
Les conflits géopolitiques ne plaident pas pour un environnement propice à l’appétit du risque des investisseurs. Avec une volatilité accrue sur les actions et les obligations, soutenu par des pressions inflationnistes structurelles à venir, force est de constater que le « buy the dip » se révèle plus complexe.
Pourtant, dans ce climat délétère, un secteur affiche une résilience contre toute attente : celui des réassureurs. Ces génies de la gestion des risques connaissent un retour de flamme depuis quelques années. Le fait que compagnies d'assurance traditionnelles ne prennent plus en charge certaines catégories de risque, offre du business supplémentaires à ce secteur réputé pour sa discrétion. Dans un contexte où les tensions soufflent souvent le froid au niveau domestique et international, mettre un kopeck sur les réassureurs relève d'une opportunité de diversification de portefeuille, mais aussi une stratégie pour naviguer sereinement face à un risque d'instabilité difficile à quantifier.
Dans cet article, nous allons explorer le modèle économique de la réassurance, ainsi qu'identifier les entreprises du secteur capables de convertir les crises géopolitiques en opportunités uniques.
La multiplication des événements climatiques et des tensions géopolitiques : un accélérateur de leur modèle économique
Ces dernières années, la multiplication des catastrophes climatiques pose la question de la prise en charge des réparations. Elle pèse aussi sur le risque de solvabilité des compagnies d'assurance traditionnelles. Cela place le secteur à un carrefour difficile à évaluer. Mais quand tout va mal, et c'est cruel à dire, les réassureurs prospèrent. Le malheur des uns peut faire le bonheur de certains.
Le modèle économique des réassureurs diffère de celui des assureurs directs à travers deux piliers : la réassurance et la gestion d'actifs. Les réassureurs jouent les premiers rôles pour absorber les impacts asymétriques d'un sinistre à caractère exceptionnel, dans la perspective de préserver la solvabilité du système. À l'inverse des banques, leur gain de pain dépend d'une rigueur dans la tarification des risques. Dans l'hypothèse de diverses tensions géopolitiques pouvant mener vers un conflit direct, il constitue un atout de poids.
Bien que cela ne soit pas souhaitable pour l'économie mondiale, les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine poussent à anticiper des primes de risque élevées sur les infrastructures critiques (ports, centrales à gaz ou nucléaires, navires, installations hydriques, etc.) et à la sécurité des personnes qui opèrent. Face à ces menaces, la demande de couverture des dommages augmente. Dans cette configuration, les réassureurs peuvent imposer un pouvoir de fixation des prix, notamment dans des zones géographiques jugées comme dangereuses.
Des acteurs de pointe, notamment en Europe
Supposons que l'environnement monétaire soit soutenu par une ère d'inflation collante (au-dessus de la cible des banques centrales à hauteur de 2 %), alors les réassureurs peuvent instaurer des hausses de prix à leurs clients. De plus, la remontée des taux d'intérêt sur les longues maturités, leur permet de booster à la fois leurs rendements et rentabilités financiers. Les meilleurs acteurs du secteur jouissent d'une notation de crédit, soulignant une capacité de financement solide.
Les groupes d'assurance traditionnels peinant à répondre à la multiplication des événements climatiques extrêmes (inondation, ouragans, séismes), laissent la main aux réassureurs, plus solides et aptes à répondre les chocs sans altérer leur bilan financier. Mieux encore, ils se distinguent par une politique de dividende soutenue par une récurrence de cash flow. Parmi eux, les allemands Munich Re et Hannover Re se distinguent par leurs excellents track record historiques. D'autres sociétés comme Swiss Re en Suisse, Beazley au Royaume-Uni ou Scor en France, affichent des rendements attractifs, marqués par une habileté à créer de la valeur pour les actionnaires. Dans un climat géopolitique qui n'apporte que de l'incertitude, cela devient un signal de bonne santé financière pour des investisseurs désireux de diversifier leur portefeuille.
En conclusion, investir dans les réassureurs revient à miser sur des machines à cash puissants. Non seulement, ce sont des entreprises qui parviennent à tirer le meilleur en répartissant les risques de manière équilibrée de part et d'autre. Mais plus encore, leur résilience dans un monde en pleine mutation géopolitique, donne des gages de sécurité sur leur capacité à bâtir une croissance durable à leurs actionnaires.
Face à un risque inflationniste persistant qui ne favorise pas une allocation vers les obligations, les réassureurs se manifestent comme une solution alternative crédible par leur politique de distribution alléchante. Leurs activités bénéficient d'un pouvoir de fixation des prix et un effet de réseau solide, leur rendant indispensable pour leurs clients. Enfin, leur modèle économique s'expose à des sources de revenus stables, mais peuvent être multipliées en cas d'événements à caractère exceptionnel : catastrophes naturelles, conflits géopolitiques qui perturbent durablement le monde des affaires.