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Actualité publiée le 10/04/25 16:37

Versace rachetée par Prada pour 1,25 milliard, l'Italie relance la guerre du luxe

(ABC Bourse) - Dans une opération aussi inattendue que stratégique, Prada a annoncé ce jeudi 10 avril 2025 le rachat de 100 % de Versace pour 1,25 milliard d’euros. Cette transaction, conclue avec le groupe américain Capri Holdings, marque le retour de la mythique griffe à la Méduse sous pavillon italien. Ce rapprochement crée un nouveau géant du luxe transalpin, fort d’un chiffre d’affaires combiné de plus de 6 milliards d’euros, de quoi renforcer ses positions face aux colosses LVMH et Kering.

Le timing n’est pas anodin. Fragilisée par la crise du luxe et la guerre commerciale alimentée par les hausses de droits de douane américaines, Versace cherchait une issue. Prada, de son côté, affiche une santé éclatante et un appétit grandissant. Le rachat scelle l’union de deux icônes à l’ADN stylistique radicalement opposé : l’une flamboyante, l’autre cérébrale. Mais l’objectif est limpide : créer un pôle indépendant, puissant et singulièrement italien.

Une opportunité saisie au bon moment par Prada

Le montant peut surprendre : 1,25 milliard d’euros, soit bien moins que les 2,1 milliards déboursés par Capri Holdings en 2018 pour acquérir Versace. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. En un an, les ventes de Versace ont chuté de -28,2 % au deuxième trimestre 2024, avant une légère remontée à -15 % au troisième. En coulisse, le clan Versace alors propriétaire à 80 % s’est résolu à céder, dans un contexte jugé défavorable par les analystes.

Prada, qui avait entamé des négociations exclusives depuis un mois, a su profiter de cette fenêtre de tir. Le deal a été validé ce jeudi, au lendemain de l’annonce par Donald Trump de la suspension des droits de douane qui menaçaient le secteur. Une coïncidence salutaire.

« Versace a un potentiel énorme, explique Andrea Guerra, PDG du groupe Prada. Le voyage sera long, mais nous avons une vision stratégique claire à long terme. » Même son de cloche du côté de Patrizio Bertelli, président et directeur exécutif, qui évoque « un nouveau chapitre pour une marque avec laquelle nous partageons une passion commune pour la créativité et l’héritage ».

L’alliance inattendue de deux visions de la mode

D’un côté, Versace : fondée par Gianni Versace en 1978, la maison milanaise s’est imposée avec ses coupes audacieuses, ses imprimés baroques et son culte du corps. Longtemps incarnée par Donatella Versace, propulsée directrice artistique après l’assassinat de son frère en 1997, la marque a récemment tourné une page en nommant Dario Vitale à sa direction artistique. Un nom familier chez Prada, puisqu’il vient de Miu Miu, filiale jeune et irrévérencieuse du groupe.

De l’autre, Prada : fondée en 1913 mais transformée dans les années 1980 par Miuccia Prada, la maison s’est imposée par son intellectualisme chic, ses coupes sobres et une esthétique exigeante, presque conceptuelle. Une dualité qui intrigue, mais séduit certains experts.

« Détenir un portefeuille de marques non formatées est un atout dans le luxe », analyse Dario Minutella, associé chez Kearney à Milan. Pour lui, l’alliance des contraires entre Prada et Versace peut générer une dynamique unique sur le marché.

Un nouveau groupe italien pour peser face aux géants

Avec cette acquisition, le futur groupe Prada-Versace pèsera plus de 6 milliards d’euros, mais reste encore loin du mastodonte LVMH (86,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023). Pourtant, l’opération est tout sauf symbolique. Elle réaffirme la volonté de conserver une indépendance italienne dans un secteur de plus en plus dominé par les groupes français.

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Prada, en particulier, affiche une forme insolente : +18 % de chiffre d’affaires à taux constants sur les neuf premiers mois de 2024, avec 3,8 milliards d’euros générés, principalement en Asie. Une performance portée notamment par le doublement des ventes de Miu Miu, qui confirme le flair stratégique du groupe.

Face à un marché du luxe instable, Prada fait le pari de l’audace et de la consolidation. Comme le résume Lorenzo Bertelli, directeur de la stratégie du groupe : « Le marché n’est pas favorable, mais nous sommes très bien préparés. »

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