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Actualité publiée le 11/06/26 09:09

La BCE s'apprête à relever ses taux malgré une économie déjà fragilisée

(ABC Bourse) - Confrontée à une nouvelle poussée de l’inflation alimentée par les tensions au Moyen-Orient, la BCE devrait relever ses taux d’intérêt ce jeudi. Une décision qui suscite de nombreuses interrogations alors que la croissance de la zone euro montre déjà des signes d’essoufflement.

L’équation est délicate pour la Banque centrale européenne. Alors que l’inflation repart à la hausse dans la zone euro, l’institution de Francfort devrait relever son principal taux directeur d’un quart de point ce jeudi, à 2,25 %. Une décision attendue par les marchés mais qui intervient dans un contexte économique particulièrement tendu.

L’inflation a atteint 3,2 % en mai, bien au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la BCE. Dans le même temps, la croissance ralentit et le produit intérieur brut de la zone euro a reculé de 0,2 % au premier trimestre. Cette situation place la banque centrale face à un choix complexe : combattre la hausse des prix ou préserver une activité économique déjà affaiblie.

Inflation, énergie et conflit au Moyen-Orient au cœur des inquiétudes

Le retour des tensions inflationnistes trouve son origine dans la flambée des prix de l’énergie. La guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, ainsi que la fermeture du détroit d’Ormuz, ont fortement perturbé les marchés pétroliers.

Les chiffres les plus récents montrent également une accélération de l’inflation sous-jacente, qui exclut les prix de l’énergie et de l’alimentation. Celle-ci a progressé à 2,5 % sur un an.

Les anticipations des ménages inquiètent également les responsables monétaires. Selon une enquête publiée par la BCE fin mai, les consommateurs anticipent une inflation de 4 % sur les douze prochains mois et de 2,9 % à l’horizon de trois ans.

Dans ce contexte, la banque centrale souhaite démontrer sa vigilance. Comme l'explique Dirk Schumacher, chef économiste de la banque publique KfW, la hausse des taux vise à "envoyer le signal aux marchés financiers, mais aussi aux entreprises et aux ménages, que l'institution surveille de près la dynamique de l'inflation".

Une hausse des taux critiquée face au risque de stagflation

Cette orientation ne fait pourtant pas l’unanimité parmi les économistes. Plusieurs observateurs estiment que le durcissement monétaire intervient à un moment particulièrement délicat pour la zone euro.

Frederik Ducrozet, chef économiste chez Pictet Wealth Management, juge que "Cela paraît au minimum étrange de relever les taux en pleine stagflation".

Le mécanisme est bien connu : lorsque les taux augmentent, les crédits deviennent plus coûteux pour les ménages comme pour les entreprises. Les dépenses de consommation et les investissements ralentissent alors, ce qui contribue à freiner l’activité économique.

Lire aussi : BCE : Une hausse des taux de 0,25 % semble désormais inévitable

Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, estime ainsi qu’une telle décision "risque d'amplifier la contraction de l'activité" tout en étant "inefficace pour baisser l'inflation", dans la mesure où la hausse des prix est principalement liée au renchérissement de l’énergie importée.

Frederik Ducrozet pousse même le raisonnement jusqu’à l’ironie : "Sauf à me tromper lourdement, la hausse des taux directeurs ne rouvrira pas le détroit d'Ormuz!"

Les marchés déjà tournés vers les prochaines décisions de la BCE

Au-delà de la décision attendue ce jeudi, les investisseurs chercheront surtout à savoir si ce mouvement marque le début d’un nouveau cycle de resserrement monétaire.

La BCE doit également publier de nouvelles projections économiques qui devraient intégrer un scénario de croissance moins dynamique et une inflation plus élevée que prévu. Plusieurs économistes anticipent déjà une révision à la baisse des perspectives économiques pour 2026.

Pour autant, la prudence reste de mise. Dirk Schumacher estime qu’"il ne faut pas s'attendre jeudi à un signal clair en faveur d'un resserrement supplémentaire".

Dans un environnement dominé par les tensions géopolitiques et les incertitudes énergétiques, la BCE pourrait ainsi privilégier une approche au cas par cas lors de ses prochaines réunions.

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