(ABC Bourse) - Studios fermés, projets abandonnés, employés rappelés de force : Ubisoft s’enlise dans une restructuration brutale. Que reste-t-il du géant français du jeu vidéo ?

Ubisoft traverse l’un des épisodes les plus sombres de son histoire. Le 21 janvier 2026, le PDG Yves Guillemot a annoncé une nouvelle transformation de l’organisation de l’entreprise. Au programme : annulation de six jeux en développement, fermeture de deux studios et retour obligatoire au bureau pour tous les salariés restants. Cette réorganisation s’accompagne d’un repositionnement stratégique autour de cinq maisons créatives, chacune chargée de gérer des franchises spécifiques.
La décision la plus marquante reste l’abandon définitif du remake de Prince of Persia The Sands of Time, projet initialement lancé en 2020 et qui n’a cessé d’accumuler les retards. Annoncé pour 2021, repoussé plusieurs fois, transféré d’Ubisoft Pune et Mumbai à Ubisoft Montréal, le titre avait été entièrement relancé en 2023. Malgré l’implication du studio à l’origine du jeu de 2003, l’arrivée de Yuri Lowenthal pour doubler à nouveau le Prince, et une nouvelle date évoquée pour 2026, le projet n’a jamais pu se relever.
Les cinq autres jeux annulés restent confidentiels. Ubisoft évoque seulement trois nouvelles licences et un jeu mobile parmi les projets stoppés. Ces décisions répondent, selon l’éditeur, à des exigences accrues en matière de qualité. Pour justifier cette purge, Ubisoft invoque les nouveaux critères de qualité renforcée et de priorisation plus sélective du portefeuille.
Studios fermés, jeux retardés et économies drastiques
Le bilan ne s’arrête pas là. Deux studios ferment définitivement : Ubisoft Halifax au Canada et Ubisoft Stockholm en Suède. D’autres verront leurs effectifs réduits dans le cadre d’un plan visant à réduire les coûts fixes de 200 millions d’euros supplémentaires sur deux ans. Un effort qui s’ajoute aux 300 millions déjà économisés depuis 2022. À cela s’ajoutent sept reports de jeux, dont un non annoncé prévu pour l’exercice fiscal courant jusqu’à mars 2026. Les spéculations pointent un potentiel remake de Assassin’s Creed IV Black Flag. Ubisoft justifie ces reports par la volonté de garantir que les critères de qualité améliorés soient pleinement respectés et de maximiser la création de valeur à long terme.
Ce plan de transformation radical a immédiatement ébranlé les marchés. L’action Ubisoft s’est effondrée en Bourse ce jeudi, chutant de 30 %. Peu après l’ouverture, elle avait déjà décroché de 20,1 %, tombant à 4,62 euros. L’éditeur prévoit désormais pour 2025-2026 un chiffre d’affaires d’environ 1,5 milliard d’euros, une perte opérationnelle de 1 milliard et un flux de trésorerie disponible négatif de 400 à 500 millions d’euros. Des chiffres bien inférieurs aux prévisions précédentes qui tablaient sur 1,85 milliard d’euros de revenus et un résultat opérationnel proche de l’équilibre. Cette révision s’explique, selon Ubisoft, par la finalisation de son nouveau modèle opérationnel, lequel impose de réallouer ses ressources et à recentrer son portefeuille.
Retour forcé au bureau et recentrage sur les licences les plus rentables
Même les projections pour l’exercice suivant sont devenues incertaines. Ubisoft a indiqué que ses objectifs précédents pour 2026-2027 ne constituent plus une référence appropriée et seront mis à jour au mois de mai. Cette perte de visibilité accroît l’inquiétude chez les investisseurs comme chez les fans.
En interne, la situation est tout aussi tendue. L’obligation de retour au bureau cinq jours par semaine, dans un contexte de coupes budgétaires et d’annulations en cascade, passe mal. L’entreprise parle d’un rightsizing traduit par ajustement de la taille, mais beaucoup y voient un recentrage défensif sur les seules licences rentables. Assassin’s Creed et Far Cry deviennent les piliers d’une stratégie de repli, tandis que Prince of Persia, Beyond Good and Evil, Anno ou Rayman semblent relégués dans l’incertitude, malgré leur rattachement à l’une des cinq nouvelles unités de production.
Alors qu’Ubisoft peine à redresser la barre depuis plusieurs années, cette nouvelle crise pose une question simple : le géant du jeu vidéo peut-il encore se réinventer sans trahir son héritage ?
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