Les marchés financiers traversent une période singulière, marquée par des taux obligataires élevés et une inflation persistante. Dans ce contexte, les investisseurs cherchent des secteurs résilients, capables de tirer profit des dynamiques macroéconomiques actuelles. Les compagnies d’assurance, souvent perçues comme des valeurs refuges, méritent une attention particulière. Leur modèle économique, fondé sur la collecte de primes et leur réinvestissement, bénéficie directement de la remontée des rendements obligataires.
Historiquement, les assureurs ont souffert des taux bas, qui comprimaient leurs marges de placement. Mais aujourd’hui, la donne a changé. Avec des obligations d’État offrant des rendements attractifs – autour de 4 % à 5 % dans la zone euro et aux États-Unis –, les assureurs voient leurs revenus financiers augmenter significativement. Parallèlement, la hausse des tarifs d’assurance, justifiée par l’inflation, soutient leur croissance organique. Dans ce paysage, plusieurs noms se distinguent comme des opportunités solides d'investissement.
Un environnement macroéconomique porteur

La hausse des taux directeurs, dans la perspective contre l'envolée de l’inflation, a bouleversé les équilibres sur les marchés financiers. Les obligations d’État, pilier angulaire des portefeuilles d’assurance, voient leurs rendements grimper, offrant aux assureurs des revenus de plus en plus substantiels. Contrairement aux banques, qui subissent la pression sur leurs marges nettes en période de resserrement monétaire, les assureurs tirent profit de cette dynamique. Leurs réserves techniques, investies en grande partie en titres à revenu fixe, bénéficient d’un rendement accru sans prise de risque excessive.
Par ailleurs, la remontée des taux a aussi un impact positif sur les produits d’épargne et de retraite, dont les assureurs sont des acteurs majeurs. Les contrats en euros, longtemps plombés par des rendements médiocres, redeviennent attractifs, ce qui pourrait relancer la collecte de primes. Enfin, dans un contexte de volatilité accrue, les activités de réassurance et de couverture des risques (catastrophes naturelles, cyberattaques) sont en forte demande, soutenant les marges des grands groupes du secteur.
Des valorisations attractives
Malgré ces atouts, les compagnies d’assurance affichent des multiples historiquement bas. Le ratio prix/valeur comptable (P/B) du secteur avoisine souvent 1x, voire moins pour certains acteurs, signe d’un décrochage par rapport à la valorisation moyenne du marché. Cette sous-évaluation s’explique en partie par la méfiance des investisseurs envers les "value stocks" au profit des "growth stocks", mais aussi par des craintes exagérées sur la solvabilité des assureurs en cas de crise.
Prenons l’exemple d’Axa, l’un des leaders européens, dont l’action peine à décoller malgré des résultats solides. Le groupe affiche un P/E (Cours sur bénéfices) de 12,4 et un rendement dividendes supérieur à 5,4%, une aubaine pour les investisseurs en quête de revenus réguliers. Même constat pour Allianz et Assicurazioni Generali, dont la valorisation ne reflète pas la solidité de son modèle diversifié entre assurance dommages, vie et gestion d’actifs.
Aux États-Unis, MetLife et Prudential Financial présentent des profils similaires : des cash-flows stables, des politiques de rachats d’actions agressives et des dividendes élevés, le tout pour des valorisations inférieures à leur valeur intrinsèque.
Les risques à surveiller
Le secteur n’est pas sans risques. Une baisse inattendue des taux (liée à un retournement de la politique des banques centrales) pourrait réduire la rentabilité des portefeuilles obligataires. En outre, les catastrophes naturelles, de plus en plus fréquentes avec le changement climatique, pèsent sur les résultats des assureurs spécialisés en dommages, comme Swiss Re ou Munich Re.
Enfin, la concurrence des insurtechs et la digitalisation croissante du secteur pourraient obliger les traditionnels acteurs à accélérer leurs investissements technologiques, ce qui impacterait temporairement leur rentabilité.
Conclusion : Un secteur à reconsidérer par le marché
Dans un univers de taux élevés, les compagnies d’assurance offrent une combinaison rare : des revenus stables, des valorisations basses et des perspectives de réévaluation si le marché se retourne en faveur des "value stocks". Les investisseurs à long horizon pourraient y trouver un refuge rentable, surtout si la croissance économique ralentit et que les actifs défensifs retrouvent des couleurs.
Plutôt que de courir après les dernières tendances spéculatives, un portefeuille équilibré incluant des assureurs solides comme Axa, Allianz ou MetLife pourrait s’avérer payant. Après tout, comme le disait Warren Buffett, dont le groupe Berkshire Hathaway est lui-même un géant de l’assurance : "Il faut être pessimiste quand les autres sont optimistes, et optimiste quand les autres ont peur." Le secteur de l’assurance, aujourd’hui délaissé, pourrait bien être la prochaine pépite méconnue.