
L'épisode Liz Truss au Royaume-Uni a mis en avant qu'une politique budgétaire ambitieuse sur le plan fiscal puisse nuire l'indépendance d'une banque centrale et provoquer une crise monétaire. Ses efforts de lutte contre l'inflation ont été mis en sourdine temporairement par la contrainte d'intervenir sur le marché obligataire, craignant une insolvabilité des fonds de pension britanniques. Cela illustre clairement une situation de dominance fiscale.
Alors que les gouvernements peinent à équilibrer leur budget, la tendance d'une augmentation de la dette publique n'est pas près de s'essouffler dans les années à venir. Au fur et à mesure que les taux d'intérêt remontent, la charge de la dette grimpe et la gestion de la dette de la part des banques centrales devient compliqué.
Avec des coûts de refinancement revus à la hausse, le fardeau gigantesque de la dette intervient au moment où d'importants déficits budgétaires sont à prévoir à court-moyen terme. Cet environnement auquel le monde de l'investissement est confronté, explique pourquoi la dominance budgétaire aurait de fortes chances de prendre le pas dans un futur proche.
Comprendre la dominance fiscale
La dominance fiscale est en étroite relation avec la politique budgétaire des États. Elle met en avant une situation économique au cours duquel les niveaux d'endettement et de déficit publics sont trop élevés de sorte que la politique monétaire ne suffise pas pour lutter contre l'inflation. Des taux d'intérêt élevés dans un contexte de déficits chroniques, risquent d'ancrer perpétuellement des pressions inflationnistes. Par ailleurs, l'État pèse lourd sur l'activité économique, si le déficit budgétaire devient plus important que les prêts dans le secteur privé.
Étant donné que les dépenses publiques supplantent régulièrement les rentrées fiscales ces deux dernières décennies, il y a matière à dire que les déficits budgétaires vont se poursuivre au point de devenir un facteur majeur dans l'économie.
Des pressions inflationnistes à venir
La viabilité des budgets des États dépend entièrement de leurs acheteurs qui sont prêts à encaisser des émissions toujours croissantes, quelle qu'en soit la maturité. Dès lors, les déficits budgétaires sont structurellement voués à s'accentuer. Parallèlement, la hausse des rendements obligataires, tant aux États-Unis qu'en Europe, qui reviennent à des niveaux de la fin des années 2000 ou début des années 2010, crée un engrenage fatal.
D'une part, la hausse des rendements obligataires entraîne des coûts de financement. D'autre part, ces derniers creusent les déficits, rendant la soutenabilité de la dette publique insoutenable. Par conséquent, les pressions inflationnistes s'accroissent sur le temps long. Pour les pays très endettés comme les États-Unis (malgré le privilège du dollar), la France ou le Japon, cette tendance peut rapidement se transformer en crise monétaire similaire à celle aperçue au Royaume-Uni.
La perspective des investisseurs étrangers à rester à l'écart des obligations d'État sur les longues maturités et les contraintes réglementaires vis-à-vis des banques et assureurs, pourraient remettre en cause le système actuel et être le signe annonciateur d'une restructuration des flux de capitaux mondiaux. Si ce bassin d'acheteurs structurels venait encore à diminuer, les pays très endettés auraient des difficultés à présenter des budgets crédibles aux yeux du marché. Et de facto, la confiance envers la valeur des devises (dollar, euro, yen, livre sterling) serait entravée.
Quelle allocation dans ce contexte de dominance fiscale ?
Ces dernières années, les banques centrales font face à une inflation persistante au-dessus de leur cible de moyen terme à hauteur de 2 % et de la hausse des coûts de financement de la dette obligataire. La trajectoire ascendante des déficits budgétaires n'inciterait pas à un programme de réduction de dépenses publiques, au risque de freiner brutalement la croissance.
Une question se pose : les modèles sur lesquels les banques centrales s'appuient, basés sur des outils qui ont fait leurs preuves sur les 10 à 20 dernières années, ne deviennent-ils pas obsolètes ? Si tel est le cas, alors elles n'intégraient pas les changements structurels qui se dessinent actuellement, ce qui nous exposerait à une potentielle erreur de politique monétaire et ses conséquences en cascade. Ainsi, les investisseurs institutionnels et particuliers devraient face à de gros chamboulements sur leurs portefeuilles.
Dans cet environnement de dominance fiscale, il vaut mieux détenir des actifs réels tels que l'or, l'énergie, les métaux, l'immobilier, certaines actions tout en étant judicieux sur les choix sectoriels et même le Bitcoin. Ces actifs offrent un moyen de préserver la valeur de votre patrimoine face à l'érosion monétaire de votre pouvoir d'achat liée aux pressions inflationnistes et à la politique budgétaire expansionniste des États qui veulent maintenir un système, qui devient de plus en plus insoutenable.