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Actualité publiée le 17/06/26 16:48

TotalEnergies estime que le plafonnement des prix en France lui a coûté 200 millions d'euros

bourse TotalEnergies

Le président-directeur général de TotalEnergies a indiqué mercredi que le plafonnement des prix des carburants en France avait coûté au géant pétrolier près de 200 millions d'euros depuis sa mise en place.

"On en est à peu près à 200 millions d'euros aujourd'hui" de coût pour ce plafonnement, a précisé Patrick Pouyanné à l'occasion d'une audition devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Le dirigeant de l'entreprise a néanmoins tenu à souligner que ce chiffre restait approximatif car il existe plusieurs façons de le calculer, que ce soit en se référant par exemple au prix moyen de la concurrence ou par rapport aux prix que l'entreprise aurait pratiqués dans ses stations-service indépendamment de la crise.

Le groupe pétrolier, qui compte environ 3.300 stations-service en France, a décidé de bloquer les prix de l'essence à 1,99 euro par litre depuis le 12 mars 2026. Les prix du diesel sont de leur côté bloqués à 2,25 euros par litre, avec un plafond ramené lors de certaines opérations spéciales à 2,09 euros par litre.

"Nous sommes la seule compagnie pétrolière au monde à avoir appliqué cette mécanique de plafonnement", souligne Patrick Pouyanné. "On l'a fait volontairement de manière à protéger les Français et on ne le fait qu'en France parce qu'effectivement, c'est là que nous avons notre siège et nous avons un certain attachement à notre pays", ajoute-t-il.

+ Gains de parts de marché en France +

Ces plafonnements sont toujours en cours, bien que l'annonce d'un accord entre l'Iran et les Etats-Unis dimanche dernier ait déjà fait descendre les prix à la pompe sous ces seuils dans une partie du réseau de distribution. Ce n'est toutefois pas le cas dans les stations plus rurales où les frais logistiques pour acheminer les carburants sont plus élevés que dans les grands centres urbains. "A l'heure où je vous parle, il y a 2.000 stations en France qui continuent à bénéficier du plafond de 1,99 euro sur l'essence", précise le dirigeant de TotalEnergies. Sur le diesel, il y a encore 1.000 stations qui bénéficient du plafond de 2,09 euros par litre.

Cette politique agressive en matière de prix a permis à l'entreprise de gagner des parts de marché face à ses concurrents depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Elle a ainsi entraîné une augmentation des volumes vendus de près de 15% dans les stations françaises de TotalEnergies, alors que la demande des Français a plutôt eu tendance à se tasser globalement. La consommation de carburants routiers est ainsi en repli de 12% sur un an en mai, selon des données du ministère de l'Economie.

TotalEnergies explique avoir pu pratiquer de tels prix grâce à son intégration verticale, alors que la marge de ses raffineries a plus que doublé par rapport à la normale. "Ce qui est d'ailleurs une surprise. Parce qu'en général, dans nos métiers, quand le prix du pétrole monte, les marges de raffinage ont tendance à baisser", juge Patrick Pouyanné.

+ Les Etats-Unis et la Chine ont absorbé 60% du choc pétrolier +

La marge de raffinage en France tourne actuellement autour de 13 à 14 dollars par baril, selon TotalEnergies. "La moyenne sur les dix dernières années, c'est 5 à 6" dollars. "La crise du détroit d'Ormuz a eu deux impacts. Elle a eu un impact sur le brut, sur le pétrole, où vous aviez à peu près 10 millions de barils de pétrole par jour qui ne pouvaient plus alimenter le marché mondial, ce qui a été largement compensé, quand on regarde ce qui s'est passé depuis 3 mois, par la Chine notamment. La Chine a beaucoup réduit ses importations de pétrole, de 4 millions de barils par jour", explique le dirigeant. "Les Etats-Unis ont aidé également, puisqu'ils ont beaucoup prélevé sur leurs stocks et ils ont exporté 2 millions de barils de pétrole de plus par jour que ce qu'ils font d'habitude. Ils sont passés de 4 à 6 [millions de barils par jour, ndlr] en prélevant sur leurs stocks. Donc ces deux pays ont à peu près absorbé 60% du choc sur le pétrole".

Mais en parallèle, il y a eu une autre crise: celle des raffineries du Moyen-Orient. L'impact de la crise a ainsi été plus fort sur le diesel et le kérosène. Et ce problème ne se résorbera pas dans l'immédiat avec la réouverture du détroit d'Ormuz. "Malheureusement, dans le conflit, les Iraniens n'ont pas détruit d'installations de production de pétrole mais ils ont attaqué et touché des raffineries", précise encore Patrick Pouyanné. Ce qui a entraîné une forte progression des marges pour les sites français.

Autre précision: la raffinerie de TotalEnergies en Arabie saoudite a subi trois attaques de drones et ne fonctionne aujourd'hui qu'à environ 70% de ses capacités. Les travaux de remise en état dureront au-delà de la fin de l'année 2026, a détaillé le PDG de TotalEnergies.

L'augmentation des marges de raffinage devrait permettre à l'entreprise de gonfler son résultat en France, et ce malgré les plafonds de prix pratiqués. Au cours du premier trimestre, Patrick Pouyanné évoque ainsi un "résultat au niveau fiscal" de 500 millions d'euros dans l'Hexagone, sans toutefois préciser s'il s'agit du résultat opérationnel avant impôt du groupe ou d'un autre indicateur financier. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'entreprise estime qu'elle paiera probablement de l'impôt sur les sociétés (IS) en France cette année.

Reste qu'en temps normal, les activités industrielles de raffinage pétrochimique en France "malheureusement sont structurellement peu rentables pour diverses raisons, notamment le coût de l'énergie mais aussi le coût du CO2", a tenu à rappeler le PDG de TotalEnergies. "Au cours des dix dernières années, nous avons eu six exercices déficitaires", rappelle-t-il. "L'activité de raffinage a accumulé à elle seule plus de 5 milliards d'euros de pertes fiscales depuis une quinzaine d'années", pointe-t-il.

+ Un point mort à 25 dollars le baril +

A l'occasion de cette audition, le dirigeant de la major pétrolière en a également profité pour vanter les efforts entrepris par l'entreprise pour améliorer son seuil de rentabilité ces dernières années. En 2015, TotalEnergies avait un point mort "à plus de 80 dollars du baril". Or, "depuis dix ans, nous avons travaillé avec l'ensemble des équipes dans le monde, en choisissant un certain nombre d'actifs [pétroliers et gaziers, ndlr], à le baisser à 25 dollars le baril", affirme Patrick Pouyanné. Autrement dit, "au-dessus de 25 dollars le baril, l'entreprise commence à avoir un cashflow positif". Avant d'ajouter: "Pour couvrir son dividende, elle a besoin de 25 dollars de plus, donc [un prix du baril d'à] peu près 50 dollars".

Malgré l'apaisement des tensions géopolitiques de ces derniers jours, la crise au Moyen-Orient continue de coûter à TotalEnergies 15% de sa production. "Ce qui correspond en gros, lorsqu'on fait les calculs, à à peu près 8 dollars du baril pour compenser cette perte de production", indique le dirigeant. Il faut donc que les prix restent 8 dollars au-dessus de ce qu'ils étaient avant le début de la guerre en Iran pour compenser le repli de la production.

Du point de vue de la fiscalité, le PDG de TotalEnergies précise que le groupe a payé près de 100 milliards de dollars d'impôts sur les bénéfices au cours des cinq dernières années, avec un taux moyen de 43% au niveau mondial, contre un taux d'impôt sur les sociétés (IS) de 25,8% en France. "Il est assez facile d'en déduire [...] que nous ne sommes pas très bons dans la délocalisation de nos profits dans les pays à faible fiscalité. Parce que si nous l'étions, nous choisirions plutôt d'être fiscalisés en France que de l'être dans les pays producteurs", explique Patrick Pouyanné.

Toujours en matière de fiscalité, la taxe sur les rachats d'actions a représenté 173 millions d'euros en 2025, a indiqué Patrick Pouyanné. Si le taux facialement affiché pour la taxe sur les rachats d'actions est de 8%, "à la fin ça revient à 1,3%", estime le patron du groupe pétrolier. Soit davantage qu'aux Etats-Unis, où elle atteint 1%.

Agefi-Dow Jones The financial newswire

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