(ABC Bourse) - EDF devra mobiliser près de 460 milliards d’euros d’ici à 2040 pour entretenir et renouveler son parc, selon la Cour des comptes. Un défi de taille face à une dette croissante et à des flux de trésorerie sous tension.

L’ombre d’un gouffre financier plane sur l’avenir d’EDF. Selon un rapport publié par la Cour des comptes, l’électricien pourrait devoir engager près de 460 milliards d’euros d’investissements entre 2025 et 2040 pour préserver sa capacité nucléaire et moderniser son infrastructure. Ce montant colossal concerne à la fois la prolongation du parc existant, la construction de nouveaux réacteurs et la modernisation du réseau de distribution. Cependant, alors que sa dette explose et ses flux de trésorerie sont fragiles, la soutenabilité d’un tel plan apparaît comme un pari sur l’avenir.
Un programme d’investissement sans précédent
Selon les projections relayées par la Cour des comptes à l’Assemblée nationale, les investissements nets du groupe EDF pourraient atteindre 460 milliards d’euros entre 2025 et 2040. Cette trajectoire équivaut à une moyenne d’environ 30 milliards d’euros par an.
Parmi les principales lignes de dépense :
- Le parc nucléaire actuel, dont la plupart des 57 réacteurs ont plus de 30 ans, nécessite d’importants travaux de maintenance pour pouvoir fonctionner jusqu’à 60 ans, ce qui demandera 5 à 6 milliards par an, soit environ un cinquième du total nécessaire.
- La construction des nouveaux réacteurs EPR2 : les six premiers pourraient coûter 75 milliards d’euros.
- Le réseau de distribution (Enedis) devra être modernisé et renforcé, ce qui pourrait justifier 100 milliards d’euros supplémentaires.
La Cour des comptes rappelle que les estimations d’EDF (réalisées en 2023) ont été reprises dans son rapport.
Entre dette, revenus sous pression et arbitrages
Endettement et fragilité financière
EDF n’arrive pas en terrain vierge. Fin 2024, sa dette s’élevait à 54,3 milliards d’euros. Dans le même temps, les magistrats de la Cour des comptes soulignent que l’élargissement de ce plan pourrait être freiné par la difficulté de lever des capitaux, compte tenu de la dette existante et d’un profil de flux de trésorerie déjà tendu. Une phrase de la présidente de la Cour des comptes, Inès‑Claire Mercereau, est particulièrement marquante : "Tout ce qui est lié au bien commun qu’est l’électricité, c’est à dire préserver la compétitivité de l’économie française, contient des factures énergétiques".
Revenus à risques et modèles contractuels
Le rapport relève une difficulté d’EDF dans la mise en œuvre des nouveaux contrats de production nucléaire à long terme, remplaçant l’ancien système qui externalisait environ un tiers de sa production, car la chute des prix de l’électricité de marché a réduit son attractivité auprès des clients.
Lire aussi : Plombé par la baisse des prix, le bénéfice d'EDF chute de 22% au premier semestre
Si ces recettes contractuelles peinent à compenser les investissements, l’équilibre pourrait vaciller. À ce propos, la Cour prévient : "Cela ne résoudra pas, à lui seul, la situation d’endettement du groupe EDF".
Recommandations de la Cour des comptes
Pour atténuer les risques, les magistrats recommandent notamment :
- Poursuivre le suivi de la rentabilité des investissements dans les énergies renouvelables – afin d’éviter des pertes trop lourdes.
- Clarifier la répartition des coûts et des risques entre l’État, EDF et les clients finaux.
- Déterminer avant toute décision finale d’investissement sur les EPR2 les modalités de partage des risques avec l’État.
- Réaliser une revue stratégique des investissements, participations ou filiales pouvant être cédés pour dégager des ressources.
Mais la Cour insiste : ces mesures restent insuffisantes pour résoudre à elles seules le défi d’endettement global.
À venir & scénarios possibles
EDF doit finaliser d’ici la fin 2025 le chiffrage de son projet EPR2, ce qui permettra une décision d’investissement finale au second semestre 2026. Selon les scénarios, plusieurs voies se dégagent :
- L’État pourrait intervenir massivement pour porter une part du financement, en raison de l’enjeu de souveraineté énergétique.
- EDF pourrait chercher des partenariats privés, des cessions de filiales ou des mécanismes de financement innovants (obligations vertes, coentreprises).
- Certains investissements pourraient être différés ou réduits, ce qui poserait un risque sur la sécurité du parc nucléaire à long terme.
- Une pression accrue sur les tarifs ou la contribution des clients pourrait être envisagée – mais cela soulève des enjeux politiques et d’acceptabilité.
© AbcBourse.com. Tous droits réservés
