
(ABC Bourse) - Amundi Investment Institute estime que les grandes banques centrales devraient poursuivre le resserrement de leur politique monétaire, tout en jugeant que l’ampleur de ce mouvement serait « moindre que ce que les marchés intègrent actuellement ». Dans cette analyse « Cross Asset Investment Strategy » datée de septembre 2026, l’institut met en avant une trajectoire « très dépendante des données », sur fond de risques inflationnistes liés à la guerre, et souligne l’importance croissante des arbitrages entre politique monétaire et politique budgétaire.
Selon Monica Defend, directrice d’Amundi Investment Institute, « dans un monde de faible confiance marqué par des pressions inflationnistes persistantes », les décideurs sont amenés à considérer de plus en plus conjointement la politique monétaire et la politique budgétaire, cette dernière prenant davantage d’importance.
Inflation persistante et contraintes budgétaires au centre du scénario
Dans ses « key takeaways », Amundi décrit un environnement où la croissance reposerait de plus en plus sur un nombre restreint de moteurs, avec des gains économiques « de plus en plus inégalement distribués ». L’institut estime que les pressions inflationnistes sont « susceptibles de persister », citant notamment, côté demande, la montée des investissements liés à « l’autonomie stratégique », des besoins énergétiques élevés et la concurrence sur des ressources critiques dans un contexte de rareté.
Le document évoque aussi des contraintes d’offre sur certains minerais critiques, en raison d’activités de raffinage et de traitement concentrées « entre quelques mains ». Sur le plan des coûts, Amundi évoque un monde de « toll », où la contestation de points de passage et de voies maritimes accroîtrait les frictions dans le transport de biens, avec un effet direct sur les prix. L’institut ajoute que les événements climatiques pourraient avoir un impact significatif sur la sécurité alimentaire et l’inflation alimentaire.
Dans ce contexte, Amundi considère que l’intensification d’une « guerre économique et financière » conduit à une adaptation des politiques publiques, avec une politique budgétaire qui « acquiert plus d’importance », alors que la politique monétaire pourrait davantage « compléter » l’action budgétaire plutôt que d’« ancrer » à elle seule l’ensemble du cadre macroéconomique, avec des répercussions jugées importantes pour les marchés.
Amundi souligne toutefois une limite majeure: l’élargissement des ambitions budgétaires se heurterait à une « absence presque globale de marges budgétaires ». L’institut mentionne une combinaison de dette élevée, de coûts de service de la dette élevés et de taux élevés, qualifiée de « toxique », ainsi que l’existence, dans de nombreux pays, de règles budgétaires contraignantes.
Événements de l’été: Japon, interventions et rachats du Trésor américain
Amundi relie plusieurs épisodes intervenus durant l’été, qu’il présente comme les signes d’une évolution conjointe. Au Japon, le ministère des Finances a, en juillet, encouragé les fonds de pension et les ménages à investir davantage dans des actifs domestiques. Il a également évoqué l’idée d’inclure des obligations d’État dans l’enveloppe fiscalement avantageuse NISA et a commencé à concevoir de nouveaux produits de titres d’État japonais destinés aux particuliers. L’institut résume l’objectif comme une volonté que l’épargne nationale finance davantage la dette nationale, alors que la Banque du Japon se retire du marché et que l’inflation y est décrite comme plus installée.
Après une forte baisse du yen, la Banque du Japon a mené, selon le document, sa plus grande intervention mensuelle jamais enregistrée. Washington s’est joint à l’opération en indiquant qu’il n’hésiterait pas à intervenir à nouveau. Amundi indique que le Trésor américain a vendu des euros, et non des bons du Trésor, pour financer des achats de yens. Tokyo a également signalé qu’il pourrait à l’avenir utiliser la facilité FIMA repo de la Réserve fédérale, ce qui permettrait d’emprunter des dollars contre des Treasuries plutôt que de les vendre.
Le document mentionne ensuite une action du Trésor américain sur la partie longue de la courbe: l’annonce d’un triplement de la taille de son opération de rachat à long terme, de 2 milliards de dollars à 6 milliards de dollars.
Sur la crédibilité des politiques, Amundi écrit qu’avec la soutenabilité budgétaire interrogée et des rendements fluctuants, la politique monétaire doit rester crédible et « sans ambiguïté » engagée vers la stabilité des prix. Le document indique que, aux États-Unis, l’inflation reste élevée et que les pressions sous-jacentes sont peu susceptibles de se calmer rapidement, avec des risques orientés à la hausse, allant de chocs énergétiques au Moyen-Orient à une hausse des prix alimentaires et des matières premières. Amundi ajoute qu’un cycle de hausse modéré pourrait maintenir les rendements plus bas à court terme, tout en précisant qu’un cycle de relèvement important n’est pas son scénario central.
Prévisions de taux: une hausse supplémentaire de 25 points de base attendue pour la Fed en 2026
Dans sa section consacrée aux prévisions de banques centrales, Amundi indique s’attendre à ce que la Réserve fédérale procède à une hausse supplémentaire de 25 points de base en 2026, avec une deuxième hausse jugée plausible. L’institut anticipe ensuite un maintien des taux inchangés tout au long de 2027.
Sur le dollar, Vincent Mortier, directeur des investissements du groupe, déclare: « Un dollar plus faible reste une conviction de long terme, mais à court terme, le mouvement de resserrement de la Fed est favorable au dollar. » Il ajoute que, selon Amundi, l’élargissement des opportunités au-delà des actifs américains ouvre un champ de diversification via certaines devises à haut rendement et des devises liées aux matières premières.
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