La BCE remonte de nouveau ses taux directeurs depuis 2023

Par Vincent Barret, le 19/06/2026

Christine Lagarde BCE

La BCE relève ses taux pour la première fois depuis 2023, sous la pression de l'inflation

La Banque centrale européenne (BCE) a relevé jeudi 11 juin ses taux directeurs de 25 points de base, portant son taux de dépôt à 2,25%. Une décision motivée par l'accélération de l'inflation dans la zone euro, alimentée par la guerre au Moyen-Orient.

Francfort devient ainsi la première grande banque centrale à amorcer un cycle de hausse, et la troisième au sein du G10 après la Norvège et l'Australie. L'institution a par ailleurs revu à la hausse ses prévisions d'inflation et abaissé celles de croissance pour la zone euro.

Une décision prise à l'unanimité

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a indiqué lors de sa conférence de presse que la décision avait été prise à l'unanimité par le Conseil des gouverneurs, sans qu'aucune autre option, notamment une hausse plus marquée, n'ait été examinée.

La dernière hausse de taux de l'institution remontait à septembre 2023, lorsque le taux de rémunération des dépôts avait atteint 4%. La BCE avait ensuite divisé ce taux par deux entre juin 2024 et juin 2025, avant que la flambée des prix de ces derniers mois ne mette fin à cette phase de statu quo.

Le spectre de la stagflation

L’inflation dans la zone euro s’est encore accentuée en mai, à 3,2% sur un an, son plus haut niveau depuis septembre 2023. L’inflation globale s'était établie à 3% en avril sur un an, après 2,9% en mars, 1,9% en février et 1,7% en janvier. Cette hausse est tirée par les prix de l'énergie, le cours du pétrole s'étant envolé depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l'Iran fin février.

En parallèle, la croissance ralentit nettement depuis plusieurs mois, alimentant les craintes de «stagflation». Le PIB s’est même replié de 0,2% au premier trimestre au sein de la zone euro, selon la troisième estimation publiée début juin par Eurostat. La croissance avait été de 0,3% au troisième trimestre 2025 puis de 0,2% au quatrième trimestre de l’an dernier.

Après avoir attendu lors de sa réunion d'avril, la BCE semble avoir voulu éviter de reproduire l'erreur d'immobilisme qui lui avait été reprochée en 2022.

La hausse des taux de la BCE envoie un signal clair : les risques inflationnistes liés à l'énergie sont de nouveau au premier plan et l’orientation de la politique monétaire devient plus restrictive.

Pour autant, une hausse de taux ne constitue pas à elle seule une feuille de route. Un véritable cycle de resserrement nécessiterait une remontée marquée des anticipations d’inflation.

Dans le même temps, l’environnement économique devient plus complexe: le choc énergétique pèse sur le pouvoir d’achat et la confiance, tandis qu’une politique monétaire plus restrictive pourrait accentuer ces tensions. La BCE doit donc trouver le juste équilibre.

Pas d'engagement sur la trajectoire future

Comme à chaque réunion, le Conseil des gouverneurs a rappelé qu'il continuerait à examiner les données réunion par réunion pour définir l'orientation appropriée de sa politique monétaire, sans s'engager à l'avance sur une trajectoire de taux particulière. Christine Lagarde n'a donné aucune indication sur les prochaines décisions.

Le marché anticipe deux hausses supplémentaires, mais la plupart des économistes estiment que la BCE ne devrait remonter ses taux qu'une fois de plus, au plus tard en septembre. Le risque de stagflation continue de peser sur les perspectives de la zone euro.

A ce titre, la Banque centrale européenne a ajusté ses prévisions macroéconomiques. Du côté de l’inflation, la BCE vise désormais une hausse des prix de 3% en 2026, 2,3% en 2027 et 2% en 2028. Dans ses dernières prévisions en mars dernier, la banque centrale visait une inflation de 2,6% en 2026, de 2% en 2027 et de 2,1% en 2028. L’institut monétaire relève donc ses prévisions pour 2026 et 2027, tout en abaissant celle pour 2028.

Du côté de la croissance, l’institution de Francfort entérine le ralentissement économique du début d’année. Dans son scénario de référence, la BCE prévoit une croissance de 0,8% en 2026, 1,2% en 2027 et 1,5% en 2028. « Cela représente une révision à la baisse pour 2026 et 2027, reflétant des effets plus prononcés de la guerre sur les marchés des matières premières, les revenus réels et la confiance », estime la BCE. Auparavant, la banque centrale visait une croissance du PIB de 0,9% en 2026, 1,3% en 2027 et 1,4% en 2028. La prévision pour 2028 est ainsi légèrement réhaussée de 0,1 point.

Les perspectives demeurent incertaines, avec des risques haussiers pour l’inflation et des risques baissiers pour la croissance économique. Les implications complètes de la guerre pour l’inflation et la croissance à moyen terme dépendront de l’intensité et de la durée du choc sur les prix de l'énergie, ainsi que de l’ampleur de ses effets indirects et de second tour.

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