
Les obligations d'État sont historiquement réputées par leur sécurité, lorsque le marché connait des périodes de stress. La crise des subprimes et du Covid ont renforcé cette thèse d'investissement. Mais depuis le point de départ du conflit russo-ukrainien, toujours en cours, un nouveau régime de marché s'installe lentement et sûrement. La lecture du marché obligataire devient complexe, tandis l'or, valeur refuge sans rendement, bat des records.
Dans un climat macroéconomique chahuté par les tensions géopolitiques et une volatilité persistante, le choix de se projeter sur des obligations d'État à long terme doit répondre à ces questions : l'inflation va-t-elle imputer sérieusement leur valeur nominale ? L'horizon de patienter plus années pour amortir l'investissement va-t-il s'assombrir ? Fait-il miser sur des obligations d'État à court terme pour un rendement limité et une sécurité immédiate ?
Penchons-nous sur ce dilemme avec une approche pragmatique.
À quoi rime une obligation d'État à court terme ?
Les obligations d’État à court terme font référence à des titres de créances (dettes) émis par le gouvernement d'un pays souverain, sur une maturité inférieure ou égale à deux ans, voire limitée à un an au maximum. L'État emprunte sur les marchés financiers à une période définie auprès des investisseurs. Ces derniers, en contrepartie, perçoivent des intérêts pour récupérer leur capital à l'échéance. Les obligations d'États à court terme se distinguent par leur faible sensibilité de leurs cours à l'évolution des taux d'intérêt et leur durée de vie courte sur les marchés.
Chaque État souverain accorde un nom spécifique à ces obligations en fonction de la durée de la maturité. Aux États-Unis, ils sont intitulés communément T-Bills (Treasury Bills) qui concernent les maturités de 4 jusqu'à 52 semaines. Vous les achetez avec une décote par rapport à leur valeur faciale, et le rendement que vous touchez compense la totalité de votre investissement jusqu'à l'échéance. En France, l'AFT (Agence France Trésor) les caractérise par les initiales BTF (Bon du trésor à taux fixe). Tout comme les T-Bills, les maturités vont de quelques semaines jusqu'à un an.
Ces placements sont émis dans le but d'assurer la gestion de la liquidité immédiate de l'État, en cas de situation extrême. Généralement, les T-Bills ou les BTF représentent une part faible des encours de la dette publique. Du point de vue de l'investisseur institutionnel, il s'agira de diversifier son portefeuille tout en ayant de la liquidité.
Le risque d'inflation et de duration en jeu
Une obligation d'État possède une duration, qui correspond à la sensibilité des cours face aux variations des taux d'intérêt. Derrière cette duration, se cache l'inflation à laquelle les investisseurs ne sont plus habitués depuis plusieurs décennies.
Imaginons que l’inflation grimpe contre toute attente, alors vos coupons fixes chuteront en valeur en termes réels, surtout si vous détenez des actifs à longue duration comme les obligations d'État allant sur des maturités de 2 à 30 ans (OAT en France, T-Notes et T-Bonds aux États-Unis). Dans ce cas de figure, il serait judicieux d'investir sur des T-Bills ou BTF qui perdront moins de valeur que les obligations d'État à long terme, au fur et à mesure que les anticipations d'inflation soient revues à la hausse. Voici pourquoi l’inflation est le pire ennemi d'un gérant obligataire.
Si vous possédez une assurance-vie en euros composée majoritairement d'OAT 10 ans avec un taux d'intérêt de 2 %, pendant que l'inflation s'élève à 4 %, la valeur réelle de votre contrat baissera sensiblement. Par conséquent, les investisseurs qui voudront prêter à la France, exigeront des rendements plus élevés en contrepartie d'une solvabilité partiellement dégradée. Avec un BTF, j'ai la certitude de limiter la casse en récupérant rapidement ma mise initiale.
Pour faire simple, plus la durée de vie d'une obligation s'allonge, plus je m'expose à un futur incertain sur les taux d'intérêt et à la crainte d'une vague d'inflation, pouvant se produire à la surprise générale.
En conclusion, acheter des obligations d'État à court terme revient à anticiper des pressions inflationnistes sur plusieurs années, pouvant impacter la valorisation des principales classes d'actifs risquées, notamment les actions de croissance. En ce sens, les investisseurs cherchent de la certitude, en réduisant la duration de leur portefeuille. Sur le marché actions, ils mettront l'accent sur des secteurs défensifs ou des dividendes aristocrates, plus prévisibles sur la capacité à délivrer des cash flow futurs.
À l’inverse, les obligations d'État à long terme deviennent plus opportunes en période de taux bas et d'inflation en dessous de la cible des banques centrales à 2 %. Ce qui fut le cas de 2015 jusqu'à la reprise Covid en 2020-2021.