, et jusqu’à 24,1 milliards en 2028. Le problème n’est plus seulement structurel. Il est désormais vital, puisque l’Acoss, la trésorerie de la Sécu, devra mobiliser 89 milliards d’euros de financements d’ici trois ans – un montant colossal, difficilement soutenable sur les marchés à court terme.
Pourquoi la Sécurité sociale pourrait manquer d’argent dès 2027
Les causes de cette crise sont multiples mais convergent toutes vers un effondrement de la capacité d’emprunt du système social français. En première ligne, la fin de la contribution de la Cades : cet organisme créé en 1996 pour rembourser la dette sociale a atteint son plafond d’endettement. Sans modification législative majeure – peu probable dans le climat politique actuel – il ne pourra plus soutenir la Sécu comme avant.
En parallèle, les dépenses explosent. La branche maladie représente 90 % du déficit. Son budget a dérapé à cause, entre autres, de l’intérim paramédical, dont le coût a été multiplié par trois entre 2019 et 2023, atteignant 472 millions d’euros. Les magistrats de la rue Cambon dénoncent aussi une gestion inefficace des stocks de masques post-Covid, ainsi que des pensions d’invalidité distribuées de manière inégale entre départements.
Pierre Moscovici résume la situation sans détour : « Nous avons perdu le contrôle de nos finances publiques en 2023 et 2024. La dette fragilise le modèle social ».
Les chiffres-clés d’un déficit qui explose
- 2024 : déficit de 15,3 milliards d’euros, soit 4,8 milliards de plus que prévu.
- 2025 : prévision de 22,1 milliards d’euros de déficit.
- 2027 : besoin de trésorerie de 89 milliards d’euros pour l’Acoss, contre 20 milliards en 2024.
- 18,9 milliards d’euros d’indus (prestations versées à tort), soit 5 % des prestations sociales.
- Coût de l’intérim hospitalier : +300 % en 4 ans.
Ces chiffres traduisent une détérioration rapide, dans un contexte pourtant favorable : pas de récession, ni de crise sanitaire. La Cour des comptes insiste sur l’urgence d’une maîtrise des dépenses, tout en soulignant que certains leviers nécessiteraient une volonté politique forte et rapide.
Les pistes envisagées pour freiner la dérive
Face à cette spirale déficitaire, les recommandations de la Cour des comptes s’enchaînent. Plusieurs axes sont proposés :
- Limiter le recours à l’intérim para-médical, devenu un gouffre financier pour les hôpitaux publics.
- Distribuer les masques chirurgicaux stockés, plutôt que les détruire, en aménageant la législation.
- Réformer l’attribution des pensions d’invalidité, en tenant compte des disparités territoriales.
- Encadrer le cumul emploi-retraite, surtout pour les actifs n’ayant pas atteint l’âge légal.
- Renforcer la lutte contre les indus, qu’ils soient dus à des fraudes ou des erreurs administratives.
Mais selon la Cour, aucune de ces mesures ne sera suffisante si un plan de redressement d’ampleur n’est pas engagé dès maintenant. Sans cela, c’est la confiance même des marchés dans la capacité de l’État à financer son modèle social qui pourrait vaciller.
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