(ABC Bourse) - Le gouvernement dévoile son projet de budget 2027 avec 43 milliards d'euros de nouvelles mesures de redressement. Retraites, fonctionnaires, prestations sociales, santé et entreprises sont concernés par une copie destinée à ramener le déficit public à 5 % du PIB.

Présenté ce jeudi 1er octobre en Conseil des ministres, le projet de budget 2027 prévoit 43 milliards d'euros de mesures nouvelles pour réduire le déficit public, attendu à 5 % du PIB l'an prochain contre 5,4 % cette année. En comptant les décisions déjà prises et leur montée en puissance, l'effort atteint 54 milliards d'euros.
La tension sur la dette donne le tempo. Les taux français à dix ans se rapprochent de 5 % et la charge des intérêts doit bondir de 12 milliards d'euros en 2027 pour dépasser 91 milliards. "On ne peut pas attendre", a lancé le ministre de l'Economie Roland Lescure. Le gouvernement table dans le même temps sur une croissance de 1 % en 2027.
Budget 2027, retraites et fonctionnaires au coeur des économies
L'Etat doit dégager 9 milliards d'euros d'économies sur ses dépenses, hors défense. Les crédits militaires augmentent de 6,4 milliards d'euros. Malgré ce tour de vis, les effectifs de fonctionnaires progresseraient de 6.816 postes si l'on intègre les créations liées à la Défense et à la réforme de la formation des enseignants. La Justice gagnerait 1.301 postes et l'Intérieur 1.381, tandis que les opérateurs de l'Etat en perdraient 1.200.
Le point d'indice des fonctionnaires doit rester gelé. David Amiel, ministre des Comptes publics, défend la trajectoire retenue : "Nous ne faisons pas un budget électoraliste". L'effort structurel de réduction du déficit est chiffré à 1,2 %, tandis que les dépenses dites pilotables progresseraient de 0,7 %.
Les retraités figurent eux aussi parmi les catégories sollicitées. Le gouvernement prévoit 5,5 milliards d'euros d'économies les concernant, avec un gel des pensions au-delà de 1.260 euros et une réduction du plafond de l'abattement fiscal de 10 %. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, défend cette orientation : "il serait curieux que les retraités ne participent pas à l'effort, je trouve ça proportionné". Le projet soumis au Parlement prévoit une désindexation des pensions au-delà de ce seuil.
La Sécurité sociale concentre une autre partie de l'effort. Son déficit doit passer de 21,8 milliards d'euros en 2026 à 12,7 milliards en 2027. Quatre milliards d'euros d'économies sont recherchés dans l'assurance-maladie, entre les arrêts maladie et la baisse du prix des médicaments.
Les prestations sociales ne sont pas épargnées. APL, allocations familiales et prime d'activité doivent rester au même niveau, tout comme la plupart des retraites concernées par le gel. Le RSA et le minimum vieillesse échappent à cette règle. David Amiel présente le gel comme "la règle sauf exceptions" et revendique un "frein d'urgence".
Impôts et entreprises, où le budget 2027 cherche de nouvelles recettes
Le projet ne repose pas seulement sur les dépenses. Les recettes fiscales de l'Etat doivent progresser de 18 milliards d'euros, grâce en particulier à la TVA et à l'impôt sur le revenu, alors que les recettes issues de l'impôt sur les sociétés sont attendues en baisse.
Les entreprises devront supporter une réduction de 3,7 milliards d'euros des allègements de charges, via l'intégration de l'épargne salariale dans leur base de calcul. Cette mesure vient s'ajouter au gel du barème décidé en juin, évalué à environ 5,5 milliards d'euros sur deux ans. Dans le même temps, le gouvernement maintient le crédit d'impôt recherche, le Pacte Dutreil et les aides à l'apprentissage, tandis que la surtaxe exceptionnelle sur l'impôt sur les sociétés doit être ramenée à 5 milliards d'euros.
Certains secteurs voient leur fiscalité augmenter. La taxe frappant les exploitants d'autoroutes et de grands aéroports doit plus que doubler, pour apporter 800 millions d'euros supplémentaires. David Amiel dit vouloir cibler "des rentes indues". Le texte prévoit aussi d'étendre la fiscalité sur les produits sucrés transformés et de porter à 20 % la TVA appliquée à la télévision payante, une mesure qui concerne Canal+.
Les armateurs doivent, eux, supporter une surtaxe exceptionnelle de 8 % sur leurs bénéfices. Le gouvernement prévoit également de modifier le régime de l'apport-cession afin de taxer certaines plus-values lors d'un décès ou d'une donation.
Malgré ces économies et ces recettes, le déficit de l'Etat atteindrait 156,4 milliards d'euros en 2027, contre 137,2 milliards en 2026. Roland Lescure présente les mesures comme "Un effort calibré pour rassurer" et destiné à "préserver les moteurs de la croissance". Face aux inquiétudes entourant la dette, le ministre répond : "J'entends les prophètes de malheur qui nous promettent le pire, mais la signature de la France est solide". Le retour à 3 % de déficit en 2029 "reste possible", assure-t-il, même si "ce ne sera pas facile".
Le gouvernement présente enfin plusieurs dispositions comme susceptibles d'être modifiées après l'élection présidentielle. David Amiel assure : "Le prochain gouvernement pourra revenir dessus dès la première semaine par décret, c'est inédit". Face à l'hypothèse d'un rejet du budget, il évoque "la paralysie. A l'heure où la situation des finances publiques est grave, on ne peut pas mettre la poussière sous le tapis, l'immobilisme ce serait le décrochage."
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