Ces géants discrets qui profitent de l'explosion de l'épargne mondiale

Par Sovanna Sek, le 25/03/2026

Salle de marché

Lorsque nous faisons référence à des activités résilientes dans le secteur de la finance, la gestion d'actifs sortent du lot en plus des opérateurs boursiers. Pour les investisseurs, elle symbolise une machine à cash ou plutôt une « vache à lait », qui apporte une prévisibilité sur la récurrence de revenus, chose importante à laquelle s'attache le marché.

Dans un environnement monétaire incertain et concurrentiel accru pour attirer l'épargne, les sociétés de gestion d'actifs tirent leur meilleur en bâtissant un modèle économique distinct et fluide, contrairement à l'opacité ou à la sur-intermédiation des groupes bancaires. Elles lèvent des capitaux auprès des investisseurs via leurs excellents track record, puis se rémunèrent à travers des commissions de gestion à partir d'un montant d'actifs sous gestion définie. Cela contribue à un moteur de croissance de revenus performant sur le long terme.

Dans cet article, nous allons explorer ce segment de la finance peu en vue chez les médias, ainsi que ses acteurs majeurs.

Récurrence de revenus et effet de levier sur l'épargne

Les sociétés de gestion d'actifs ne fonctionnement pas comme les banques traditionnelles. Elles n'empruntent pas les dépôts pour octroyer des crédits, ce qui mettrait en jeu leur exposition au risque de liquidité et de solvabilité. En réalité, elles touchent des frais de gestion évalués sur la base de leurs encours sous gestion et des frais de performances sous condition de dépassement de seuil de rendement. Ce modèle économique offre de la visibilité sur la génération future de cash flow.

Premièrement, une fois les actifs sous gestion collectés définitivement, la récurrence des frais fait son œuvre, peu importe ce qui passera économiquement à court-moyen terme. Ce qui permet de travailler l'argent efficacement pour les actionnaires. Deuxièmement, la progression des encours sous gestion se traduit par une amélioration des marges bénéficiaires. Cela a créé ainsi un formidable effet de levier sur la mondialisation de l'épargne.

Alors que le vieillissement de la population s'accentue et la retraite par capitalisation devient nécessaire, l'univers de la gestion d'actifs a de belles années devant lui pour surfer sur ces tendances structurelles que nous ne pourrons pas y échapper au cours des prochaines décennies. Mettre ce dernier propos au conditionnel constituerait une faute professionnelle.

Une prime à la qualité par rapport aux banques

Les sociétés de gestion d'actifs évitent d'établir une opacité vis-à-vis des actionnaires. Pour cela, elles ne détiennent pas les actifs en gestion, qui sont en réalité, juridiquement cloisonnés (en dehors de leur bilan), ce qui s'appelle la ségrégation des actifs. Leur contrepartie concerne principalement leur dette opérationnelle.

Si une crise majeure devait intervenir, la société de gestion d'actifs voit ses flux de revenus baisser en cas de retrait des capitaux de ses clients, mais sa structure financière de l'entreprise n'est pas compromise par une vague de défauts de crédit ou un risque asymétrique de son bilan. Cette distinction par rapport à une banque traditionnelle accorde aux acteurs de la gestion d'actifs, une meilleure assise financière et des multiples de valorisations élevées reflétant une prime à la qualité sur le marché.

Des acteurs de pointe en Amérique du Nord et en Europe

La gestion des actifs est un monde vaste. Vous trouverez des acteurs de pointe des deux côtés de l'Atlantique. En Amérique du Nord, le marché est dominé par l'américain BlackRock via ses ETF iShares et sa plateforme Aladdin, qui constituent leurs points forts de leur modèle économique, garantissant un flux régulier de revenus en soutien d'avancées technologiques. On peut citer aussi Blackstone, KKR ou Apollo Global Asset Management Cela étant, son voisin canadien Brookfield Asset Management n'a rien à envier en se positionnant sur des thématiques de fond comme la décarbonation, la déglobalisation et la digitalisation.

En Europe, la Suisse reconnue par sa neutralité, se démarque avec UBS Group et Julius Bär Gruppe AG, notamment sa position unique dans la gestion de fortune privée. Née de la fusion des activités de gestion d'actifs de Crédit Agricole et de Société Générale en 2010, Amundi s'impose pas à pas sur l'échiquier du Vieux Continent avec sa flotte d'ETF indiciels, thématiques et obligataires, ainsi que ses actifs sous gestion diversifiés entre les capitaux en provenance des particuliers et des institutionnels.

En conclusion, la gestion d'actifs est une activité de la finance bien rémunératrice et bénéficie d'une meilleure transparence de leur modèle économique. La qualification de « vache à lait » à long terme n'est pas usurpée, si la récurrence de revenus est prouvée sur les bilans comptables. Non seulement, les sociétés de gestion d'actifs ont historiquement prouvé leur résilience lors des différentes crises, tout en préservant le retour pour l'actionnaire. Mais plus encore, certaines d'entre elles (les meilleures comme BlackRock ou Brookfield Asset Management) tirent leur épingle du jeu en ramassant des actifs à prix bradés pour ensuite les revendre à prix d'or.

Toutefois, la concurrence dans la gestion d'actifs reste intense entre les frais, l'exigence de rester au top dans la gestion active et passive, puis le besoin d'être vigilant sur l'innovation technologique. Pour les investisseurs, l'essentiel est d'identifier si les leaders actuels ont la capacité de préserver et améliorer leurs marges bénéficiaires et leur rentabilité sur capitaux propres, face à de potentiels changements réglementaires et la montée en gamme des fintechs. Ces dernières commencent à disrupter, la partie retail des banques traditionnelles.

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