
La mainmise de Donald Trump au Venezuela et ses ambitions de prise de contrôle du Groenland témoignent de son intérêt stratégique sur les matières premières nécessaires à des secteurs critiques, au déploiement de l'IA, ainsi que celui de la transition énergétique. Ces événements qui font tourner en bourrique les médias mainstream, soulignent aussi l'enjeu de la suprématie mondiale entre les États-Unis et la Chine, une sorte de guerre froide qui ne dit pas son nom, ainsi que l'émergence d'une nouvelle guerre des monnaies.
Les semi-conducteurs, les engins de la défense, les robots, les infrastructures électriques pour alimenter les data centers nécessitent beaucoup de consommation de matières premières. Ces dernières attisent les appétits des grandes puissances économiques mondiales. Dans cette optique, la diplomatie comptera énormément au cours de la prochaine décennie, car la déglobalisation suit son cours, comme le pense la société canadienne de gestion d'actifs, Brookfield Asset Management. À ce jeu-là, la Chine dispose d'un temps d'avance colossal.
Bien qu'une exposition sur les actions de l'énergie et des métaux de base/précieux est tentante, je regarderai attentivement les devises dites de « matières premières ». Il ne stipule pas de se jeter à corps perdu sur le Forex, mais plutôt de diversifier son portefeuille à travers des entreprises cotées dont leurs revenus sont comptabilisés en devises historiquement liées à l'évolution des cours des matières premières. Et pourquoi pas investir sur des valeurs refuges atypiques ?
Choisir de solides candidats
Compte tenu de la pléiade de pays producteurs, il existe une manne de devises de matières. La bonne question consiste à trouver de solides candidats, pour éviter une volatilité des changes sur votre portefeuille. Si j'étais à votre place, je me focaliserais sur le caractère géostratégique de la devise. La guerre russo-ukrainienne a favorisé la montée en puissance de la Norvège comme fournisseur majeur de gaz naturel sur le sol européen. Sa devise, le krone (NOK), jouit d'une stabilité politique et de la force de frappe de son fonds souverain Norge Bank Investment Management.
La devise canadienne, le loonie (CAD), bénéficie d'un rôle majeur dans l'approvisionnement en matières premières des États-Unis, et détient des écoles d'ingénieurs de prestige dans le secteur minier et énergétique. D'autres devises méritent une reconnaissance particulière à l'instar du aussie (AUD) et tara (NZD), connues respectivement sous le nom du dollar australien et du dollar néo-zélandais. Le plus grand pays d'Océanie est mis en avant par ses réserves importantes en métaux, notamment l'or et les terres rares, tandis que son voisin de Tasmanie vend du lait et du kiwi, des produits alimentaires critiques pour nourrir la population mondiale.
Dans la perspective d'apporter modérément de l'excitation à votre portefeuille, les devises émergentes démontrent une certaine crédibilité de leurs banques centrales respectives à maîtriser l'inflation domestique. Parmi celles qui pourraient sortir du chapeau, le real brésilien (BRL), le peso mexicain (MXN) et le peso colombien (COP) font partie du lot. Cela étant, ces devises souffrent d'un manque de liquidité, ce qui les fragilise (mais moins qu'avant) face à une hausse potentielle du dollar américain.
Des opportunités diversifiées pour surfer sur ces devises
Au vu de la déglobalisation en marche, croire à la fin des conflits géopolitiques reste à ce stade, une illusion. Dans ce contexte précis, la défense se révèle être un MUST HAVE de long terme. Ce n'est pas parce qu'un accord de paix est acté, que les États vont réduire leur budget militaire. Le problème est plus profond en raison des ambitions de souveraineté des pays de l'OTAN à l'égard des États-Unis. Les pays frontaliers de la Russie, quelle que soit l'issue finale du conflit en Ukraine, vont redoubler de vigilance. La Norvège n'a pas la conscience tranquille en raison de la proximité de la base militarisée de Mourmansk à quelques kilomètres de la frontière russe. C'est pourquoi le norvégien Konsgberg Gruppen (KOG) pourrait voir son carnet de commandes grimper dans les technologies de défense dans le domaine maritime et terrestre.
De l'autre côté Atlantique, le Canada offre un large spectre sectoriel en plus d'être un réservoir de ressources naturelles. Les investisseurs ont la possibilité aux pionnières de la consommation locale, Alimentation Couche Tard et Dollarama, au mastodonte de la gestion d'actifs Brookfield Asset Management, ainsi que les banques Banque de Montréal et Toronto-Dominion Bank. Et cerise sur le gâteau, le pays d'érable est aussi connu par ses stars du software : Descartes Systems dans la chaîne de valeur logistique et Constellation Software, surnommé le Berkshire Hathaway technologique.
Enfin, l'Australie et la Nouvelle-Zélande se démarquent par des entreprises qui conquièrent des parts de marché dans la santé : l'australien Pro Medicus (PME) occupe le trône mondial dans l'imagerie médicale, et le néo-zélandais Fisher & Paykel Healthcare (FPH) rivalise avec le leader mondial Resmed, dans les équipements spécifiques à l'apnée du sommeil et aux thérapies respiratoires.
Bien que les matières premières puissent vous offrir un levier de performance non négligeable, les investisseurs devront attacher leur ceinture face à des épisodes de forte volatilité. Si la décennie actuelle est actuellement porteuse, la précédente a été fatale pour les acteurs du secteur. C'est pourquoi je propose intelligemment d'investir dans des actions libellées dans les devises de matières premières, opérant dans des secteurs résilients. Non seulement, la devise en question pourrait surfer sur le caractère stratégique des matières premières et dans une configuration de guerre des monnaies. Mais idéalement, je peux également percevoir des dividendes sympathiques, pour attendre des jours meilleurs.