
(ABC Bourse) - L'usage des titres-restaurant suscite une vive inquiétude depuis l’adoption par l’Assemblée nationale de la prolongation jusqu’à fin 2026 de leur utilisation élargie en grande surface. Selon la Commission nationale des titres-restaurant (CNTR), cette évolution pourrait entraîner la fin des exonérations sociales et fiscales liées à ces titres, menaçant ainsi 40.000 emplois, principalement dans la restauration.
Un « pilier pour l’emploi » fragilisé
Créé en 1967 pour garantir aux salariés un repas équilibré tout en soutenant les restaurateurs, le titre-restaurant est devenu un acteur économique majeur. Une étude menée par la CNTR et C-Ways révèle qu’en 2023, ce dispositif a généré 14 milliards d’euros de retombées économiques, dont 8,6 milliards dans la restauration traditionnelle et rapide, et soutenu près de 100.000 emplois directs.
Pour chaque euro investi par les employeurs dans ces titres, 2,70 euros sont injectés dans l’économie locale, selon la CNTR. De plus, l’État bénéficie chaque année de 3 milliards d’euros de revenus issus de la TVA, des cotisations et des impôts, avec un bénéfice net de 845 millions d’euros après exonérations.
L’élargissement des usages : une mesure controversée
Depuis le milieu des années 1980, les titres-restaurant permettent d’acheter certains produits alimentaires en grande surface, un usage récemment élargi à tous les produits alimentaires. Bien qu’appréciée par les salariés en télétravail, cette extension est décriée par les restaurateurs et la CNTR.
Jean-Michel Rousseau, vice-président de la CNTR, alerte : « Si le titre-restaurant est dévoyé de son objectif initial, il risque de perdre son exonération fiscale et sociale », un avantage indispensable pour maintenir son attractivité.
Les restaurateurs sont également vent debout contre cette mesure. Thierry Marx, président de l’Umih, estime que cette extension prive les restaurateurs de 576 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, plaidant pour un retour aux usages originels ou la création d’un titre spécifique pour la grande distribution.
Des propositions pour préserver le dispositif
Face à ces enjeux, la CNTR a formulé plusieurs recommandations pour concilier flexibilité et maintien de l’impact économique des titres-restaurant :
1 - Différencier les plafonds d’utilisation :
Plafond plus élevé pour les repas consommables immédiatement.
Plafond réduit pour les produits nécessitant une préparation.
2 - Augmenter la valeur faciale des titres :
Actuellement fixée en moyenne à 8,75 euros, elle est jugée insuffisante pour couvrir un repas équilibré, estimé entre 12 et 19 euros.
3 - Renforcer la part patronale :
Le cofinancement patronal, actuellement de 60 %, pourrait être augmenté pour s’adapter à l’inflation et au coût de la vie.
40.000 emplois en jeu
La suppression de l’exonération fiscale des titres-restaurant entraînerait une chute des fonds injectés dans l’économie, passant de 9,4 milliards d’euros à 2,7 milliards d’euros, estime l’étude. Ce recul pourrait affecter gravement la restauration et les commerces alimentaires indépendants, particulièrement dans les zones rurales.
Patrick Bouderbala, président de la CNTR, souligne : « Une réforme globale est nécessaire, mais elle doit préserver la vocation initiale du titre-restaurant : soutenir la restauration et les commerces locaux. »
Outre ces menaces, les restaurateurs dénoncent les commissions élevées imposées par les émetteurs. Ces frais, atteignant parfois 5 %, grèvent les marges des petits commerçants, qui appellent à une régulation semblable à celle adoptée en Italie, où les commissions sont plafonnées
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