
Le cuivre est rendu indispensable par son excellente conductivité électrique dans l'infrastructure des réseaux énergétiques, la technologie, le transport. Cependant, le métal rouge risque de se faire rare, tant et si bien que les stocks baissent. Ouvrir une mine de production nécessite en moyenne 10 à 20 ans, selon la nature du gisement, sans compter les questions environnementales de l'extraction. La réalité est que le cuivre rencontre une limite physique : la chaleur. Dans les data center, cela exige un système de climatisation pour veiller à son bon fonctionnement.
C'est pourquoi la photonique peut rendre un grand service. À la différence de l'électronique qui bataille avec les électrons dans le métal pour circuler l'information, la photonique joue sur les particules de lumière, les photons. Ces derniers n'ont pas de masse, ce qui permet de se déplacer plus rapidement avec moins d'énergie. L'adoption de cette technologie économise les ressources de cuivre et règle donc un goulot d'étranglement majeur. Mieux encore, l'industrie des semi-conducteurs va connaître une mutation profonde, offrant de meilleures performances de calcul.
La photonique : C'est comme passer de l'ADSL à la fibre optique pour l'Internet
Beaucoup de foyers ont fait la transition de l'ADSL à la fibre optique pour la connexion Internet. Figurez-vous que c'est exactement la même chose pour la photonique. Nous passons du matériel à l'immatériel. En version miniature, la photonique consiste à produire de la lumière (ou les photons), la faire circuler sans friction et la transformer en signal à travers des applications industrielles.
La lumière dispose d'atouts considérables que les investisseurs ne peuvent pas ignorer pour le déploiement de l'intelligence artificielle. D'une part, l'énergie lumineuse circule très rapidement en l'absence de masse. D'autre part, les rayons de la lumière peuvent se rencontrer sans frictions, ce qui permet l'envoi de plusieurs faisceaux en même temps et dans la même ligne. Tout compte fait, la photonique peut apporter rapidement l'information tout en réduisant la consommation et la chaleur à l'intérieur des équipements.
À la décharge du cuivre, non seulement, il ne peut pas supporter des charges à très haute fréquence. Mais de plus, une masse colossale de données liée à l'IA ou des supercalculateurs exige beaucoup de gros câbles de cuivre à tel point qu'il n'y aurait pas assez de place dans le data center. Ajoutez à tout cela, le champ magnétique causé par la circulation des électrons dans le métal entraîne des interférences.
La photonique ouvre le champ des possibilités pour perdurer le cycle de l'IA et résoudre les problèmes qu'elle rencontre actuellement. Des entreprises dans ce créneau technologique commencent à tirer profit.
Les secteurs et les entreprises clés qui seront sur le devant de la scène
La vague photonique va servir les intérêts de deux secteurs. Le premier est la technologie, notamment pour l'alimentation des data centers des hyperscalers – les infrastructures d'Amazon, de Microsoft ou d'Alphabet. Des entreprises cotées se positionnent sur la fabrication et la fourniture de composants optiques, capables de représenter une solution de substitution aux câbles de cuivre pléthoriques. Parmi elles, Applied Optoelectronics (AAOI) et Lumentum Holdings apporte leur expertise innovante de cette technologique pour le réseau cloud, les télécoms, les data centers, le réseau sans fil, les lasers 3D, etc.
Le deuxième secteur est l'aérospatiale et la défense. Gourmande en métaux, la photonique se révèle être une priorité stratégique. L'usage de la lumière facilite la détection des cibles dans des conditions climatiques difficiles, l'optimisation de la précision des armes et la sécurité des communications. Cocorico, la France détient un acteur incontournable à l'instar d'Exosens dans le domaine de la détection, d'amplification et de l'imagerie. Leurs technologies photoniques équipent les forces de l'OTAN et ses principaux alliés. Enfin, les mastodontes américains ne sont pas en reste : RTX et Lockheed Martin intègrent la photonique dans leur chaîne de valeur qui est déjà bien huilée, notamment les capteurs du tableau de bord des avions de chasse et le développement des canons lasers de combat.
En conclusion, bien que la photonique reste encore une technologie précoce et peu démocratisée dans le monde industriel, elle permettrait de repousser les limites du cycle de l'IA en réglant un sérieux goulot d'étranglement au sujet des tensions sur la production de cuivre. La photonique a l'avantage de fournir des données plus vite sans consommer trop d'énergie. Les entreprises qui opèrent dans ce créneau, seront probablement les gagnants de cette disruption technologique. Et d'ailleurs, les investisseurs pourraient songer au finlandais Nokia et au suédois Ericsson, qui curieusement, disposent des actifs cachés sur les composants photoniques.