(ABC Bourse) - Malgré un chiffre d'affaires historique et des avions toujours très demandés, Lufthansa doit revoir ses ambitions financières. Le groupe allemand vient d'abaisser une nouvelle fois ses prévisions pour 2026, confronté à une hausse des dépenses qui complique sérieusement son redressement.

Les avions se remplissent, les recettes atteignent des sommets, mais les bénéfices ne suivent pas les mêmes ambitions. Ce mardi 3 novembre 2026, Lufthansa annonce une nouvelle réduction de ses prévisions annuelles, la deuxième en seulement trois mois. En cause, l'envolée du prix du carburant provoquée par le conflit au Moyen-Orient, qui alourdit considérablement les dépenses du premier groupe aérien européen.
Cette annonce intervient pourtant après un troisième trimestre particulièrement solide. Entre juillet et septembre, Lufthansa a enregistré un chiffre d'affaires record de 12,2 milliards d'euros, en progression de 9 % sur un an. Son bénéfice opérationnel a même augmenté de 6 %, porté par la demande de billets haut de gamme et les bonnes performances de ses activités de fret et de maintenance. Des résultats qui ne suffisent toutefois pas à préserver les objectifs financiers du groupe.
Lufthansa réduit ses prévisions de bénéfices face à l'explosion du carburant
La situation s'est nettement compliquée pour Lufthansa depuis le début de l'année. Le transporteur espérait initialement réaliser des bénéfices "nettement supérieurs" à ceux de 2025, exercice au cours duquel son résultat opérationnel ajusté avait atteint 1,96 milliard d'euros. Mais la hausse persistante du kérosène a progressivement contraint la direction à revoir ses ambitions.
Lufthansa prévoit désormais un bénéfice opérationnel ajusté compris entre 1,7 et 2 milliards d'euros pour 2026, contre une précédente fourchette allant de 1,7 à 2,2 milliards d'euros. Le plafond des résultats espérés recule donc de 200 millions d'euros, tandis que le groupe doit composer avec une facture énergétique bien plus élevée qu'anticipé.
Les dépenses annuelles de carburant devraient atteindre 9,3 milliards d'euros, soit environ 2 milliards de plus que l'année précédente. Lufthansa prévoyait initialement un surcoût de 1,5 milliard d'euros, mais la poursuite du conflit au Moyen-Orient a accentué la pression sur les prix.
Le directeur financier du groupe, Till Streichert, prévient que plusieurs éléments détermineront le résultat définitif : "Le niveau final, au sein de cette fourchette, dépendra non seulement des coûts du carburant et de la demande, mais aussi, tout particulièrement, des performances de Lufthansa Cargo au quatrième trimestre".
Cette incertitude intervient alors que la compagnie Lufthansa elle-même rencontre des difficultés persistantes. Ses coûts d'exploitation élevés, les mouvements sociaux du personnel navigant et la faible rentabilité de certaines lignes court-courriers réduisent les gains réalisés sur les vols long-courriers. Pour alléger ces contraintes, le groupe transfère progressivement une partie de ses capacités vers des compagnies aux coûts plus faibles, comme Discover et City Airlines.
Des résultats record pour Lufthansa, mais une année 2027 encore compliquée
Les difficultés financières du groupe contrastent avec les performances de ses activités au troisième trimestre. Lufthansa a dégagé un bénéfice opérationnel de 1,4 milliard d'euros, en hausse de 6 % par rapport à la même période de 2025. Ce résultat dépasse légèrement les 1,38 milliard d'euros attendus par les analystes selon le consensus Bloomberg cité par Boursier.com.
La demande reste particulièrement soutenue sur les billets premium et les liaisons vers l'Asie et l'Amérique du Nord. Cette tendance a permis au rendement moyen par passager de progresser de 7 %, contribuant au chiffre d'affaires historique de 12,2 milliards d'euros enregistré sur le trimestre.
Lufthansa a également réussi à absorber une augmentation de 543 millions d'euros de ses dépenses de carburant sur cette période. Pour y parvenir, le groupe a renforcé sa maîtrise des coûts, en réduisant entre autres les dépenses consacrées à certains projets. Les activités de maintenance et de transport de marchandises ont elles aussi soutenu les résultats.
Lufthansa Cargo a particulièrement bien résisté, avec un bénéfice opérationnel multiplié par trois au troisième trimestre. Cette progression explique pourquoi ses performances durant les derniers mois de 2026 pèseront autant dans les résultats annuels du groupe.
Pour Carsten Spohr, directeur général de Lufthansa, les obstacles ne se limitent pourtant pas aux fluctuations du carburant. Les grèves de pilotes survenues plus tôt dans l'année ont perturbé les activités, tandis que les difficultés de rentabilité de la compagnie principale continuent de mobiliser la direction.
L'année 2026 devait permettre au transporteur de stabiliser ses activités et de poursuivre son redressement. Les tensions géopolitiques et les mouvements sociaux ont bouleversé ce calendrier. Carsten Spohr a déjà prévenu que 2027 serait "une nouvelle année de transformation", alors que Lufthansa poursuit la réorganisation de ses opérations et le transfert de certaines capacités vers ses filiales moins coûteuses.
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