(ABC Bourse) - La mise en garde formulée par Emmanuel Moulin dans un entretien au Financial Times ne laisse guère de place à l’ambiguïté. "Nous devons rester maîtres de notre destin", affirme le gouverneur. Avant d’avertir : "Si nous n’agissons pas, il y a effectivement un risque d’être progressivement étranglés par la hausse des taux d’intérêt".

Un taux à 4,86 % et une facture qui pourrait dépasser 91 milliards d’euros : la remontée du coût de la dette française prend une tournure particulièrement sensible. Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, avertit désormais du risque de voir les finances publiques progressivement étouffées par les intérêts si le pays ne redresse pas ses comptes.
Son avertissement intervient alors que le projet de budget pour 2027 doit arriver mercredi devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Le gouvernement veut ramener le déficit public à 5 % du PIB l’an prochain, contre 5,4 % attendu cette année, dans un climat où les investisseurs scrutent la capacité de la France à maîtriser ses finances.
Emmanuel Moulin alerte alors que le taux français atteint 4,86 %
La tension se lit directement sur le marché de la dette. Lundi, le taux auquel la France emprunte sur dix ans se maintenait à 4,86 %. À titre de comparaison, le taux allemand équivalent atteignait 3,49 %. Pour la France, un tel niveau n’avait plus été observé depuis 2002.
Emmanuel Moulin considère que le pays peut encore restaurer la confiance des investisseurs. Il décrit malgré tout les mouvements observés ces derniers jours sur le marché de la dette comme "sérieux et préoccupants".
La hausse des taux ne touche pas uniquement la France. Elle s’inscrit dans un mouvement mondial depuis la flambée des prix de l’énergie provoquée par la guerre en Iran. La situation française concentre toutefois les inquiétudes des investisseurs en raison des interrogations entourant la maîtrise du déficit public.
Cette remontée a une conséquence très concrète pour les comptes du pays : payer les intérêts de la dette devient plus coûteux. Selon les prévisions du gouvernement, cette charge pourrait augmenter de 12 milliards d’euros dès l’année prochaine et franchir la barre des 91 milliards d’euros.
Le budget 2027 au cœur de la pression sur les finances publiques
Le projet de budget pour 2027 doit précisément tenter de réduire le déficit. Le gouvernement s’est fixé pour objectif de le ramener à 5 % du PIB, alors qu’il est attendu à 5,4 % cette année. Le texte commencera son examen mercredi devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale.
Son parcours s’annonce difficile puisque le gouvernement ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale. Plusieurs mesures prévues dans le projet peuvent susciter l’opposition, parmi lesquelles le gel des salaires des fonctionnaires ou celui des pensions dépassant un certain montant.
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Malgré son avertissement sur les taux, Emmanuel Moulin écarte la comparaison avec la crise qui avait frappé Athènes. "La France n’est pas la Grèce au moment de la crise de la zone euro", affirme le gouverneur de la Banque de France. Il estime également que le moment n’est pas venu d’évoquer une intervention de la Banque centrale européenne, une hypothèse avancée par certains analystes.
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