Chute des valeurs tech : la peur de l'IA est-elle en train d'aller trop loin ?

Par Sovanna Sek, le 16/04/2026

oeil IA

Beaucoup d'investisseurs ont connu des coups de massue successifs sur leur portefeuille à cause des craintes de disruption de l'IA. Contrairement aux idées, elles ne datent pas depuis l'avènement DeepSeek fin janvier 2025 ou l'existence des modèles IA à grande d'échelle d'Anthropic début février 2026, mais elles ont émergé à partir du printemps 2023, quelques mois seulement après le lancement de ChatGPT.

Les premières craintes de disruption de l'IA ont visé des entreprises ou secteurs mineurs en Bourse avant de se généraliser sur de gros calibres tels que les ESN (Services informatiques), la publicité et marketing, ainsi que les éditeurs de logiciels (SaaS : Software-as-a-Service). Un narratif s'installe négativement par le simple fait qu'un plugin IA ou un code en « mode vibe » va remplacer naturellement Adobe, Salesforce.com, ServiceNow, SAP, etc., et balayer les acteurs établis.

Je ne suis pas accord, car le temps reste mon meilleur allié. L'IA va apporter une valeur ajoutée à la technologie, et non substituer complètement les éditeurs de logiciels, si ça peut vous rassurer. Dans une ambiance de marché où la confusion plane dans l'esprit des investisseurs, je vais peser ma réflexion sur les craintes actuelles.

La menace n'est pas technologique, mais économique

Les investisseurs ne posent pas les bonnes questions, quand un risque s’incruste dans leur monde idéal. En ce qui concerne la disruption de l'IA, le caractère technologique est mis en avant par le biais qu'un produit ou service soit remplacé par un autre plus innovant et pratique pour les clients. Mais en réalité, la menace est d'ordre économique.

L'IA favorise-t-elle ne serait-ce qu'un peu le coût d'acquisition ou de substitution ? Détruit-elle le fameux « pricing power » ? Permet-elle d'émerger de nouveaux concurrents, et donc réduire les barrières à l'entrée ? Oblige-t-elle à ouvrier encore plus les vannes de la R&D pour défendre sa place de leader de marché ? Si par exemple, les retours sur capitaux investis diminuent de 22 à 16 %, la capitalisation boursière s'ajuste dramatiquement, quand bien même les revenus poursuivent leur progression.

C'est l'aspect dont presque aucun acteur de marché ne mentionne. Les actions peuvent se passer d'un moment Alcatel-Lucent ou Pages Jaunes pour se réévaluer. Il suffit d'une incertitude pour briser un environnement stable. Dans l'éventualité que les marges bénéficiaires baissent, les multiples se contractent. Une entreprise peut paraître solide sur le plan opérationnel et financier, mais devient un mauvais investissement parce que les perspectives futures de croissance sont révisées à la baisse. Enfin compte, l'IA rend les ESN et les éditeurs de logiciels moins indispensables sur certaines parties de la chaîne de valeur de leur modèle économique.

Une chute des cours brutale et auto-réalisatrice

Face à cette crainte, les marchés ont sanctionné d'une rare brutalité. Depuis fin octobre 2025 jusqu'au moment d'écrire cet article, l'ETF iShares Expanded Tech-Software (IGV) perd plus de 36 %, et certains acteurs majeurs de logiciels comme AtlassianServiceNow ou Intuit ont vu leur capitalisation boursière chuter de plus de 50 %. Cela constitue un prétexte à de lourds dégagements de la part des investisseurs institutionnels qui ne sont plus prêts à payer des multiples de valorisation élevés.

Supposons que l'IA peut réaliser certaines tâches sans l'aide de logiciels existants. Le doute subsiste à propos du modèle actuel des SaaS, ce qui réduirait leur valeur de marché. À cela s'ajoute une psychologie de marché qui reflète un phénomène auto-réalisateur difficile à contrer : personne ne prend le risque de détenir des actions d'un secteur accaparé par les craintes de disruption de l'IA. La chute devient sans fin, sans que les fondamentaux la justifient.

En conclusion, je n'ai aucune idée de ce que nous réserve l'avenir technologique autour de l'IA et quand ses craintes de disruption vont se dissiper. Personnellement, je n'ai pas envie de mentir à moi-même. L'humilité ne fait pas mal. Ce que l'IA a déjà réalisé en seulement quelques années est spectaculaire. La baisse actuelle des éditeurs de logiciels et des ESN révèle un schéma classique de panique en présence d'un risque difficile à quantifier. Par défaut, il vaut mieux se couper un bras que la tête.

L'histoire suggère de ne pas prendre de haut l'innovation, à la condition que les progrès continuent au même rythme. Dans 2 à 5 ans, ou une décennie, je crois que les acteurs du marché ne vont pas se rendre compte des forces de pénétration potentielles. À suivre...

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