L'IA est-elle en train de condamner l'éducation en ligne ?

Par Sovanna Sek, le 07/06/2026

éducation en ligneL'éducation en ligne était promise à une croissance exceptionnelle, comme si elle naviguait sur un long fleuve tranquille. La digitalisation a favorisé l'essor des edtechs, moyennant des économies d'échelle non négligeables par rapport au coût d'un cursus traditionnel. Pourtant, la percée de l'intelligence artificielle générative s'est révélée être un effet domino sur leur modèle économique. Les plateformes en ligne, connues pour l'accessibilité des cours et des exercices préenregistrés, et censées être protégées par leurs certifications, voient leur valeur ajoutée s'éroder brusquement.

L'IA ne cherche pas uniquement à optimiser l'existant. Elle réinvente les contours de la relation entre l'apprenti et le savoir. Là où on reproche souvent l'éducation en ligne traditionnelle, c'est le chemin similaire à un cours classique dans une salle de classe. Personnellement, l'expérience utilisateur n'est pas assez personnalisée aux besoins spécifiques de chaque élève. Les investisseurs ne se sont pas trompés : l'IA frappe de plein fouet tout un écosystème. D'autant que les sanctions en Bourse ont été brutales.

Pourquoi l'éducation en ligne est la principale cible de l'IA ?

Bien que les pouvoirs publics tentent d'encadrer l'usage de l'IA dans l'éducation en ligne ou en classe, force est de constater que le système d'aujourd'hui montre ses limites. Les élèves sont conditionnés à des cours trop standards, qui leur donnent envie de décrocher par moment. Les cours de soutien ne résolvent pas en partie les difficultés spécifiques de chaque élève.

L'IA générative renverse une logique codifiée. Premièrement, elle analyse en permanence les manques. Deuxièmement, elle possède la capacité de proposer des exercices individualisés en fonction des besoins spécifiques de l'élève. Troisièmement, et c'est dur à accepter pour les professeurs, elle intervient comme un accompagnateur individuel à un coût proche de zéro. Ainsi, un agent IA offre une expérience unique sur la maîtrise d'un sujet d'une matière et un parcours finement ajusté à l'élève.

Vendre des cours en ligne ne relève plus d'une commodité ou un produit cloisonné. Le marché s'aperçoit que l'éducation en ligne est un service qui s'adapte en permanence. Et c'est sur ce point dans lequel se situe la vraie création de valeur de l'IA qui explique pourquoi cette industrie est littéralement chamboulé par cette disruption technologique.

Les avantages pour résoudre les goulots d'étranglement éducatifs

Il n'y a pas que dans les secteurs industriels où ont lieu les goulots d'étranglement, même les services comme l'éducation sont concernés. D'autant qu'ils sont déjà identifiés : manque de professeurs dans des disciplines critiques, manque de suivi personnalisé pour chaque élève, coût onéreux de l'enseignement, latence d'adaptation des programmes à l'évolution de la société. Que l'on veuille ou non, l'IA brise les barrières à l'entrée d'une puissance remarquable.

Non seulement, le suivi personnalisé réduit les taux d'échecs et d'abandon, chose que j'aurais aimé bénéficier lors de ma première année post-bac. Mais plus encore, cette commodité technologique favorise la démocratisation des spécialités critiques et laissées pour compte à tort, alors qu'elles offrent de meilleures perspectives de débouchés à la vie active. Enfin, l'IA permet de diminuer le temps d'obtention des compétences en formation intensive et personnalisée. Pour les investisseurs, nul doute qu'elle réalise des gains de productivité en défaveur détriment des modèles économiques qui ont tendance à mettre les contenus sous clés.

Des entreprises cotées qui ont pris la tempête de l'IA

Basée sur la déflation des prix, l'industrie de l'éducation en ligne avait pris cher avec l'arrivée de l'inflation dès 2022. Dès les premiers mois de ChatGPT, la société américaine de référence, à l'aide aux devoirs en ligne, Chegg (CHGG), a vu ses revenus s'effondrer au point de voir son cours passer temporairement au stade de penny stock (action sous 1 euro). Par souci de budget, les étudiants privilégient les solutions gratuites liées à l'IA en dépit de l'éthique morale.

La sanction est la même pour le britannique Pearson Plc, bien que l'entreprise cherche à montrer le contraire avec ses modules d'apprentissage liés à l'IA, reconnues par des experts de métiers de l'enseignement. Enfin, l'entreprise chinoise New Oriental Education (EDU) a connu un coup de savate réglementaire des autorités chinoises en 2021, avant même l'arrivée de l'IA. Quoique son chiffre d'affaires ait renoué avec la croissance à travers une fidélisation de ses clients, l'intensification de la concurrence domestique dans le primaire et le secondaire, pourrait ralentir sa marche en avant.

En conclusion, la question n'est pas de savoir quand l'éducation standardisée est révolue, mais à quelle vitesse va-t-elle muter et sous quelle apparence. Les acteurs actuels ont manié le digital là où ça les arrange, et en parallèle, les pouvoirs publics les protègent. Contrairement aux idées reçues, l'éducation n'est pas considérée comme une fonction régalienne au sens étroit. J'estime que l'éducation à un certain stade n'est pas le terrain de jeu de l'État, surtout si c'est pour protéger des modèles obsolètes dangereux pour notre civilisation. L'accès à ces outils pédagogiques 2.0 est une ressource commune à partager. En ce sens, l'État a le devoir de travailler sur la fiabilité des agents IA sans contraindre l'innovation, tout en apportant un cadre réglementaire visible. Ainsi, l'IA constitue un moteur d'ascension sociale, non un risque de fragmentation des couches de la société.

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