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Actualité publiée le 06/05/26 15:00

Vie chère en Outre-mer : où en est le Parlement ?

La commission d’enquête du Sénat sur la grande distribution a rouvert, mi-avril, le dossier de la vie chère en Outre-mer. Ses conclusions pointent des facteurs structurels propres à ces territoires, un diagnostic déjà posé en février par l’Autorité de la concurrence. Ces constats peinent pourtant à recevoir une traduction législative. Annoncé comme « prioritaire », le projet de loi sur la vie chère, dont le contenu reste contesté, ne sera examiné par l’Assemblée nationale qu’à l’été, après deux reports.

Mi-avril 2026, dans le cadre de sa commission d’enquête sur les marges de la grande distribution,  le Sénat a auditionné des spécialistes des prix dans les Outre-mer. La majorité s’est accordée sur le rôle limité des distributeurs dans les écarts de prix alimentaires avec l’Hexagone.

Outre-mer : consensus sur les prix élevés

Pour les représentants de l’Institut d’émission d’Outre-mer (IEOM) et des Observatoires des prix, des marges et des revenus (OPMR) locaux, les causes sont avant tout structurelles : éloignement, étroitesse des marchés, fiscalité, faiblesse de la production locale et échanges limités avec les territoires voisins.

« Sur un produit importé, 17 % correspondent à la logistique amont, 13 % à l'octroi de mer et 10 % à la logistique locale. Ces surcoûts représentent donc 40 % », a détaillé Stéphane Hayot, directeur général du distributeur GBH. Cet écart se répercute ensuite sur l’ensemble des prix locaux.

Les analystes appellent certes la grande distribution à davantage de transparence, voire à un encadrement des marges, mais jugent prioritaire d’agir sur ces facteurs structurels. Au-delà, ils estiment que la vie chère découle d’abord d’un déficit de développement et d’investissement public.

Débats et rapports se multiplient, mais sans traduction législative

Leurs conclusions recoupent celles de l’Autorité de la concurrence, publiées en février 2026 à l’issue de son enquête sur la grande distribution en Martinique. Depuis plusieurs mois, débats et rapports sur la vie chère convergent vers les mêmes constats.

Mais ils n’ont toujours pas trouvé de débouché législatif, empêchant toute évolution significative. À la suite des manifestations en Martinique, à l’automne 2024, les gouvernements successifs ont fait de la vie chère une « priorité ». Une loi dédiée a été présentée – puis adoptée –  au Sénat, en « procédure accélérée », fin octobre 2025. 

Le texte devait être examiné à l’Assemblée nationale dans la foulée, mais Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer nouvellement nommée, a demandé un report à début 2026. Le 19 février 2026, elle a de nouveau repoussé l’examen, cette fois à l’été 2026, invoquant un « temps de pause pour retravailler le texte, le muscler ».

S’appuyant, dans un premier temps, sur les propositions des députés ultramarins afin d’améliorer le projet de loi sur la vie chère, elle a, par la suite, acté la création de « groupes de travail » début avril, réunissant plusieurs parlementaires à l’oeuvre sur le sujet. Elle a également profité de la venue de plusieurs maires ultramarins, parmi les 500 édiles reçus à l’Élysée le 16 avril 2026, pour discuter du projet de loi.

Mascarade et loi « cosmétique »

Pourtant, tout porte à croire que ce texte, même remanié et « musclé », a peu de chances de répondre aux causes structurelles de la vie chère. Lors du vote au Sénat, les sénateurs ultramarins s’étaient en effet abstenus, estimant que le projet de loi, déjà peu ambitieux, avait perdu l’essentiel de sa substance avec la suppression des mesures sur les frais d’approche. Naïma Moutchou avait alors assumé le « choix » du gouvernement de ne pas s’inscrire « dans le champ social et budgétaire », jugeant que la question des « revenus » devait se résoudre « dans la durée ».

« Il n’y a pas un centime de mis par le gouvernement », avait résumé l’ancien ministre socialiste des Outre-mer Victorin Lurel. La nouvelle version devrait rester fidèle à cette ligne. La délégation aux Outre-mer de l’Assemblée a d’ailleurs refusé de participer aux groupes de travail de la ministre. Les députés ultramarins entendent ainsi protester contre l’absence de débat sur les propositions qu’ils avaient formulées plus tôt dans l’année. L’élue réunionnaise Karine Le Bon a qualifié le procédé de « mascarade ».

Certains élus ultramarins redoutent désormais que l’encombrement du calendrier législatif ne conduise à un abandon pur et simple du texte. D’autres craignent une loi « cosmétique », adoptée à des fins de communication, mais sans effets sur le pouvoir d’achat.

Or, dans les Outre-mer, la situation économique des foyers continue de se dégrader. Lors des auditions sénatoriales, Alexandre Gautier, directeur de l’IEOM, soulignait « une augmentation très significative des dossiers de surendettement en 2025 par rapport à 2024 », qui se poursuit en 2026.

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