
(ABC Bourse) - Stellantis va couper les chaînes de production de trois de ses usines françaises en octobre. Mulhouse, Sochaux et Rennes connaîtront plusieurs jours de chômage partiel, mais derrière une même décision se cachent deux situations presque opposées : des ventes qui ralentissent d'un côté et une demande que certains fournisseurs peinent à suivre de l'autre.
La direction du constructeur automobile a annoncé la mesure aux syndicats mardi 29 septembre 2026. Mulhouse cessera sa production du 15 au 30 octobre, tandis que Rennes connaîtra sept jours de chômage partiel à la fin du mois. Sochaux, où sont assemblées les Peugeot 3008 et 5008, va également interrompre son activité plusieurs jours.
Stellantis n'arrête pas Mulhouse, Sochaux et Rennes pour les mêmes raisons
À Mulhouse, le problème vient des ventes des Peugeot 308 et 408 ainsi que de la DS7, des modèles arrivant en fin de cycle. Le site doit pourtant bénéficier d'un important investissement de Stellantis. La situation de la Peugeot 308 inquiète aussi les représentants du personnel. "Mais c'est plus compliqué que prévu, la nouvelle 308 ne se vend pas bien", analyse Jean-Paul Guy, délégué syndical central adjoint de la CFTC.
Conséquence directe : la production mulhousienne sera suspendue du 15 au 30 octobre. L'organisation du travail sera elle aussi revue à partir de novembre, avec des équipes passant de 2 à 1,5.
À Rennes et Sochaux, l'explication est très différente. L'usine bretonne, qui assemble le Citroën C5 Aircross, doit connaître sept jours de chômage partiel à la fin du mois. Elle avait déjà interrompu sa production en avril en raison de difficultés d'approvisionnement touchant les boîtes de vitesse des versions hybrides.
Sochaux va également ralentir alors que l'usine historique de Peugeot produit les 3008 et 5008. Dans ces deux sites, le chômage partiel ne résulte pas d'un manque de commandes. La demande pour certaines voitures électriques, portée entre autres par la hausse des prix du carburant, sollicite fortement les capacités de production et les fournisseurs.
"La demande pour ces versions est forte, notamment auprès des clients professionnels, explique-t-on du côté de Stellantis. Cette situation concerne particulièrement le Citroën C5 Aircross, dont la version High Range est en cours de déploiement commercial sur plusieurs marchés."
Les batteries ACC freinent la production des voitures électriques de Stellantis
Au centre du problème se trouve ACC, fabricant de batteries dont Stellantis est à la fois coactionnaire et principal client. Ses batteries équipent les voitures proposant une autonomie supérieure, dites "long range", parmi lesquelles les Peugeot 3008 et 5008 ainsi que le Citroën C5 Aircross.
La montée en cadence de la gigafactory ACC de Douvrin, dans le Nord, reste inférieure aux objectifs initialement fixés. Fin 2025, Yann Vincent, alors directeur général de l'entreprise, décrivait déjà l'écart entre les ambitions et la production réelle. "Nous sommes seulement à la moitié aujourd'hui de ce que nous visions en début d'année, confiait fin 2025 aux « Echos » Yann Vincent, qui était directeur général d'ACC à l'époque. Evidemment, cela est coûteux pour nous et je connais trop bien l'industrie automobile pour savoir tout le mal que cela fait à notre client Stellantis."
ACC, coentreprise réunissant Stellantis, Mercedes et TotalEnergies, tente depuis l'inauguration de l'usine il y a plus de trois ans d'augmenter ses volumes tout en réduisant son taux de rebut. L'entreprise a même sollicité EVE, un fabricant chinois de batteries qui a dépêché en France plus d'une centaine d'experts.
La direction a aussi changé. Début mai, Yann Vincent a cédé sa place à Allan Swan, ancien président de Panasonic Energy en Amérique du Nord et spécialiste de la production de batteries. Ces efforts ne permettent pas encore d'alimenter les chaînes au rythme imposé par les commandes.
"Afin d'adapter la production à la disponibilité des composants nécessaires et de rester en phase avec les attentes des clients, nous ajustons temporairement notre programme industriel", explique Stellantis.
ACC assure pour sa part respecter ses engagements auprès du constructeur et souligne l'accélération récente de sa production. "Notre niveau de production sur le seul mois de septembre sera proche de celui de toute l'année dernière. L'industrialisation et la mise à l'échelle sont clairement en marche", affirme un salarié de l'entreprise.
Les difficultés ne touchent pas seulement Stellantis. Début septembre, l'usine Renault de Douai, où est entre autres fabriquée la R5, a elle aussi connu plusieurs demi-journées de chômage partiel. Cette fois, des difficultés d'approvisionnement en moteurs électriques provenant de l'usine de Cléon étaient en cause.
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