
La Réserve fédérale (Fed) américaine a comme prévu maintenu sa politique inchangée mercredi, alors que le conflit au Moyen-Orient laisse planer la menace d'un retour de l'inflation et limite les marges de manoeuvre pour baisser les taux.
Le maintien du statu quo pourrait durer tant que les répercussions de la guerre avec l'Iran sur l'économie ne seront pas pleinement connues.
Pour cette réunion qui doit être la dernière présidée par Jerome Powell avant la fin de son mandat le mois prochain, les membres de la Fed ont décidé à 11 voix contre une de maintenir le taux des fonds fédéraux entre 3,5% et 3,75%, un niveau proche du taux neutre qui ne stimule ni ne freine l'économie.
Stephen Miran, proche de Donald Trump, s'est prononcé en faveur d'une baisse immédiate d'un quart de point. Trois autres dirigeants ont au contraire soutenu la décision mais souhaitaient supprimer du communiqué de la Fed la phrase évoquant un "biais accommodant", à savoir la possibilité de baisses des taux dans un avenir proche.
A ce stade, cette phrase figure toujours dans le communiqué: "Dans son examen de l'ampleur et du calendrier d'ajustements additionnels de la fourchette de taux des fonds fédéraux, le comité évaluera attentivement les données à venir, l'évolution des perspectives et l'équilibre des risques".
Lors de sa traditionnelle conférence de presse prévue à 20h30, Jerome Powell sera également interrogé sur sa situation personnelle, après la décision la semaine dernière du département de la Justice de renoncer à l'enquête pénale qui le visait concernant les importants dépassements de coûts du chantier de rénovation de deux bâtiments de la Fed.
Ce classement a ouvert la voie à une transition dans les temps, alors que le Sénat doit encore se prononcer sur la nomination de Kevin Warsh, le candidat désigné par Donald Trump pour diriger la Fed. Jerome Powell avait initialement fait part de son intention d'exercer son droit à se maintenir au poste de gouverneur au-delà du mois de mai, et ce tant que l'enquête se poursuivrait. Il n'a pas encore réagi aux dernières annonces de l'administration Trump.
+ Tensions sur les prix, fragilité de l'emploi +
Goldman Sachs a estimé cette semaine que la transition à la tête de la Fed n'entraînerait pas nécessairement de changement de cap monétaire dans les prochains mois. L'incertitude concernant l'issue de la guerre devrait favoriser un certain attentisme cet été, selon la banque, qui persiste toutefois à miser sur deux réductions de taux, en septembre et en décembre.
Les grands argentiers américains se trouvent pris en étau entre deux risques contraires posés par le blocage prolongé du détroit d'Ormuz. Si la flambée des cours du pétrole plaide en faveur d'un possible resserrement monétaire pour contenir une inflation toujours supérieure à 2%, un affaiblissement de la conjoncture militerait plutôt pour une baisse des taux dans un contexte de fragilité du marché du travail.
Les derniers chiffres du département du Travail ont fait état de 178.000 créations nettes d'emplois en mars aux Etats-Unis, mais l'économie américaine a détruit 133.000 postes en février, un chiffre plus important que l'estimation initiale.
Dans les dernières projections de la Fed présentées à la mi-mars, ses dirigeants ont tablé en moyenne sur une seule baisse de taux d'un quart de point en 2026. Depuis, une majorité des intervenants sur les marchés à terme s'est ralliée au scénario d'un maintien des taux à leur niveau actuel jusqu'à la fin de l'année.
L'inflation se maintient depuis cinq ans au-dessus de l'objectif des 2% par an outre-Atlantique, ce qui limite les marges de manoeuvre pour voler au secours du marché du travail. Selon certains économistes, la robustesse de l'économie américaine devrait toutefois limiter le besoin d'un tel assouplissement monétaire. Bien que le conflit au Moyen-Orient ait exercé une pression à la hausse sur les prix, il n'a pas encore déstabilisé la croissance, a ainsi souligné cette semaine Paul Eitelman, expert en stratégie d'investissement chez Russell Investments.
Dans ses projections du mois de mars, la Fed tablait toujours sur une croissance économique confortable de 2,4% cette année, ainsi que sur un taux de chômage de 4,4% en fin d'année, un chiffre inchangé par rapport aux précédentes prévisions.
Agefi-Dow Jones The financial newswire
